Le futur zoning de Tournai Ouest III devra encore attendre

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Le parc éolien de Blandain, monté en quelques semaines, devra-t-il être démonté
? © Bernard Libert.
Le parc éolien de Blandain, monté en quelques semaines, devra-t-il être démonté ? © Bernard Libert. - Bernard Libert

Le moment fut minutieusement choisi. Vendredi matin, l’Apic, l’Association pour l’intégrité des campagnes (Apic) de Blandain, Hertain, Marquain et Lamain – des villages tournaisiens –, se fend d’un communiqué révélant de récentes décisions judiciaires dans le dossier de création du zoning de Tournai Ouest III – l’extension des zonings actuels – que l’intercommunale Ideta tente de mettre en œuvre depuis une bonne dizaine d’années. De quoi plomber la fête que l’intercommunale organisait le soir même pour la mise en service d’un parc éolien – via sa filiale E-Nos Vents créée avec EDF Luminus – dans ce même zoning de Tournai Ouest. Car l’Apic n’y va pas par 4 chemins : Ideta a construit ces éoliennes sur des terrains qui ne lui appartiennent pas ! L’association évoque une récente décision du Tribunal de première instance qui a annulé des expropriations de terrains agricoles datant de 2008. Cet arrêté avait déjà été cassé par le Conseil d’Etat en 2010. « Depuis, Ideta a continué d’agir comme si de rien n’était, c’est-à-dire en considérant comme siennes les parcelles qu’elle avait acquises en 2008-2009, explique Xavier Delbecq, président de l’Apic. La réalité est que Tournai Ouest III n’a jamais appartenu à l’intercommunale. »

Les éoliennes de Blandain, à peine installées, devront-elles être démontées ? « Non, assure-t-on du côté d’Ideta. Cette décision judiciaire ne revêt pas un caractère définitif, et les terrains acquis de gré à gré qui en font l’objet demeurent la propriété d’Ideta en dépit de celle-ci. En effet, pour qu’un quelconque transfert de propriété intervienne, il faudrait qu’Ideta s’abstienne de faire usage de son droit de recours, ce qui ne sera pas le cas. »

En réalité, les opposants ne réclament pas le démontage non plus. « Ideta va être confronté maintenant à des contretemps importants, et des actions administratives ou judiciaires coûteuses, estime Xavier Delbecq. À moins que l’intercommunale, que nous appelons à négocier depuis de nombreuses années, n’accepte de tenir enfin compte de nos préoccupations. » Pour l’Apic, c’est clair, l’intercommunale va devoir négocier et mettre la main à la poche : « Les propriétaires expropriés en 2008-2009 vont voir leurs indemnités plus que doublées dans le cadre d’une nouvelle expropriation sur la base 2017-2018, car le prix des terres agricoles a considérablement augmenté entre-temps. Les locataires exploitants verront également leurs indemnités revues à la hausse. » Et ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle dans ce dossier pour Ideta. En effet, un juge de paix a recalé le projet de nouvelle route d’accès partant de la jonction A8-N7 à la sortie 35. Le juge, saisi par un agriculteur menacé d’expropriation, a déclaré illégal l’arrêté d’expropriation du 10 juin 2016 pris par la Région wallonne ; la route ne peut donc être construite pour l’instant.

Ces deux jugements sont une péripétie de plus pour Ideta dans ce dossier d’extension qui s’enlise. Si les responsables de l’agence affirment continuer à vouloir mettre en œuvre ce nouveau zoning – à Tournai, il n’y a plus aucun terrain industriel disponible – pour le bien-être économique de la région, force est de constater que ces décisions, si elles ne mettent fin au projet, vont une nouvelle fois le ralentir. En 2021, cela fera 20 ans que l’on parle de Tournai Ouest III. Pas sûr qu’Ideta aura quelque chose à fêter…

La nouvelle tombe mal pour Ideta

Par Sandra Durieux

Une tuile financière de plus

Les responsables d’Ideta, bien que dépités, se veulent rassurants : ces jugements ne sont qu’un obstacle de plus dans ce projet d’extension qu’ils comptent bien mener à son terme. Mais la question est de savoir à quel prix ? Et surtout, est-ce que l’intercommunale a les moyens de l’assumer ? On le sait, Ideta ne va pas bien, en raison principalement de son manque de rentrées financières : il n’y a plus de terrains à viabiliser et à commercialiser, son département « Énergies renouvelables » et notamment sa filiale Elsa ne génèrent, pour l’instant, pas les « plantureux » revenus qu’elle est censée obtenir du développement éolien notamment. Dans ce contexte, les deux jugements en faveur de l’Apic sont loin d’être anodins. Si les recours d’Ideta n’aboutissent pas, celle-ci sera contrainte d’obtenir un accord financier avec les propriétaires qui auront à cœur de faire s’envoler les enchères. D’autant que les éoliennes, placées ces derniers mois alors que les recours étaient pendants, ont fait grimper les prix. Entre la peste et le choléra, Ideta choisira probablement de payer à prix d’or des terrains plutôt que d’assumer le coût d’un démontage. Quoi qu’il arrive, la facture sera salée pour l’intercommunale de Wallonie picarde qui a déjà commencé à compter : l’extension du zoning prendra encore beaucoup, beaucoup de temps. Et le temps, c’est de l’argent…

 
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