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Les sanctions contre la Corée du Nord servent-elles à quelque chose?

Après le nouveau tir de missile nord-coréen, la communauté internationale peine à trouver une stratégie. Pour Bruno Hellendorff du GRIP, il faut miser sur la Corée du Sud

Analyse - Journaliste au service Monde Temps de lecture: 5 min

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté lundi un nouveau train de sanctions contre la Corée du Nord ? Elle y a répondu en tirant ce vendredi un nouveau missile balistique qui est passé au-dessus du Japon, déclenchant dans le nord de l’archipel nippon d’angoissants appels à se mettre à l’abri. Il s’agit du plus long vol d’un missile balistique nord-coréen. Décodage de cette nouvelle provocation avec Bruno Hellendorff, chercheur au GRIP, spécialiste des questions paix et défense en Asie-Pacifique.

Un nouveau tir de missile nord-coréen après l’adoption d’un nouveau train de sanctions : elles ne servent donc à rien ?

On a en tout cas l’impression que l’instauration de sanctions est devenue un réflexe, la seule façon pour la communauté internationale de réagir à une nouvelle provocation de Pyongyang. C’est comme si c’était une fin en soi alors que généralement, on met en place des sanctions pour pouvoir les lever à l’issue de négociations. Il faut aussi se poser la question de l’effectivité des sanctions. Il est difficile de voir comment on pourrait continuer de serrer la vis. Par ailleurs, la Russie, qui a fait exploser le volume de ses exportations de pétrole depuis Vladivostok vers la Corée du Nord, se pose à peu de frais en acteur majeur dans ce dossier : elle se donne un beau rôle en acceptant de voter des sanctions tout disant qu’elles ne serviront à rien.

N’y a-t-il pas des restrictions dans la vente de pétrole à la Corée du Nord ?

Lors de l’imposition de sanctions en 2006, des exceptions avaient été prévues, notamment via une clause humanitaire. La Chine s’est longtemps retranchée derrière cette exception humanitaire pour continuer à commercer avec Pyongyang. Mais depuis 2016, les sanctions sont plus drastiques, et la Chine est soumise à d’intenses pressions. Le dossier nord-coréen est devenu une source d’humiliation pour Pékin, d’autant plus qu’on est à la veille du XIXe Congrès du Parti communiste. Mais la Corée du Nord est devenue la championne du contournement : elle a créé de nombreuses sociétés écran en joint-venture pour contourner les sanctions.

Comme pour l’exportation textile nord-coréenne, qui est maintenant interdite mais est écoulée en tant que Made in China ?

En effet. La Corée du Nord a eu le temps de s’intégrer dans les circuits mondiaux, notamment financiers via des paradis financiers comme Singapour ou Macao. Et l’industrie textile nord-coréenne est un exemple d’adaptation à ces sanctions. N’ayant pas accès au marché international du coton, Pyongyang a développé des produits avec des matériaux de synthèse qui grattent un peu mais ne doivent pas être repassés. C’est un bon exemple de la créativité nord-coréenne : on réoriente la production industrielle en fonction des ressources disponibles. C’est la même chose avec le pétrole, dont les exportations vers la Corée du Nord seront limitées. Mais l’armée aurait constitué des réserves suffisantes pour tenir un an, et Pyongyang a développé des technologies lui permettant de liquéfier le charbon pour produire un dérivé de type pétrolier, comme l’ont fait jadis le Japon impérial et l’Allemagne nazie !

Et comment expliquer les progrès aussi importants qu’inattendus en matière de missiles et de nucléaire ?

Il y a d’abord eu des coopérations avec des experts étrangers : chinois dans les années 70, soviétiques dans les années 90. Le Pakistan et l’Iran ont aussi collaboré avec la Corée du Nord, qui a ainsi pu développer ses propres Scud, les Hwasong, avant de développer d’autres technologies comme les missiles Taepodong à plus longue portée, puis une nouvelle gamme de Hwasong à portée intercontinentale. Cette montée en puissance est sans doute aussi due à amélioration de ses capacités internes, en contact avec technologies chinoises et plus largement tout ce qui circule sur le net.

Que faire maintenant pour enrayer le risque d’un conflit nucléaire, alors que même le président sud-coréen Moon Jae-in dit que l’heure n’est pas aux négociations ?

Trump aurait mieux fait d’écouter Moon Jae-in plus tôt, quand il disait vouloir négocier avec Pyongyang. En clamant que Kim Jong-un ne comprenait que les rapports de force, Trump a fini par transformer ses incantations en réalité. Avant de trouver une solution, il faut d’abord trouver un point d’équilibre. Et les négociations sur le nucléaire iranien ne peuvent servir de modèles car elles ont été conclues avant que Téhéran se dote de l’armée nucléaire, alors que Pyongyang la détient déjà ! De plus, les sanctions contre l’Iran ont été efficaces car la société civile iranienne s’est mobilisée, et le pouvoir a compris le message. Mais la société civile en Corée du Nord n’est qu’un concept abstrait ! On doit donc maintenant s’interroger sur le concept du déséquilibre de la terreur : en s’étant doté de bombes nucléaires et de missiles, la Corée du Nord s’est imposée comme un acteur de poids avec lequel il faudra bien transiger. La communauté internationale sera forcée de faire le premier pas, même si cette reconnaissance pourrait donner de mauvaises idées à d’autres pays. Pour progresser, il faut s’appuyer sur le président sud-coréen Moon Jae-in qui est crédible, pragmatique et populaire. L’Union européenne a été bien inspirée quand elle a décidé, dans ce dossier, contrairement à ce qu’a fait Trump, de d’abord consulter ses partenaires dans la région, La Corée du Sud et le Japon…

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1 Commentaire

  • Posté par Alain Kupferman, samedi 16 septembre 2017, 17:02

    Les sanctions fonctionnent si tout le monde s'y tient: voir Afrique du Sud, voir Iran, mais avec la Chine et la Russie qui fournissent 90% et plus du marché nord-coréen, et importent des minerais, on peut oublier les sanctions. Quant à négocier, à quoi bon ? cela a été fait il y a plusieurs années et les Nord-Coréens ont continué de plus belle, même après avoir signé les accords. Mettre la pression sur la Chine est ce qu'il y a de mieux et de moins dangereux. Peut-être pourrait-on inviter le Dalai Lama à la Maison Blanche en guise d'ouverture !

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