La dernière convocation du Forem ne passe pas…

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A ux yeux de l’administration du Forem, les artistes ne sont pas de « vrais » travailleurs. Ils doivent se justifier régulièrement pour rendre compte de leurs recherches pour un « vrai » travail, pour s’insérer complètement dans le marché de l’emploi. On ne leur demande pas de trouver du travail, mais d’en chercher. » Ce qui fait mousser Christine Van Acker.

A 56 ans, après avoir publié des livres, animé des ateliers d’écriture, travaillé l’aspect théâtral avec des enfants, conçu des émissions radios pour la RTBF, notamment, la Bruxello-Gaumaise en a marre de cette chasse aux sorcières. Convoquée fin avril pour venir rendre des comptes à un contrôleur du Forem, elle lui a simplement remis un long message intitulé « La dernière convocation » qui dit tout ce qu’elle a sur le cœur et qui décrypte l’invitation à se justifier, à la place de déposer un dossier justificatif en bonne et due forme. Un message citoyen aux politiques et fonctionnaires, publié comme un pamphlet aux éditions Cactus Inébranlable de Tournai.

Christine Van Acker vit comme tant d’autres sous le statut d’artiste, les intermittents du spectacle comme on dit en France. Quand elle n’a pas de contrat, elle devient artiste au chômage, c’est la loi. « Quand un artiste répète, écrit, ce temps de la création n’est finalement pas reconnu. C’est un travail gratuit. Seuls les spectacles et les publications comptent », explique Christine Van Acker.

Ce que confirme la comédienne et animatrice d’ateliers Anne Versailles, dont la réaction est reprise, comme d’autres, en clôture de ce petit pamphlet de poche de 60 pages : « Le nombre de jours de travail ? En fait, je n’arrête jamais vraiment de travailler… Ma maman dit toujours que je n’ai pas de rythme, semaines, week-end, vacances, tout se ressemble, je suis toujours en train de travailler, écrire, réfléchir, créer, expérimenter (…). Ecrire un projet ou un dossier n’est jamais payé. Ecrire un spectacle non plus. Ni l’étudier, ni le répéter, ni le vendre ou trouver où le jouer… Alors, la comptabilité officielle donne des chiffres qui ne veulent rien dire… »

Mais n’est pas artiste qui veut. Pour avoir ce statut reconnu, il faut prester 156 jours en 18 mois. Et pour le garder, il faut trois contrats par an. Christine Van Acker estime qu’à 56 ans, « on ne se justifie plus de la sorte. C’est humiliant. J’ai assuré mes arrières mais pour un jeune artiste, que lui reste-t-il ? »

Et de décrypter le folder envoyé par le Forem, en vue de bien répondre à ses convocations, intitulé « Zoom sur l’activation du comportement de recherche d’emploi des demandeurs d’emploi qui bénéficient des allocations de chômage ». Voilà qui est digeste ! On y parle de chômeur involontaire, d’emploi convenable, d’efforts, d’action, de collaborer activement, de plan d’action individuel. Un document certifié EFQM, recognized for excellence 5 star, pour European Foundation for Quality Management. Un modèle créé par 14 entreprises européennes comme Dassault, Volkswagen… Ce qui irrite Christine Van Acker vu le passé récent de ces entreprises.

Ce coup de gueule dénonce une déshumanisation d’un système qui au départ conseillait les demandeurs d’emploi, où les conseillers en accompagnement d’hier guidaient et cherchaient avec eux des solutions pour faciliter la recherche d’emploi, dans un esprit social, tandis que désormais, le résultat à tout prix prime, quitte à sanctionner crûment.

Alors, Christine Van Acker a décidé de « sauter du train en marche, il fonce droit dans le mur. Il est mené par un conducteur aveugle et ses passagers sont contraints de collaborer à un fonctionnement schizophrénique auquel je ne veux plus appartenir. Libre à chacun, sain d’esprit ou non, de sauter ou non pour autant que l’âge, la disparition de la peur, les circonstances, la situation financière, le bagage que l’on porte en soi, le permette. »

Un grand bain de culture

Christine Van Acker est une habituée de l’édition. Depuis 2007, chaque année voit au moins un ouvrage sortir de presse. Le dernier en date est une réédition d’un livre paru chez Quorum en 1994. Domiciliés à bord raconte le vécu des bateliers, sur base de nombreux témoignages. Un métier qu’elle connaît très bien pour avoir passé son enfance et son adolescence sur la péniche de ses parents bateliers. Toute sa famille était d’ailleurs des bateliers. Mais elle a préféré la terre ferme et aime plonger ses doigts dans la terre de son jardin de Lambermont.

Le prochain livre paraîtra chez un éditeur parisien et s’intitulera La bête a bon dos, dans une collection de livres naturalistes. Elle a d’ailleurs une formation de guide nature.

Et puis, elle collabore régulièrement à l’émission « Oui dire » sur la Une ertébéenne. Elle travaille pour l’heure à une coproduction avec la radio Suisse Romande consacrée aux sons des plantes. Six émissions de 52 minutes sont à mettre en boîte pour 2018. Un concept qui vient d’un autre projet de livre, appelé « L’envers de nos corps ». Un fait rare en matière de création radiophonique qui n’existe plus à la RTBF, comme c’était le cas hier avec Faits divers, C’est la vie, La 4e dimension, le Bar de l’Estocade…

Elle anime aussi des ateliers d’écriture, chez elle, ou avec Tribal Souk ASBL, ou l’AKDT, ou fait venir des extérieurs comme ces deux écrivains algériens qui ont échangé dans des écoles, pour faire changer la vision des choses sur les réfugiés par exemple. Tout cela sans subsides, avec son ASBL Les Grands Lunaires.

Infos : www.lesgrandslunaires.org

 
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