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Loup Bureau: «Tout a commencé par un contrôle de visa, puis, ça s’est emballé» (vidéo)

Le journaliste indépendant a accordé sa première interview à France Inter. Il revient sur son incarcération de 51 jours en Turquie.

Temps de lecture: 4 min

Le journaliste indépendant et étudiant de l’Ihecs, Loup Bureau, a été libéré le 15 septembre et est arrivé dimanche matin vers 9h à Paris. Il a passé 51 jours dans une prison turque, accusé de participation à un groupe terroriste.

Cinq jours après son retour en France, Loup Bureau a donné sa première interview à France Inter, au micro de Sonia Devillers dans l’Instant M. Il est revenu sur les raisons de sa détention. « J’avais besoin de passer quelques jours avec mes proches, pour me reposer, et prendre conscience de ce qui s’est passé ici en mon absence », explique-t-il.

Ils ont eu accès à mon Facebook

Tout a commencé quand il a passé la frontière kurdo-irakienne. « Là, j’ai été contrôlé car il était très tard, il faisait nuit. Cela commence par un contrôle des visas, et comme j’en ai beaucoup dans mon passeport, je pense que c’est ça qui a intrigué au départ ». Puis « ça s’est emballé ». « Ils ont eu accès directement à tout mon profil Facebook, il n’y a plus de règles de confidentialité. » Loup Bureau explique qu’il croit que son profil a intrigué et avec la malchance, tout à fait qu’à un moment donné « ils décident de pousser un peu plus l’investigation et tombent sur mes reportages, notamment en Syrie ».

« Je pense alors que je l’ai échappé belle »

Lorsqu’il avait 22 ans, Loup Bureau a réalisé un reportage où il a dû côtoyer des combattants kurdes du YPG, un mouvement considéré comme organisation terroriste par la Turquie depuis 2014. « Les journalistes turques n’y vont pas, ils utilisent des images d’archives ou fournies par YPG », fait remarquer le journaliste. « Pour eux, un journaliste qui va dans cette zone-là est directement considéré comme un terroriste. »

L’étudiant de l’Ihecs a été relâché après le premier interrogatoire. Les policiers l’ont emmené à la station de bus de la ville. Le jeune homme prend alors un billet pour Istanbul, « à ce moment-là, je pense alors que je l’ai échappé belle ». Mais les policiers reviennent et lui disent qu’ils ont encore quelques questions à lui poser. « Je comprends alors que c’est parti pour durer », relate-t-il.

Sinark

« Dès que j’arrive, je suis menotté, je suis placé dans une garde à vue assez brutale, où j’ai été peu nourri », raconte Loup Bureau. C’est à Sinark, où se trouve la préfecture de la région que le journaliste est emmené. « J’ai réussi à dormir, c’était la seule chose que je pouvais faire. » Il a été placé dans une petite cellule, de quelques mètres carrés, pendant 6 jours. Il demande alors de pouvoir appeler le consulat, tous les jours, en vain, ça lui est refusé. « Je n’ai pas pu contacter ma famille non plus. Mais je continuais à garder espoir, vu qu’on était encore au stade de la garde à vue. »

Au bout de ces 6 jours, Loup Bureau est emmené devant un juge pour son procès. Procès qui ne durera que 15 minutes. « On me dit alors que je suis arrêté, sans me dire pourquoi. Je perds pieds dans les jours qui suivent mon incarcération. Je n’ai pas de contact avec le consulat ni avec ma famille. Je ne parle pas turc, la communication est très compliquée. C’est l’incertitude et l’angoisse qui arrivent », continue-t-il.

La libération

Après 51 jours d’incarcération, Loup Bureau apprend le jour du procès qu’il va être libéré : « Mon avocat m’a averti la veille qu’il allait y avoir une audience le lendemain. Cela a été soudain, je ne m’y attendais pas du tout. Pour moi, je n’étais pas libre à ce moment-là, je pensais rester des semaines, voire des mois. L’audience a duré à peine 10 minutes et on m’a dit vous êtes libre », raconte-t-il.

Il est ramené à la prison menottée pour qu’il récupère ses affaires. « Ça m’a fait très peur parce que j’avais déjà été libéré et recapturé. Petit à petit j’ai eu ce sentiment de soulagement  », explique Loup Bureau. Il ne se sentira vraiment soulagé que quand il rentrera dans l’avion.

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