Accueil Opinions Cartes blanches

Pour une électricité durable pour tous et accessible pour chacun

Une carte blanche de Francis Ghigny. Il est possible d’amener le secteur de l’électricité à réaliser la transition énergétique au moindre coût. Un des moyens d’y parvenir serait de récompenser les « comportements vertueux » des consommateurs par des tarifs incitatifs.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

Dix ans après la libéralisation du secteur de l’énergie, un consensus existe enfin sur la nécessité de réaliser une vraie transition énergétique. Il s’agit de produire et de consommer autrement, dans l’intérêt de la planète (les générations futures) et dans le respect de l’ensemble des acteurs concernés. Pour l’électricité, cela signifie l’utiliser parcimonieusement et la produire essentiellement à partir de sources d’énergie renouvelables (soleil, vent, eau, biomasse…). Ne pas le faire conduit à une impasse et s’avérera finalement encore plus coûteux.

Jusqu’à peu, les techniciens avaient des doutes. Mais aujourd’hui certaines universités enseignent même comment gérer un réseau électrique 100 % renouvelable !

Mais un développement « électrique » durable ne garantit pas un prix du kWh faible. Ce n’est pas parce que le soleil et le vent sont gratuits que l’électricité photovoltaïque ou éolienne sera gratuite, vu les investissements nécessaires. Il y a aussi le stockage, coûteux, qui devrait permettre d’accumuler l’électricité quand l’offre est trop abondante. Et enfin, le réseau qui coûte de plus en plus cher, d’autant plus que des consommateurs essaient de s’en passer en produisant eux-mêmes l’électricité dont ils ont besoin.

Un secteur à un tournant

Et si le réseau ne représentait pas un problème, mais plutôt la solution, justement parce que la production à partir de renouvelables est aléatoire, même si elle est de plus en plus finement prévisible ?

Tout comme Internet, le réseau électrique donne la possibilité à tous ses utilisateurs d’échanger de l’information et de partager des équipements. C’est parce que le réseau existe que la production d’électricité photovoltaïque (et autres productions renouvelables) peut être valorisée même aux moments où il n’y a pas de consommation à proximité. C’est parce que le réseau existe que de nombreux consommateurs, grâce au foisonnement de la demande, peuvent utiliser leurs équipements de façon intermittente sans se préoccuper du fait qu’une production équivalente soit activée simultanément. Ce qui manque aujourd’hui, c’est une communication structurée entre tous ces utilisateurs pour que les équipements, tant de production que de consommation, fonctionnent de façon optimale au bénéfice du système électrique dans son ensemble.

Le secteur est à un tournant. La transition énergétique peut se faire dans un environnement capitalistique classique. Dans ce cas, les clients consommeront, sans se préoccuper du fonctionnement en amont de leur prise électrique. Des intermédiaires s’arrangeront pour faire correspondre l’offre et la demande. Ce sera forcément cher. Un stockage important s’imposera, ainsi qu’une surcapacité en infrastructure de réseau et de production. Ceux qui pourront investir à plusieurs niveaux seront préservés. Nous n’y retrouverons pas les ménages ordinaires, et encore moins les ménages précarisés.

Renforcer le modèle collaboratif

La « transition énergétique » peut aussi se faire dans une économie collaborative. Dans cette configuration, tout producteur et consommateur peut aussi mettre ses installations à disposition d’autres utilisateurs, même lointains, lorsque c’est souhaitable. Le coût du système sera moindre, à performance égale, grâce à une flexibilité optimisée.

Techniquement, la situation n’est pas compliquée. Les plateformes d’échange sur le Net ont fait leurs preuves dans d’autres domaines d’activité (e-Bay, Uber, Airbnb…) et l’avènement des objets connectés et autres « domotique » permettent facilement un pilotage des équipements électriques.

Mais comment convaincre tous les acteurs d’adhérer à ce modèle collaboratif qui permet de réduire les coûts, tout en allant vers le « tout au renouvelable » ? Ce modèle est rendu possible par le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication et, de mon point de vue, il correspond à une vision optimale.

La réponse doit être économique, dans un premier temps au moins. Les tarifs pour la fourniture d’électricité doivent être un incitant à choisir ce modèle. De nouveaux métiers s’ouvrent, notamment pour les fournisseurs, et il importe qu’ils aient les arguments économiques pour convaincre leurs clients. Les tarifs pour l’utilisation des réseaux d’électricité, qui doivent être approuvés par les régulateurs, devraient récompenser les utilisateurs « vertueux », c’est-à-dire ceux qui acceptent d’utiliser leurs équipements en tenant compte des contraintes de l’ensemble du système (production, transport, distribution et consommation).

Adapter les tarifs

Cela signifie qu’un producteur qui accepte ponctuellement de réduire sa production au moment où le réseau n’a pas une capacité suffisante pour transporter son énergie doit être compensé financièrement par celui-ci. C’est logique puisque cela évite de devoir renforcer exagérément le réseau. De même lorsqu’un consommateur s’organise pour déplacer une charge électrique vers un moment plus opportun, il favorise les producteurs et/ou contribue à l’équilibre sur le réseau et/ou évite les congestions et/ou contribue au délestage. Plusieurs métiers sont impactés positivement, permettant diverses économies et il est de nouveau logique que l’acteur monopolistique (le réseau) applique des tarifs incitant dans ce sens. D’autant plus que le gestionnaire de réseau n’en est pas pénalisé et lui permet même d’économiser dans ses investissements. Néanmoins, cela ne se fera pas spontanément et l’action du régulateur et de l’autorité politique sera déterminante.

Concrètement, l’arrivée inéluctable des compteurs communicants permettra de facturer le kWh (terme proportionnel) à des prix différents en fonction du moment du prélèvement (1). Le raccordement électrique sera aussi modulable en puissance. Cela permettra au client de disposer d’une puissance importante lorsque le système électrique sera en demande de prélèvement, mais aussi de réduire la puissance disponible (à une valeur choisie par le client) en cas de congestion ou de nécessité de délestage. Seule la puissance minimale garantie serait facturée au client (terme capacitaire). Le tarif de réseau devra donc comporter un terme proportionnel et un terme capacitaire pour pouvoir remplir complètement son rôle incitatif.

Dans un deuxième temps, il est souhaitable que les tarifs ne restent pas l’unique motivation pour que les acteurs adoptent un comportement « vertueux ». L’approche peut aussi se situer au niveau des valeurs, de la solidarité… Comprendre comment notre comportement énergétique peut contribuer à un avenir meilleur pour nos enfants et pour les plus faibles d’entre nous est certainement l’attitude la plus cohérente, la plus valorisante et la plus efficace à mettre en place.

(1) Le pilotage de certains équipements peut aussi se faire à distance à partir des exigences du client (vouloir que sa voiture soit complètement chargée à 7h tous les matins…) par le fournisseur par exemple, pour tenir compte des informations sur l’état du système électrique collectées en temps réel.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une