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Une boîte à bébés fonctionnelle mais condamnée par le bourgmestre d’Evere

Le but : faire en sorte que les mamans abandonnent leur enfant dans un endroit sécurisé. L’avantage : la procédure est anonyme.

Temps de lecture: 3 min

Permettre aux jeunes mamans de confier leur bébé à quelqu’un de façon anonyme. Tel est l’objectif de la boîte à bébés créée par l’ASBL Corvia, à Evere. Un projet qui anime l’équipe médicale et bénévole depuis plus d’un an. Aujourd’hui, après de longs mois de procédures, la boîte est prête à l’emploi. C’est la deuxième en Belgique, et elle est loin de faire l’unanimité.

Elle est installée derrière la fenêtre du siège de l’ASBL, rue du Tilleul. Sur la vitre, des pictogrammes expliquent la marche à suivre : d’abord, la maman doit entrer un code de quatre chiffres, grâce auquel elle pourra ouvrir la fenêtre. À l’intérieur, un couffin et une couverture sont prêts à accueillir le bébé. Une enveloppe à destination de la mère contient une pièce unique de puzzle : c’est elle qui permettra à la maman de venir réclamer l’enfant dans les trois mois si elle regrette sa décision. Une fois le bébé déposé et la pièce de puzzle retirée, la maman referme la fenêtre, définitivement. Une alarme s’enclenche alors afin de prévenir le concierge de garde à ce moment-là.

Ce qui a poussé les membres de l’association à développer ce projet, c’est l’absence de cadre légal pour accoucher anonymement. « Les femmes n’ont pas dix mille options : c’est soit l’avortement, soit l’adoption. Du coup, beaucoup de femmes passent la frontière pour accoucher sous X en France », commente Carla Dejonghe (OpenVLD), marraine de l’association. Pour Béatrice Bertrand, juriste membre du Conseil supérieur de l’adoption, « le problème principal des femmes n’est pas l’identité ». Elle souligne que « de nombreuses alternatives sont possibles en Belgique » et rappelle que « mettre en place une tour d’abandon, c’est risquer de devenir un intermédiaire illégal à l’adoption ».

Chez nous, ouvrir une boîte à bébés n’est pas illégal. Ce qui l’est, en revanche, c’est d’abandonner son enfant. Or, pour le bourgmestre d’Evere, la mise à disposition d’une telle boîte constitue une incitation à l’abandon. Mais les membres de l’ASBL contestent : « Nous espérons que la boîte ne servira jamais mais tant qu’à abandonner son enfant, mieux vaut le laisser chez nous que derrière un buisson. » « C’est la meilleure solution dans le pire des cas », résume Carla Dejonghe.

Outre l’abandon de l’enfant, c’est ce qui advient de lui une fois déposé dans la boîte qui préoccupe Pierre Muylle (PS). Le mayeur estime en effet que les conditions ne sont pas réunies pour garantir la sécurité du bébé. De son côté, Mathilde Pelsers, membre de l’association, explique avoir établi un protocole très précis, selon l’état de santé de l’enfant. « S’il a l’air en bonne santé, nous contacterons un médecin pour un premier check-up. Dans le cas contraire, nous l’emmènerons directement à l’hôpital Reine Fabiola. » L’association prévoit aussi de contacter la police et de déclarer l’enfant à la commune avant de le confier à une pouponnière. « C’est bien encadré, je ne comprends vraiment pas le bourgmestre », confie Mathilde Pelsers.

S’il trouve l’idée intéressante, Pierre Muylle n’est pas favorable à son application en l’état : « Je vais prendre un arrêté qui interdit l’ouverture de boîtes à bébés. » Ce qui était chose faite en soirée. Une réaction qui ne fait pas peur à Mathilde Pelsers : « Aujourd’hui ou demain, on va l’ouvrir, on a la force qu’il faut pour tenir. »

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