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Migrants gare du Nord: la Ligue des Droits de l’Homme interpelle le procureur du Roi

Une descente de police serait programmée la semaine prochaine, viserait 250 arrestations.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

J ’ai reçu un appel masqué d’une personne faisant partie de l’appareil de l’État, révoltée par les opérations policières en cours. Selon cette personne, ces opérations sont amenées à se poursuivre aux abords du parc Maximilien et de la gare du Nord. Cette source affirme qu’il y a des quotas préétablis de 20 à 30 arrestations par jour et qu’il existe une certaine nervosité lorsque ces quotas ne sont pas atteints. Or, le simple fait de fixer des quotas est totalement illégal. Plus grave : le 21 septembre, une vaste opération viserait à ratisser tout le territoire de Bruxelles afin d’arrêter 250 personnes. »

Le président de la Ligue des Droits de l’Homme n’en revient pas : « Cela fait six ans que j’occupe ce poste, je n’ai jamais reçu un tel appel anonyme d’une personne qui, au sein de l’État, ne trouve plus d’autre solution que de me contacter ! » La source en question n’a pas souhaité donner ni son nom, ni sa fonction, ni son numéro d’appel. Alexis Deswaef ne peut donc vérifier l’authenticité de l’information (que Le Soir ne peut donc pas davantage sourcer), mais il la prend au sérieux, estimant cette source « fiable et crédible » : « La personne m’a expliqué en détail la façon dont ces opérations se déroulent. C’est véritablement ce qu’on appelle un lanceur d’alerte : une personne qui, au sein de la machine répressive de l’État, communique une information interne confidentielle parce qu’elle s’en indigne. »

Des « rafles illégales »

Ce vendredi à 13 h 30, le président de La Ligue des Droits de l’Homme a donc déposé une lettre adressée au procureur général près la cour d’appel de Bruxelles et au procureur du Roi près le tribunal de première instance de Bruxelles. Dans ce courrier, il y dénonce l’illégalité des opérations planifiées : « Ces rafles (définition du Larousse : “opération policière exécutée à l’improviste dans un lieu suspect, en vue d’appréhender les personnes qui s’y trouvent et de vérifier leur identité ; être pris dans une rafle ; arrestation massive de personnes”) sont illégales, constituent une violation de la dignité humaine, de la liberté de circulation, ainsi qu’un non-respect du principe de proportionnalité et de non-discrimination ».

La missive fait par ailleurs référence à l’arrêt « Conka contre Belgique ». En 2002, l’État belge avait été condamné par la Cour Européenne des droits de l’homme suite à une « rafle » dans le milieu Rom lors de laquelle plusieurs personnes avaient été arrêtées et renvoyées dans leur pays d’origine. Les autorités avaient à l’époque utilisé des subterfuges pour arrêter les personnes. « Ces pratiques avaient été considérées comme illégales et sont comparables à ce qui se déroule aujourd’hui ».

« Le symbole du “nettoyage” de Bruxelles »

Le président de la LDH demande vivement aux procureurs d’intervenir afin d’empêcher ces « opérations illégales ». « J’ai l’impression qu’on ne réalise pas ce qui se passe, s’indigne Alexis Deswaef au Soir. Le caractère planifié de ces rafles et leurs quotas sont contraires à la loi. Il n’y a que dans une dictature que les autorités donnent l’ordre de ratisser un territoire en vue d’arrêter un certain nombre de personnes. En démocratie, ces actes sont incompatibles avec la loi sur la fonction de police. Certes, il y a des opérations policières, pour lesquelles on peut prévoir du personnel, lors desquelles des personnes contrôlées peuvent finalement être interpellées. Mais on ne peut planifier préventivement le nombre d’arrestations qu’il y aura. Ces opérations ne visent pas le maintien de l’ordre et de la sécurité, mais bien le symbole du “nettoyage” de Bruxelles, selon les termes utilisés par le secrétaire d’État et le ministre de l’intérieur. Par ailleurs, ces opérations ne peuvent se faire qu’avec la complicité des autorités communales de Schaerbeek et de Bruxelles ville. » La semaine dernière, la Ligue des Droits de l’Homme avait déjà déposé plainte pour « traitements inhumains et dégradants » ayant lieu lors de ces opérations policières.

Au cabinet de Théo Francken (N-VA), il n’est pas question de quotas. « Non, l’Office des Étrangers ne donne jamais de quotas !, affirme Katrien Jansseune, porte-parole du secrétaire d’État. Et cela n’a jamais été le cas. Lorsqu’il y a des arrestations, on va regarder combien de places sont libres dans les centres fermés, mais on ne va jamais dire à l’avance qu’on va arrêter x ou y personnes ! Pour de plus amples informations sur les opérations policières, il faut joindre le cabinet Jambon. Nous ne sommes responsables que pour l’Office des Étrangers. »

Contacté, le cabinet du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), n’a pas souhaité pas commenter le sujet.

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0 Commentaire

  • Posté par Raurif Michel, vendredi 15 septembre 2017, 19:27

    Je suis en total accord avec Théo Francken concernant les visites de la police dans la zone gare du Nord. Et l'expression " nettoyage" est tout a fait à sa place! Maintenant, tous ces personnes qui réclament pour les sans papiers peuvent toujours en prendre quelque qu' un chez eux ! Mais, là c'est le grand VIDE.

  • Posté par delpierre bernard, vendredi 15 septembre 2017, 18:56

    En fait, vérifier l'identité des migrants ainsi que les raisons de leur venue ( demande d'asile ou installation économique) est déjà répréhensible pour la ldh. Le laisser aller, le laisser faire et en finalité le permis d'installation étant les seules voies admises de la part des responsables politiques et de la justice.

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