Stib-SNCB: quand la signalétique déraille

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Parmi les mauvais exemples relevés par le groupe MR, celui de la station Mérode. © Belga.
Parmi les mauvais exemples relevés par le groupe MR, celui de la station Mérode. © Belga.

Alors que le rail représente plus que jamais une alternative des plus intéressantes pour les trajets intra-bruxellois, celui-ci peine encore à se faire connaître dans la capitale avec à peine 1 % des déplacements enregistrés en 2010. En attendant le RER, la SNCB a renforcé l’offre suburbaine avec, comme on peut le lire sur leur site internet, un seul mot d’ordre : l’intermodalité notamment avec les autres acteurs du transport public comme la Stib ou De Lijn.

Sur le papier donc, rien à redire. Mais qu’en est-il de la réalité ? Pour le savoir, le MR a décidé de passer au crible la performance des dispositifs de signalétique ainsi que l’offre intermodale sur les 144 points de correspondance entre les lignes de la Stib et les 34 gares ou haltes SNCB en terres bruxelloises. Une enquête de terrain menée durant trois mois, de mai à août, par trois collaborateurs du parti réformateur.

Et leur verdict est sans appel : avec une note moyenne de 4,6 sur 10, on peut clairement (beaucoup) mieux faire. S’il y a de bons élèves comme Calevoet (9,23/10), seuls onze arrêts SNCB atteignent la moyenne, Haren s’offrant la peu flatteuse lanterne rouge avec une note sans appel : 0 sur 10 concernant les 4 critères d’évaluation : les annonces visuelles et vocales à l’intérieur des véhicules de la Stib ; les plans, fléchages et autres indications vers le rail aux arrêts et stations de la Stib ; les dispositifs d’assistance pour les aveugles et PMR et, enfin, l’existence et la proximité d’une offre intermodale (Cambio, Villo, parkings voitures ou vélos…). « Améliorer la mobilité à Bruxelles passe aussi par l’usage du chemin de fer comme moyen de transport à l’intérieur même de la ville, indique le chef de groupe MR au parlement, Vincent De Wolf qui souligne que la capitale compte 65 kilomètres de voies ferroviaires contre 40, pour le métro. Et c’est extraordinaire car ce chemin de fer, il est là, il ne faut ni le construire ni le payer, il suffit de l’emprunter ». Encore faut-il savoir « où il se trouve et où il va ». D’où l’importance de la Stib qui peut jouer un rôle majeur notamment en termes de signalétique. « Le problème aujourd’hui, comme le démontre cette enquête, c’est que ces gares ne sont pas visibles et, bien souvent, la Stib n’annonce pas la proximité d’une gare ni la manière d’utiliser le train. Or, elle a des obligations légales et extralégales de le faire. La Région doit créer les conditions du succès du transport par rail et notre message aujourd’hui est de dire : ils devaient le faire mais ne l’ont pas fait, preuves à l’appui ». Outre le zéro pointé pour Haren, « on a aussi trois gares qui n’atteignent même pas 2 sur 10, poursuit Vincent De Wolf. Même s’il y a de bons élèves, la moyenne générale reste très faible ».

« On remarque que 29 % des stations avec correspondance ne bénéficient d’aucune annonce vocale indiquant la proximité de la gare, pointe, pour sa part la députée Anne-Charlotte d’Ursel. Quant aux annonces visuelles, elles n’équipent que 47 % des stations, ce qui est regrettable. Prenons le tram 55 qui s’arrête à Bordet, il est frappant de voir que les correspondances bus sont annoncées, c’est très bien mais aucune mention de la gare. Concernant le fléchage, plans et indications externes, ce qui frappe c’est que la Stib utilise différents plans, il en existe sept types qui sont en outre souvent très compliqués à comprendre. Plus grave, on constate que régulièrement, la gare manque ou ne figure qu’en tout petit ». Côté abribus, 55 % des installations ne sont pas équipées de fléchage ou de plan. « Aucune gare n’est en outre indiquée depuis un arrêt de tram ou de bus, ce qui est très grave ».

Concernant les personnes à mobilité réduite et les aveugles, de nombreux efforts ont été faits sur le réseau Stib. Mais : « nous nous sommes penchés sur le nombre de stations de métro connectées à une gare disposant d’un accès ascenseur. Ce n’est pas terrible car seules 55 % d’entre elles sont dans le cas, explique Vincent De Wolf. Pour les bornes Braille indiquant la direction de la gare, c’est pire puisque seules 22 % des stations sont bien équipées, 23 % ne le sont pas du tout et le reste ne dispose que d’une seule borne. ». Concernant l’intermodalité, le constat des élus MR est identique : on peut clairement mieux faire. « 24 % des gares ne disposent pas d’une offre de carsharing or ce qui compte c’est justement la multiplication des modes de déplacement sachant que 82 % des Bruxellois ont un profil multimodal. Même chose pour les Villo, le pourcentage de gares proposant une offre immédiatement visible est de 52 %, 32 % ont une station dans les 500 mètres et 14 % n’en disposent pas ».

Près de la moitié des gares (47,7 %) ne propose pas d’emplacements vélos. « C’est presque la moitié, nous n’avons par ailleurs trouvé qu’un seul modèle entièrement sécurisé, du côté de Delta, reprend Anne-Charlotte d’Ursel. Il reste donc du boulot à faire ».

