Les tétras suédois se plaisent en Fagnes

Souhaitons un hiver froid et sec à ce petit gallinacé
; un temps doux et humide l’exposerait trop aux maladies. © Reporters / BRAKE / SUNSET.
Souhaitons un hiver froid et sec à ce petit gallinacé ; un temps doux et humide l’exposerait trop aux maladies. © Reporters / BRAKE / SUNSET. - Reporters / BRAKE / SUNSET

La bonne nouvelle du moment vient du plateau des Fagnes où l’opération de translocation de dix tétras suédois semble être un succès (Le Soir 03/05). Six des dix oiseaux avaient été munis d’un émetteur portable permettant de retracer leurs déplacements. Au début du mois de juillet, quatre contacts ont pu être établis, confirme Pascal Poncin (ULg), responsable de l’unité de biologie du comportement à l’Université de Liège. Trois ont permis de télécharger l’historique des mouvements des animaux. Deux mâles ont manifestement fréquenté les environs d’arènes où les coqs viennent parader. Plus intéressant encore : le comportement de la femelle identifiée est « typique d’une couvaison », s’enthousiasme Poncin. Elle est restée immobile pendant trois semaines, dans un « milieu caractéristique de la reproduction », puis s’est déplacée lentement. « Comme si elle était accompagnée de poussins », ajoute Didier Vangeluwe, l’ornithologue de l’Institut des sciences naturelles qui accompagne le projet. En moyenne, une femelle tétras peut donner naissance à 6 à 8 poussins.

« Je n’aurais jamais parié un kopeck sur ce genre de résultats avant le début de l’opération, insiste Vangeluwe. Cela montre clairement que la translocation est un succès. » Qui n’était pas gagné d’avance, les oiseaux sont des animaux fragiles. Les programmes de réintroduction néerlandais et allemands ont montré qu’environ 40 % meurent dans les semaines qui suivent leur réintroduction, rappelle Poncin. L’émetteur de 18 grammes peut se détacher ou cesser d’émettre. « Ici, nous avons la preuve que les tétras se sont acclimatés aux Fagnes. Et on a pu constater que les batteries se rechargent bien grâce aux panneaux solaires. » Par ailleurs, le printemps sec était favorable à la couvaison. L’hypothèse de la venue de poussins n’est pas farfelue.

Rien d’inquiétant de ne pas avoir de nouvelles par la suite. « Nous avons été moins actifs dans la recherche des contacts, détaille Poncin. Les oiseaux sont en pleine mue et restent souvent plaqués au sol, ce qui rend leur repérage difficile. Les signaux passent moins à cause de la végétation. »

Des réserves pour l’hiver

Les chercheurs attendent désormais l’automne. « Nous allons réintensifier le suivi. C’est une saison où les oiseaux se rassemblent. Il arrive qu’on en voie trois ou quatre dans le même bosquet ou le même arbre. Ils font des réserves pour l’hiver. » Leur nourriture change : adieu les insectes, place aux feuilles des saules, dit Vangeluwe. Les tétras suédois seront en tout cas plus aisés à repérer.

Fort de ces bonnes nouvelles, les promoteurs du projet ont demandé à la Région wallonne le renouvellement de la convention avec l’administration. Une opération de translocation pourrait se renouveler l’année prochaine, avec 25 tétras, cette fois. « On peut encore améliorer le projet, dit Poncin, notamment avec des émetteurs plus performants. »

Il faut maintenant croiser les doigts pour que l’hiver soit froid et enneigé. « Les oiseaux y sont adaptés : ils creusent même des igloos dans la neige. En revanche, ils craignent un hiver doux et humide qui les expose aux maladies. »

 
 
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