En Belgique, un livre rare sur trois est vendu à l’étranger

Ce graduel de 1490-1510 a été vendu à un collectionneur étranger. © Arenberg Auctions.
Ce graduel de 1490-1510 a été vendu à un collectionneur étranger. © Arenberg Auctions. - Arenberg Auctions.

Le marché du livre ancien est florissant en Belgique. Les maisons spécialisées en ont vendu 15.000 aux enchères en 2016. A l’échelle mondiale, ce sont 400.000 livres rares qui ont changé de mains. Et sur les 15.000 en Belgique, 5.000 sont partis chez des collectionneurs internationaux, particulièrement des Français, des Néerlandais et des Américains. C’est le constat fait par la nouvelle maison spécialisée Arenberg Auctions, née de la fusion de deux maisons de vente bruxelloise, Romantic Agony et Henri Godts, pour intensifier la synergie et la pérennité des deux maisons.

Quinze mille livres vendus en un an en Belgique. C’est beaucoup, non ? « Nous sommes un pays de collectionneurs, répond Henri Godts. Nous sommes sur la frontière de deux sphères culturelles, germanique et française. Un lieu de rencontres, c’est toujours fructueux, parce qu’il permet une vue très large sur la vie et les choses. Depuis toujours, la Belgique est réputée pour ses collectionneurs, pas seulement en arts plastiques mais en livres rares et anciens. On utilise d’ailleurs une expression à Paris : la condition belge. Un livre en condition belge, c’est un livre en parfait état. »

Un tiers des livres vendus à l’étranger en 2016. Ce n’était qu’un sur cinq il y a dix ans, et un sur dix il y a 20 ans. «  C’est dû à l’intensification des moyens de communication, explique Henri Godts. Notre métier a connu une révolution, en ce sens où l’informatique et l’internet ont intensifié les échanges, la consultation. Avec un catalogue papier, on pouvait toucher une clientèle de 1.500 à 2.000 personnes, aujourd’hui on peut joindre beaucoup plus de monde. Et beaucoup plus de monde peut nous joindre. Si un Australien cherche sur internet un Jules Verne en édition originale, il va arriver chez nous. Cela explique le nombre croissant de ventes vers l’étranger. Mais des Belges achètent à l’étranger, cela fait équilibre. »

Un cri d’alarme ? Pas vraiment

Le graduel du tournant des XVIe et XVIIe siècle qui illustre cet article a été vendu à l’étranger l’année passée. Cet objet, estimé 60.000 euros, est parti à 200.000 euros. Une perte irrémédiable ? En fournissant les chiffres de ventes à l’étranger, Arenberg Auctions lance-t-il un cri d’alarme ? « Non, répond fermement Henri Godts. C’est un constat, pas davantage. Le commerce de livres est un phénomène international. Au XVIIe, les Français et les Anglais les achetaient déjà en Hollande, au XIXe les Belges allaient à Londres et à Paris. Plantin, au XVIe siècle, présentait ses livres à la foire de Francfort. »

C’est tout de même un appauvrissement pour le patrimoine belge de voir partir ce précieux graduel ailleurs ? Henri Godts est serein, et c’est normal pour un commerçant : « Non, parce que ce n’est pas le seul livre du genre chez nous. Ce genre d’usuel de communauté ecclésiastique existe encore en Belgique, à la Bibliothèque royale ou dans des collections privées… »

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous