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Le communautaire de la N-VA? Du blabla…

On a beaucoup de mal à saisir la ligne stratégique en matière communautaire de la N-VA. La chronique francophone de Béatrice Delvaux pour Le Standaard.

Chronique - Editorialiste en chef Temps de lecture: 4 min

Quelqu’un qui reviendrait de quelques semaines passées en immersion Esquimau dans un igloo à l’autre coin de la planète, se pincerait en atterrissant à Bruxelles, constatant à quel point sa Belgique a changé. Quoi, le PS dans l’opposition en Wallonie  ? Quoi, un libéral qui fait le discours du Ministre président aux Fêtes de Wallonie  ? Quoi, la N-VA qui exige l’ouverture à révision de la Constitution avant la fin de la législature et pas un homme politique francophone qui s’agite, pas un journal du sud du pays qui en fait son gros titre ?

Le pays marcherait-il sur sa tête ? Un ouragan non identifié par les météorologistes aurait-il traversé le pays, anesthésiant les forces de gauche et francophones wallonnes ?

Comme francophone, on arrive encore à décrypter l’onde de choc qui touche le PS et l’a fait basculer dans l’opposition, mais avouons par contre qu’on a beaucoup plus de mal à saisir désormais la ligne stratégique en matière communautaire de la N-VA.

Que sont-ils devenus ?

Soyons de bon compte. Durant de nombreuses d‘années, les francophones ont pesté et surtout craint l’obsession communautaire de ce parti, estimant impossible pour lui de s’en défaire. Pour preuve, lorsque le MR s’est allié avec la N-VA au début du gouvernement Michel, jurant avoir obtenu la mise au frigo du package « réforme de l’état, communautaire et cie », nous n’y avons guère cru. Soit disant que le Voka allait servir de bouclier au seul parti francophone de ce gouvernement fédéral, contre les vieux démons nationalistes. Trois années plus tard, reconnaissons-le humblement : la rage communautaire n’a pas hanté la politique fédérale ou les prises de parole des ministres fédéraux nationalistes, et cela sans que les patrons flamands n’aient eu à interposer leur corps ou à sortir leurs fourches.

Mais aujourd’hui, le vrai questionnement pour les francophones, n’est plus de savoir si la N-VA peut contenir un temps ses instincts nationalistes et autonomistes, mais plus fondamentalement, ce qu’ils sont devenus.

Avouons : nous sommes un peu perdus. Quelle est aujourd’hui la stratégie communautaire et l’objectif de réforme institutionnelle de Bart De Wever et des siens ? L’impression est qu’il n’y en a plus et que le sujet n’est agité à intervalles réguliers que de façon très pragmatique et électoraliste, pour entretenir le feu sous le chaudron des ultras, mais sans réelle conviction de fond, et sans intention de passer à l’acte.

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Stratégie

Lorsque Bart De Wever avait annoncé qu’il confiait au tandem Hendrik Vuye-Veerle Wouters début 2016, la responsabilité d’élaborer et de faire savoir la bonne parole institutionnelle et autonomiste/confédéraliste de la N-VA, les francophones – dont Le Soir – avaient hurlé à l’agenda caché qui soudain se dévoilait, au grand dam des collègues flamands estimait que nous succombions à un accès de paranoïa hors de propos. Ce qui s’est vérifié quelques mois plus tard suite à l’éjection d’Hendrik Vuye et de sa compagne confédérale par leur parti.

Et donc aujourd’hui, quel est le programme ? Y-a-t-il, dans la salle de classe flamande, quelqu’un qui peut se lever et nous aider à décoder ?

Le communautaire, s’est-il dissous dans l’exercice du pouvoir au fédéral, qui « modère » en fait toutes les idéologies par l’effet des coalitions – Di Rupo Premier ministre en a fait l’expérience en acceptant la suppression des allocations d’insertion, que Di Rupo président du PS continue toujours aujourd’hui de payer auprès de ses militants ?

Le communautaire est – il remisé pour de bon dans le grenier jaune et noir, faute de forces pour le faire advenir et n’est-il remis en vitrine que pour réchauffer l’ardeur électorale des Fundi ?

Le communautaire ne fait-il plus recette pour séduire la grande masse des électeurs du nord du pays, depuis que le « profiteur » wallon a été détrôné par un « danger » bien plus grand pour l’identité et les finances flamandes : le migrant, l’étranger, voire le musulman.

C’est cette troisième option qui tient la corde. Bart De Wever en excellent stratège et capteur de l’air du temps, a compris qu’aujourd’hui c’est la défense de l’identité qui est le réel ADN de son parti, et que donc, la protéger, est la stratégie gagnante, peu importe contre qui. C’est la garantie du principe auprès de l’électeur qui compte.

Cela veut-il dire que, dans les années à venir, on est parti pour remettre au frigo, les réformes de l’Etat et les exigences et dénonciations communautaires au frigo, hors campagnes électorales ? C’est possible, même si sur le fond, le « standstill » n’est pas recommandé. Pour la N-VA ? C’est à elle de juger. Mais pour le pays, certaines compétences réclament à l’évidence une refédéralisation pour être exercées efficacement et apporter des solutions au citoyen : mobilité, environnement et les problématiques internationales. Et ça, ce n’est pas une journaliste du Soir qui l’écrit, mais c’est Didier Reynders, un libéral francophone, qui nous l’a dit.

 

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4 Commentaires

  • Posté par Poullet Albert, mercredi 20 septembre 2017, 10:37

    Le veule MR est devenu le valet de la NVA et portera la responsabilité de la déliquescence de notre société !

  • Posté par Serge Vandeput, mercredi 20 septembre 2017, 10:24

    Les Flamands n'ont qu'a attendre que Bruxelles et la Wallonie ont à nouveau besoin d'argent pour sortir le communautaire du tiroir. Ce seront les Belges fr qui seront demandeurs a la fin, les Flamands n'ont qu'à attendre jusque le fruit mur tombe dans leurs mains.

  • Posté par François Lemaire, mercredi 20 septembre 2017, 11:27

    Oui, il ne faut pas être naïf. La nva cache son jeu mais n'en sera que plus acérée sur le communautaire quand l'instant propice se présentera. D'ailleurs comment douter que le dossier du RER bruxellois ne le soit pas jusqu'au trognon, communautaire..?

  • Posté par Gillet Denis, mercredi 20 septembre 2017, 9:28

    Il est possible d'arriver au but de la N-VA de deux façons: soit par la (relative) indépendance de la Flandre, soit par la prise en mains de presque tous les leviers "significatifs" de l'état central. La première méthode, lourde et hasardeuse, est-elle encore nécessaire? Simple question...

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