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Carte blanche : aberrant, un examen d’entrée en médecine? Pas si on accepte d’ouvrir les yeux!

Une sélection à l’entrée des études de médecine a le mérite d’épargner d’énormes désillusions à des milliers de candidats.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Il y a en cette fin de semaine plus de 3.000 jeunes qui se demandent comment orienter leur présent d’étudiant pour construire un avenir professionnel utile, valorisant et atteignable.

Avec l’accord de mes autorités académiques, je souhaite, en tant que doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Namur, communiquer clairement sur deux constats importants :

Premier constat. L’existence d’une sélection à l’entrée des études de médecine et la prise en compte de son résultat, lors d’un premier examen d’entrée échoué, devrait permettre d’éviter d’énormes désillusions.

Quelques chiffres d’abord. Si autant d’étudiants s’interrogent cette semaine quant à leur avenir, il est facile d’estimer que, si tous représentent l’examen d’entrée l’année prochaine en compagnie des nouveaux rhétoriciens, ce ne seront pas moins de 5 à 6 mille échecs qu’il faudra peut-être constater ! Et ceci à nouveau durant les années suivantes puisque seules deux tentatives sont autorisées pour l’examen d’entrée. Ce constat arithmétique montre qu’un entêtement démesuré vers la médecine, sans envisager un plan B crédible, risque à terme d’impacter sérieusement une majorité d’étudiants.

En toute indépendance de la question d’une éventuelle pénurie de médecins que nous ne voulons pas traiter ici, bien que cette question reste à étudier avec urgence, nous devons aujourd’hui affirmer qu’une sélection des étudiants a du sens. Cette affirmation repose simplement sur l’analyse des cohortes d’étudiants de médecine dits « de deuxième année » (même si cette appellation n’a plus aucune signification réelle aujourd’hui) au terme des deux sessions de l’été 2017. Le parcours des 345 étudiants de deuxième année en médecine dans notre faculté namuroise a été étudié et les résultats de l’étude sont révélateurs. Qu’observons-nous ? Si assez logiquement plus de la moitié de ceux qui furent classés au concours de 2016 réussissent effectivement leur programme annuel d’étude, ils sont aussi les seuls à réussir en juin ! Après la seconde session, 10 % des non-classés au concours de 2016 réussissent quand même leur programme, mais aucun bisseur (c’est-à-dire un étudiant entré en deuxième année sans concours en 2015) n’atteint les objectifs fixés puisqu’aucun ne réussit son programme annuel d’étude (ce qui les expose d’ailleurs à court terme à un sérieux risque de non-finançabilité et dès lors à une éventuelle interruption de leurs études supérieures).

Aberrante, une sélection sur les études de médecine ? Pas pour celui ou celle qui accepte d’ouvrir les yeux !

Deuxième constat. Faites un choix positif pour vos études dès 2017-2018.

Soyons clair pour ceux qui n’ont pas réussi l’examen d’entrée organisé le 8 septembre ! Aucune filière des universités n’est destinée à préparer des étudiants pour présenter avec succès un examen d’entrée qui évalue les compétences acquises durant le secondaire. Seuls des cours préparatoires, organisés en marge des cours spécifiques du supérieur, pourraient le cas échéant chercher à atteindre cet objectif.

Parlons franchement, en tentant avec réalisme d’ouvrir les yeux de tous ces jeunes et de leur entourage sur les dangers cachés d’un choix basé sur de trop simples illusions. Nous rejetons le discours trop facile qui invite les recalés de l’examen d’entrée à s’orienter vers une soi-disant filière censée les préparer à l’examen d’entrée de l’année prochaine. Nous choisissons au contraire de les encourager vers un choix réfléchi et positif, seul capable d’éviter les trop probables frustrations qu’ils risquent d’affronter en 2018, ou plus tard.

En tant que doyen d’une faculté qui regroupe les orientations de médecine, pharmacie et sciences biomédicales, mais en parlant aussi au nom des collègues de cette faculté, nous ne pouvons pas accepter l’idée de pervertir une filière pour préparer des étudiants à l’examen d’entrée en médecine. L’accepter reviendrait en effet à :

– Tromper les candidats aux études de médecine, car aucune filière n’a en réalité la prétention de les préparer à l’examen d’entrée (même si certains crédits sont hypothétiquement valorisables en médecine après un éventuel succès à l’examen d’entrée 2018).

– Détourner la fonction des enseignants de ces filières dont la mission ne sera jamais celle-là.

– Tromper les autres étudiants, c’est-à-dire ceux qui choisissent la filière pour ce qu’elle est et pour la destinée à laquelle elle doit les mener.

– Abuser le contribuable qui, rappelons-le, subsidie à 90 % au moins les études universitaires.

– Tromper les parents et les proches qui devront encaisser les pleurs, les désespoirs et les désillusions, particulièrement si survient l’année prochaine un possible second échec à l’examen d’entrée.

– Discréditer l’enseignement secondaire en le croyant incapable de préparer les candidats à la sélection par un examen d’entrée, et d’élever son niveau, si nécessaire.

