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Les habitants de Gouvy désarmés face à la fermeture de leur agence bancaire

Le 7 décembre prochain, BNP Paribas Fortis va fermer son agence. Les commerçants se demandent où aller déposer leur recette et les personnes âgées redoutent de ne plus pouvoir retirer d’argent liquide pour faire leurs courses.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Sur la porte vitrée de l’agence BNP Paribas Fortis de la petite commune de Gouvy, une étrange affiche exhibe le slogan « BNP Patatras Fortis Non à la fermeture le 7 décembre prochain ». Etonnant. Sur des tracts distribués à la population ou envoyés par mail, le texte est encore plus incisif. « Il ne restera plus ni guichet, ni machine ! Clients et utilisateurs de cette agence, faites savoir votre mécontentement. N’importunez pas l’employé au guichet qui n’est pour rien dans cette décision prise en haut lieu. Téléphonez aux responsables et dites simplement que vous demandez le maintien de l’agence de Gouvy comme actuellement, c’est-à-dire le maintien des distributeurs d’extraits/billets et du guichet 2 X 2 heures par semaine. Clients et utilisateurs, à vous de jouer ! » Le personnel s’en prendrait-il lui-même à sa direction ? Que nenni !

« Ça fait deux ans que la fermeture de l’agence est annoncée, se plaint Didier Laurant, pharmacien et leader de la fronde. A ce moment-là, nous avons commencé la résistance en lançant une pétition qui a recueilli de nombreuses signatures. Nous avions aussi contacté la direction. L’agence est finalement restée ouverte. Certes, uniquement deux fois deux heures par semaine mais au moins nous disposons en permanence de machines pour effectuer des retraits et pour déposer de l’argent. C’est important pour les personnes âgées et pour les commerçants. »

Mails et affiches

D’où le placardage de l’affiche sur la porte. « Depuis mardi, nous avons lancé une action, poursuit Didier Laurant. Elle passe par l’envoi de mails à la direction et par de l’information à la population. Comme aucun membre du personnel n’est dans l’agence depuis lundi, nous y avons placé des affiches. » A l’arrivée des guichetiers ce vendredi après-midi, elles avaient évidemment disparu…

« Ce que les gens ne comprennent pas, c’est que Gouvy compte 5.300 habitants et n’a que deux agences bancaires alors que Vielsalm en a dix pour 7.500 habitants, tempête le pharmacien. Pourquoi en fermer une et imposer aux clients de faire 30 km aller-retour pour effectuer leurs opérations ? Fortis nous rétorque que nous devons utiliser internet. C’est impossible pour les personnes âgées qui, souvent, sont en plus dans l’impossibilité de se déplacer. »

Ce vendredi midi, une autre surprise attendait les clients. « Je suis venue déposer ma recette de la semaine à la machine mais elle est en panne, déplore Diane, esthéticienne. Ç a donne le ton de ce que sera notre vie à partir de décembre. Je ne peux pas aller jusqu’à Vielsalm. Ça m’obligerait à fermer mon salon trop longtemps et je perdrais de l’argent. J’ai donc ouvert un compte à la petite agence Record Bank même si je suis cliente depuis toujours chez Fortis. Idem pour mon mari garagiste. »

Véronique était, elle, venue retirer de l’argent au distributeur Fortis. La voilà contrainte aussi de faire quelques pas pour se rendre chez Record où une petite file prend forme. « Je pense surtout aux personnes âgées, dit-elle. Elles ont besoin de liquide pour acheter leur pain et effectuer leurs petites courses. Elles aiment venir au marché le jeudi où presque tout se paie en liquide. Comment vont-elles faire ? »

« Un moment, j’ai joué le rôle de la banque en donnant du liquide aux clients qui me le demandaient, réagit Valérie, pharmacienne, mais ce n’est pas mon boulot. Fortis laisse aussi entendre que les personnes âgées n’ont qu’à laisser leurs enfants faire leurs opérations bancaires par internet à leur place. Je trouve ça indécent. Pourquoi les enfants devraient-ils savoir ce que leurs parents font de leur argent ? »

Raymond Boulanger craint que les touristes ne puissent plus retirer d’argent liquide pour faire vivre le commerce local. © Pierre-Yves Thienpont.
Raymond Boulanger craint que les touristes ne puissent plus retirer d’argent liquide pour faire vivre le commerce local. © Pierre-Yves Thienpont. - Pierre-Yves Thienpont.

Président du syndicat d’initiatives et propriétaire du camping du lac de Chérapont, Raymond Boulanger fulmine, lui aussi. « En pleine saison, la population de Gouvy passe du simple au double. Les touristes ont besoin d’argent liquide pour effectuer leurs petits achats qui font vivre le commerce local. Je doute qu’un seul distributeur puisse absorber toutes les opérations. Je ne comprends vraiment pas cette décision. La banque est propriétaire de son bâtiment et les machines sont amorties. Ils disent pourtant que ce n’est pas rentable. Mais les clients ont besoin de conseils et de contacts humains. J’espère qu’une autre banque va ouvrir car il y a des affaires à faire à Gouvy. »

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