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Martine Dewitte: « Que ce gros porc meure, après une vie d’hypocrisie »

Selon la prévenue, André Harray, son voisin, lui infligeait chaque mercredi attouchements et viols. Il y a un an, en pleine dépression, elle l’a tué.

Temps de lecture: 3 min

Martine Dewitte, une Troozienne de 49 ans, a livré ce mercredi au tribunal correctionnel de Liège les raisons qui l’ont poussée à assassiner, le 24 septembre 2016, André Harray. Le vieillard avait 98 ans et la prévenue lui reprochait de lui avoir infligé des attouchements et des viols quand elle n’était qu’une enfant. « J’en ai crevé. Il m’a fait crever », a-t-elle expliqué.

La quadragénaire est ce genre de femmes que l’on pense, au premier coup d’œil, parée à toute épreuve. Elle a la carrure large, une taille imposante, le regard déterminé. Elle a parlé sans détours lorsque les trois magistrates de la 20e chambre correctionnelle l’ont interrogée sur ce qui a pu la mener aux faits.

Ses parents travaillaient beaucoup, s’est-elle souvenue. Sa maman était une courageuse aide-ménagère, comme elle, et son papa était un employé de l’intercommunale liégeoise d’électricité. Martine n’était jamais confiée à ses grands-parents, trop âgés ; quand elle était malade, sa maman prenait congé pour la garder. Les mercredis après-midi, elle se rendait chez le voisin, André Harray, un enseignant qui habitait avec son épouse, sans enfant. « Cela a dû commencer vers 6-7 ans, car je me souviens que c’est à ce moment que j’ai commencé à m’habiller en petit garçon. Je ne voulais plus être une fille », a-t-elle expliqué. Quand elle arrivait chez le quinquagénaire, a-t-elle affirmé après avoir demandé à son fils, parmi le public, de quitter la salle d’audience, c’était toujours pareil : « Deux tartines de pain grillé m’attendaient, avec deux tranches de fromage suisse. Quand j’avais terminé, il sortait un Bob et Bobette. C’était toujours Bob et Bobette. Il me disait de venir à côté de lui, il me faisait la lecture en mettant sa main dans ma culotte ».

Son ton s’est ensuite fait plus dur, empli de colère : « Il me touchait, puis tout le reste... J'étais comme une fille dans un film de cul, j'ai appris à sucer sur son pouce ! ». Après avoir évoqué des viols absolument abjects, la prévenue a craqué : « Mes parents étaient merveilleux, ils ne savaient pas… Quand ils m’ont demandé, j’ai nié », a-t-elle affirmé avec des sanglots dans la voix. « Mon papa est là, je ne veux pas qu'on lui reproche quoi que ce soit ».

Les parents de Martine avaient été interpellés quand elle était revenue, un mercredi, sans ses collants. L’affaire avait fait du bruit, le curé de Trooz les avait rassurés : André Harray, avait-il répété, était quelqu’un de bien. Seule partie civile, le petit cousin du nonagénaire a tout de même reconnu que lorsque lui et son épouse ont eu une fille, sa mère leur avait dit « de ne jamais la laisser à André ». Un autre cousin du nonagénaire est venu de lui-même comme témoin : « mes parents avaient coupé les ponts avec lui parce qu’il y avait eu des problèmes avec une nièce », a-t-il confié. « Et quand il y a eu l’affaire Dutroux, je me souviens avoir entendu maman dire “nous aussi on a un pédophile, dans la famille” ».

La Troozienne avait fini par déposer plainte en 1992, quand elle était enceinte, mais les faits étaient prescrits. Elle s’est confiée, au fil des années, à une quinzaine de personnes au total sur ce qu’elle avait subi. Mais la « femme forte » avait fini par sombrer lorsqu’un de ses fils est décédé d’un accident de voiture, en 2011. Le jour des faits, on approchait des 5 ans de sa disparition, elle était en dépression. Elle avait quitté sa maison subitement, elle voulait « que ce gros porc meure, après une vie à faire l’autruche ».

Quand il a ouvert la porte de chez lui, quelques coups ont suffi. Dans la maison du nonagénaire sans vie, elle a ensuite tout détruit, « c’était comme un tsunami », a-t-elle acquiescé. « J’avais vu une photo de lui avec sa femme, dans le couloir. Cette photo, c’était celle de l’hypocrisie ».

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0 Commentaire

  • Posté par Petitjean Marie-rose, jeudi 21 septembre 2017, 16:15

    On peut comprendre le désir de détruire celui qui a infligé de tels sévices ; cependant, si tous ceux qui en ont subi se mettaient à assassiner leurs auteurs, ce serait une hécatombe. Et je ne suis pas sûre que la vengeance délivre de la haine, au contraire même.

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