Laurent Joffrin: «Un événement considérable à l’échelle européenne»

Laurent Joffrin est l’auteur de Seul contre tous. Cent jours avec Napoléon  (Tallandier). C’est aussi un passionné d’histoire.

Laurent Joffrin est l’auteur de «Seul contre tous. Cent jours avec Napoléon».
Laurent Joffrin est l’auteur de «Seul contre tous. Cent jours avec Napoléon». - afp

Vous êtes journaliste, rédacteur en chef de « Libération », habitué donc à travailler en termes d’exclusivité. Est-il encore possible aujourd’hui d’écrire des choses nouvelles sur Napoléon et Waterloo ?

Oui. J’ai changé ici de méthode et j’ai écrit comme un journaliste. Comme il y a eu d’importants travaux d’historiens, des mémoires, on est face à une masse de documentation. On peut donc écrire l’histoire comme si on y était. J’ai donc pu revenir sur ces jours exceptionnels où Napoléon, s’échappant de l’île d’Elbe, réussit à remonter vers Paris sans faire tirer un coup de feu, en dépit du danger potentiel représenté par les soldats envoyés par le roi.

On célèbre ce 18 juin le bicentenaire de la Bataille de Waterloo. Que représente ce moment pour une féru de l’histoire napoléonienne comme vous ?

C’est la fin des guerres qui ont suivi la Révolution, ce qui est positif bien sûr pour l’Europe. A partir de ce moment, la Sainte Alliance réussit à maintenir la paix pendant 30 ou 40 ans. En revanche, c’est aussi la défaite, même provisoire, des idées de la Révolution. Napoléon les avait reprises et avait relevé le drapeau, davantage par calcul que par conviction. Il s’était présenté comme le continuateur de la Révolution contre l’Ancien Régime. Et c’est vrai que ses adversaires, les Prussiens comme les Russes et les Autrichiens, défendaient des monarchies très réactionnaires. Il y avait une bataille entre les idées nouvelles et les idées anciennes. De ce point de vue, c’est la défaite de la Révolution. Il faudra attendre 1830 et 1848 pour que ces idées reviennent.

La France – comme l’Allemagne – sera représentée par son seul ambassadeur, comme si l’événement ne méritait pas qu’elle envoie son chef d’Etat. Pourquoi ?

C’est une manière bizarre de regarder sa propre histoire. Waterloo est un événement considérable à l’échelle de l’Europe et pour tous les pays concernés. Wellington est devenu un héros national. Tous les grands écrivains en ont parlé. Cet événement a dominé tout le XIXe siècle. Il est donc important. Ce n’est pas seulement une bataille. C’est le commencement d’une autre ère. En France, Napoléon est mal vu en raison du régime républicain. En devenant Empereur en 1805, il a aboli la République. En même temps, l’Empire est ambigu. Car il a repris des idées de la Révolution – comme le Code civil – qui se sont répandues dans toute l’Europe. Waterloo fait à la fois référence à la Révolution et à la monarchie. On aurait très bien pu profiter du bicentenaire de Waterloo en en faisant une commémoration dédiée à la fin des guerres. Cette guerre entre puissances européennes est tout à fait désuète, puisqu’on a construit l’UE qui élimine cette possibilité. Mais on ne s’en est pas saisi. Par ailleurs, on aurait pu réfléchir sur le césarisme, sur les idées d’égalité en liaison avec la liberté. Enfin, les gens qui sont morts ce jour-là sont morts pour quelque chose. Ce n’est pas insignifiant.

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