Charleroi: Immersion dans l’univers des jeunes autistes et psychotiques

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Le photographe Michel Loriaux a passé 18 mois d’immersion à la Porte Ouverte – un institut pour jeunes en difficulté sociale et psychique à Blicquy. © D.R.
Le photographe Michel Loriaux a passé 18 mois d’immersion à la Porte Ouverte – un institut pour jeunes en difficulté sociale et psychique à Blicquy. © D.R. - D.R.

De ses 18 mois d’immersion à la Porte Ouverte – un institut pour jeunes en difficulté sociale et psychique à Blicquy (Hainaut occidental), le photographe Michel Loriaux a ramené 400 clichés : il en présente 32 aux cimaises de la manufacture urbaine à Charleroi, pour une exposition librement accessible jusqu’au 21 octobre à partir de ce vendredi 29. « Seul avec les autres » – c’est son nom, un titre que lui a inspiré une balade en forêt – nous fait entrer de plain-pied dans le monde angoissant des ados autistes et psychotiques. « L’approche n’est nullement voyeuriste. Au contraire, elle est douce et bienveillante, elle donne à voir la différence dans ce qu’elle a de sublime », explique l’artiste.

De fait. Le sourire de Ryad légèrement tourné ver le ciel, le bonheur de Rémy sur sa balançoire, l’apaisement de Mickey au contact de la terre ou la promenade dans les sous-bois près de Clairvaux apaisent le regard. Et peut-être d’incontrôlables peurs enfouies. Au fil de ses visites, le photographe a appris à affronter les siennes, à observer ces enfants qui cassent les codes, déstabilisent par leur silence ou leur ahurissant débit de paroles, par leur langage corporel, leur regard perdu dans la contemplation de l’invisible.

Les liens noués se sont prolongés par l’animation d’un labo argentique au sein du centre d’accueil de jour. Michel Loriaux y va une fois toutes les deux semaines pour une séance de trois heures. Les jeunes développent eux-mêmes leurs propres photos. Cette histoire est née de la rencontre de l’artiste avec le responsable de la Porte Ouverte, le psychanalyste Frédéric Bourlez. « Il m’a invité et donné envie de venir voir : la première immersion a été pétrifiante car j’avais dû laisser mon boîtier à l’extérieur, j’étais avec les jeunes, il fallait s’assurer de nos compatibilités. Une fois le test réussi, je suis revenu deux fois par semaine un après-midi, cela a duré 18 mois. »

De nature extravertie, le photographe a dû apprendre la discrétion pour vivre avec les résidents, partager leurs activités, leur quotidien, saisir leurs émotions. L’aventure lui a aussi permis de mesurer son engagement artistique. « Au bout du compte, elle m’a aidé à changer mon regard. » C’est aussi l’objectif de l’exposition de Charleroi, qui se veut un cri face à la pénurie de lieux d’accueil spécialisés pour les jeunes en difficulté. Les places manquent. Beaucoup de jeunes français fréquentent les centres d’accueil de jour belges parce qu’il n’y a rien pour eux de l’autre côté de la frontière. Vernissage ce jeudi soir.

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Un travail engagé

Michel Loriaux est l’auteur du reportage « La profondeur des champs », sur les femmes seules en agriculture. Il est aussi l’inventeur du concept – et le réalisateur – de l’émission « crash test » sur la RTBF. On lui doit de nombreux clichés engagés, dont celui intitulé « ce sera dur mais les wallons s’en sortiront » inspiré par une phrase de Guy Spitaels. A la manufacture, d’autres activités compléteront son expo : des ateliers et des animations seront organisés par les intervenants de la Porte Ouverte autour du travail en santé mentale les jeudis 5, 12 et 19 octobre de 19 à 21h. Deux films réalisés à l’institut par Clémence Herbert seront projetés. En clôture de l’événement, Pascal Duquesne et son groupe de musique le « Huitième groupe » se produiront le samedi 21 en soirée.

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