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Quand l’anti-douleur devient une drogue dure

Le service d’évaluation et de contrôle médicaux de l’Inami met le doigt sur la hausse de la consommation d’analgésique à base d’opiacés de synthèse. Il alerte sur les risques pour la santé et les dérives vers la toxicomanie.

Analyse - Chef du service Société Temps de lecture: 3 min

Tramadol, Tilidine, Oxycodone, Fentanyl, Piritramide… Cinq médicaments mieux connus sous des noms commerciaux comme Contramal, Valtran, Oxynorm, Durogesic et bien d’autres… Tous ont la capacité de combattre de fortes douleurs. Ils appartiennent à la famille des « opioïdes », des psychotropes de synthèse dont les propriétés sont comparables à celles de l’opium.

Ils sont utilisés comme analgésique dans le cadre de douleurs chroniques aiguës. Des traitements à ne pas mettre entre toutes les mains donc. Sauf qu’en Belgique, un citoyen sur dix en a consommé en 2016. Le plus souvent à raison des pilules strictement nécessaires dans le cadre d’un traitement médicalement justifié mais parfois avec des doses dépassant le bon sens, alimentant des soupçons de toxicomanie.

C’est l’Inami – ou plus précisément son Service d’évaluation et de contrôle médicaux (SECM) – qui met le doigt sur ce phénomène. Il a passé au crible les données de facturation de 5.000 pharmacies pour établir une photographie précise de la consommation d’opioïdes en Belgique. Et mettre au jour quelques surprises. Dont celle-ci : en 2016, 1.186.943 patients se sont fait délivrer au moins un conditionnement d’un des cinq opioïdes ci-dessus. C’est un tiers en plus qu’il y a 6 ans. Le nombre de doses thérapeutiques quotidiennes (la DDD en langage médical) suit d’ailleurs la même courbe, passant de 60 à 80 millions par an.

Il ressort également de l’analyse des prescriptions que l’immense majorité de patients se « contente » d’une consommation inférieure à 365 DDD par an. Par contre, l’Inami identifie deux profils de gros consommateurs : ceux qui ont besoin d’une à deux doses quotidiennes chaque jour de l’année (ils sont un peu plus de 30.000), et ceux qui dépassent ces deux doses quotidiennes (un peu plus de 7.000).

Que sous-tendent ces données ? D’abord, que les grands consommateurs chroniques prennent des risques pour leur santé. « C’est surtout l’usage à haute dose des opioïdes qui peut être préoccupant, car il a de nombreux effets secondaires, comme l’accoutumance, la dépendance physique et psychique, les symptômes de manque lors du sevrage… », dit Erik Rossignol, directeur de l’information du SECM.

De la toxicomanie

Ensuite, que pour d’autres grands consommateurs l’usage d’opioïdes n’est rien d’autre que de la toxicomanie. Elle est associée à du « shopping médical » : un peu plus de 300 patients consultent une dizaine – et parfois plusieurs dizaines – de médecins et autant de pharmaciens, pour se faire prescrire les doses d’opioïdes liées à leur dépendance. Et de citer le cas extrême d’un couple qui a pu obtenir 13.000 patchs de Fentanyl sur une année en visitant pas moins de 66 médecins et 250 pharmaciens. Donc coût pour l’assurance maladie : 110.000 euros.

« L’Inami n’a pas de pouvoir de judiciaire mais, dit le docteur Hepp, fonctionnaire du dirigeant du Secm, on peut croire qu’une telle consommation est frauduleuse et devrait faire l’objet d’une enquête judiciaire ». À l’inverse, le Secm le reconnaît, la hausse de la consommation modérée d’opiacés est probablement liée à l’attention accrue portée aux soins palliatifs et/ou à la substitution de substances basiques comme la morphine par les opioïdes de dernière génération.

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