Côté stationnement automobile, 41 % des gares disposent d’un parking. 11 % ont également des places mais peu visibles. Même topo pour les taxis, « près de 62 % des gares n’ont pas d’emplacement qui leur est réservé », développe Vincent De Wolf.

Ce constat peu flatteur posé, le MR bruxellois veut aller de l’avant. « Nous avions promis en 2014 de mener une opposition ferme mais constructive et c’est ce que nous faisons même si nous ne sommes pas souvent suivis, regrette Vincent De Wolf. Nous dénonçons une situation mais nous allons aussi déposer une proposition de résolution aux niveaux régional et local avec une série de recommandations pour faire bouger les choses. C’est un peu comme si nous avions joué le rôle de bureau d’études pour la majorité régionale. Elle n’a plus qu’à suivre ».

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Top et flop

Par Patrice Leprince

Top

Boitsfort (7,6/10)

Dans ce tableau un peu noir, il y a toutefois quelques bonnes nouvelles et des gares citées en exemple. C’est le cas notamment de celle de Boitsfort qui compte deux lignes S, la 8 et la 1 ainsi qu’une correspondance avec le tram 94. La gare est encore en travaux pour le RER mais dispose de nombreux atouts. A proximité, on trouve une station Cambio et Villo ainsi qu’un parking (non protégé) pour les vélos. Il y a également un parking qui peut accueillir facilement 150 voitures. Il n’y a pas d’ascenseur ou d’accès facilité pour les PMR mais la station est encore en chantier et depuis l’arrêt du tram jusqu’à la gare, les trottoirs sont tout de même accessibles aux PMR, indique-t-on.

Un bon point encore pour la correspondance avec le tram. « L’accès est très facile via un sentier qui est très bien balisé. Il y a également un plan de la zone ». Du côté de la Stib, des annonces visuelles et vocales ont été prévues à bord du 94.

Flop

Meiser (1,1/10)

La gare de Meiser ne compte pas moins de 4 lignes S et, côté Stib, il y a des correspondances avec les trams 25, 62 et 7 ainsi qu’avec le bus 63. Un arrêt sur la ligne des 25 et 62 se situe juste à la sortie de la gare, du côté de l’avenue Rogier. Une aubette, un quai et un nom (Meiser) pour ce qui est en fait une halte fantôme. Elle n’est plus utilisée, les trams s’arrêtant soit place Meiser soit place de la Patrie à quelques centaines de mètres de là. « Il suffirait de remettre une correspondance tram avec la gare pour créer un nœud intermodal sans le moindre surcoût puisque l’infrastructure est déjà là », pointe un des collaborateurs MR. Pointée aussi la faible présence d’indications vers la gare depuis les arrêts Meiser et Patrie. Du côté de la chaussée de Louvain, autre accès à la gare, les auteurs de l’enquête signalent une desserte immédiate en transports en commun. Mais elle concerne les lignes de bus de De Lijn et non la Stib. « Qui devrait peut-être prendre exemple sur De Lijn ».

Haren et Haren sud (0 et 3/10)

C’est le cancre de la classe, on l’a dit. Au niveau de la signalétique, ne cherchez pas sur la photo le panneau indiquant la gare toute proche, il est noyé dans la végétation. Haren (0 sur 10) et Haren sud (3,07/10), distantes de quelques centaines de mètres, cumulent les problèmes. Pour Haren, le bus 80 est situé à plus de 400 m de la gare, la jonction n’est donc pas évidente, explique un des trois auteurs de l’enquête. « A Haren sud, le bus 64 n’annonce pas la correspondance avec le chemin de fer, que ce soit de manière visuelle ou vocale. L’arrêt en lui-même n’est pas entretenu et ne dispose d’aucun plan. Impossible de se situer par rapport à l’autre gare. Si vous voulez vous rendre à Haren, le début du chemin s’apparente à une balade bucolique mais devient rapidement périlleux. » Dans l’autre sens, l’arrêt du 64 en direction de la Porte de Namur a été déplacé… d’un kilomètre. Sans indication pour s’y rendre depuis la gare.

Mérode (2,5/10)

Avec deux lignes S, la 4 et la 7, la gare de Mérode jouxte la station de métro du même nom. « Beaucoup ne savent pourtant pas qu’une gare existe à cet endroit, avance Anne-Charlotte d’Ursel. On entre par la bouche de métro qui ne mentionne absolument pas la présence du chemin de fer. Une seule des six entrées présente le logo de la SNCB ».

Un manque d’information des plus dommageables, estime l’élue réformatrice. « Durant des années, j’ai cru que seuls des trains de marchandises transitaient par cette gare. Outre le fait d’indiquer la gare, il faut donc aussi signaler aux usagers qu’ils ont la possibilité de profiter du passage des trains ». Une signalétique d’autant plus importante que le cheminement vers le rail est compliqué, notamment depuis le Cinquantenaire. Et pour les personnes en chaise roulante ? « Ni l’entrée côté rue Abbé Cuypers ni celle de la rue des Tongres ne permettent d’accéder à la station de métro attenant à la gare car toutes les deux ne proposent que des escalators et des escaliers ».

 
 
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