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11 Commentaires

  • Posté par Pire Pascal, vendredi 15 septembre 2017, 12:02

    La lecture des témoignagnes des 4 étudiants, postés ailleurs sur ce site (article "Candidats médecins: «Le taux de réussite est insuffisant pour remplir le quota pour 2023»") détricottent totalement l'argument utilitaire par rapport aux capacités des étudiants à réussir une année universitaire, que M le Doyen a développé ici.

  • Posté par RENSON BERNARD DENTAL, vendredi 15 septembre 2017, 10:22

    Monsieur le Professeur, Certains de vos arguments sont certainement recevables mais je voudrais faire quelques remarques. C'est bien beau de vouloir sélectionner les étudiants en médecine et dentisterie mais il faudrait qu'ils soient bien préparés en humanités. Et les profs d'humanité, n'ont-ils pas été formés par vos universités ? Et l'organisation des études primaires et secondaires sont le fruit du délire de pédagogues issus des mêmes universités. La balle est aussi dans votre camps.... Et si les jeunes attirés par les études médicales ou dentaires , ayant raté l'examen d'entrée à cause de cette mauvaise formation, envisagent de se préparer en faisant le premier bac en sciences biomédicales, vous ne pouvez leur jeter la pierre. Il n’y a pas d’alternative, pas d’année préparatoire qui se montrerait salutaire et indispensable. Beaucoup de pays le font, pourquoi pas la Belgique ? Le coût pour la société? Permettez- moi de sourire (jaune): ils peuvent tout autant se lancer dans des études où il n'y a aucune limite à l'inscription et qui ne mènent probablement pas à l'emploi espéré ou sont des secteurs totalement bouchés: communication, archéologie, histoire de l'art, psychologie, sociologie, criminologie, j'en passe et des meilleures. De plus l'improvisation totale cette année de cet examen est totalement injuste: ce n'est qu'au début de cette année qu'on a commencé à en parler et il était impossible de s'y préparer dans les meilleures conditions. De plus la non- existence d'une seconde session est profondément injuste et discriminatoire: l'examen d'entrée des ingénieurs par exemple, en prévoit une. Et le coût de l'enseignement en Belgique francophone a atteint des sommets de part la gabegie de son organisation. Maintenant que vous avez sélectionné drastiquement les étudiants en médecine, l'infrastructure existante n'a plus de raison d'être et on pourrait sans problème se contenter de deux ou trois facultés de médecine pour assurer leur formation: l'ULg, l'Ucl et peut-être l'Ulb au grand maximum....Namur et Mons sont dès lors inutiles en ce qui concerne les facultés de médecine. Voilà encore une piste d'économies. Cinq universités qui dispensent les études médicales, en voilà une énorme source de gaspillage! On pourrait récupérer un peu d’argent ici pour organiser une année préparatoire, non ? Le plus injuste dans cette sélection est qu'elle empêche de nombreux étudiants de devenir médecin ou dentiste dans leur propre pays à la plus grande satisfaction d' européens, de l'est pour la grande majorité, qui quittent bien sûr leurs pays pour profiter d'honoraires nettement plus rémunérateurs, moins bien formés, à qui les autorités seront (et sont déjà) obligées de donner un numéro Inami, équivalence de diplômes et réglementation européenne oblige. Et cela, c'est un vrai scandale! On n'en parle jamais de ces diplômés étrangers qui peuvent s'installer hors quotas dans le cadastre du nombre de médecins et dentistes autorisés à exercer par le fédéral.Il n'y a que nos jeunes qui trinquent. Mais le plus grave est que vous brisiez le rêve de beaucoup d'étudiants. Je ne nie pas la nécessité d'une sélection mais les jeunes candidats de cette année font les frais de l'impréparation, de l'improvisation de cet examen et victimes du nivèlement par le bas qui a fait que les humanités à la carte empêchent d'avoir encore une préparation conforme aux exigences de cet examen. C'est tout le système qui est en faillite. Et cet examen est évidemment un concours qui ne veut pas dire son nom: 607 numéros Inami disponibles en 2023, 641 étudiants qui ont réussi l'examen d'entrée, étonnant, non? Mais dans le langage politiquement correct, il était interdit de le dire. Et les diplômés étrangers peuvent, eux, entrer sans limites...au détriment évidemment de notre jeunesse. Encore un des effets dévastateurs de cette Europe non voulue sous cette forme par les citoyens.

  • Posté par Daniel Wiesen, vendredi 15 septembre 2017, 15:05

    De bonnes idées, de bons arguments !

  • Posté par Eric Lavenne, vendredi 15 septembre 2017, 8:57

    Réponse à Mr Vermeulen. G.ci dessous

  • Posté par Eric Lavenne, vendredi 15 septembre 2017, 8:54

    Je pense que vous n'avez pas tort;et en discuter le type de contenu de chaque examen d'entrée en serait le plus acceptable, car à titre de boutade un examen d'entrée à une faculté de droit ne devrait pas avoir beaucoup de liens avec celui de la faculté polytechnique etc...etc.... Quant à l'empathie à l'âge de 18-20 ans ,si elle s'avère être celle d'une personne de 40.....Cela pourrait s'avérer "problématique" dans un futur réel.

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