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Le 1 octobre 2017, triste journée pour la Catalogne, l’Espagne et l’Europe

Nul doute qu’il y a en cette journée matière à enseignement pour les Espagnols. Et pour l’Europe.

Édito - Chef du service Monde Temps de lecture: 3 min

Triste journée, ce dimanche. Pour la Catalogne d’abord. Ses leaders ont embarqué leurs concitoyens, contre l’avis de nombre d’entre eux, dans une aventure séparatiste contestée et contestable. Et le dessein d’une déclaration unilatérale d’indépendance est, dans l’univers démocratique européen, une folie juridique qui ne servirait en rien les intérêts des Catalans. Cet aventurisme a d’ailleurs plongé leur société dans la division jusqu’au sein de familles et de groupes d’amis.

Triste jour pour l’Espagne. On peine à trouver les mots pour caractériser l’attitude du gouvernement central espagnol qui, disposant de la force de la légitimité juridique et constitutionnelle, a choisi de n’utiliser que sa force brutale pour faire dérailler le « référendum ». A défaut d’une gestion subtile en amont, où rien n’aurait remplacé plus efficacement le dialogue politique, il aurait suffi de laisser passer la consultation populaire pour en constater l’aspect illégal voire non valide, avant d’en tirer les enseignements pour repasser à une phase politique. Au lieu de cela : des balles en caoutchouc tirées sur des électeurs et une image de « Robocop » violentant une petite vieille. Tombé dans le panneau des séparatistes, victime de sa propre posture bornée, Mariano Rajoy a fait échouer à son pays le test démocratique le plus critique depuis 1981. Rien de bon pour l’unité espagnole ne peut sortir de pareille politique : il doit immédiatement, tant qu’il est encore temps, redonner le sentiment aux Espagnols que son gouvernement travaille pour tous, même pour ceux qui ne sont pas d’accord.

C’est enfin l’Europe qui est perdante. Une nouvelle fois Farage et Poutine se sont rengorgés de satisfaction : elle est belle, la démocratie européenne telle que l’ont mise en scène les dirigeants espagnols et catalans. Et telle que n’ont pas voulu l’influencer, même pas la commenter !, les dirigeants européens et de l’UE. La peur panique des pulsions indépendantistes et le corset des alliances objectives entre pouvoirs centraux ont eu raison de la finesse de jugement et du courage, piégés entre les principes contradictoires de constitutionnalité et d’aspiration à l’autodétermination. La disproportion entre la légitime mise en accusation de la Pologne pour atteinte à l’État de droit, et l’absence du moindre mot de questionnement sur l’attitude du gouvernement madrilène, a de quoi laisser pantois. En définitive, si le gouvernement de Varsovie violente l’État de droit, il n’a encore jamais tiré de balles de caoutchouc sur ses opposants.

Le silence européen, lâche car misant sur un référendum qui serait passé comme un pétard mouillé, n’est plus tenable. Charles Michel a brisé l’omerta le premier, trahissant tout haut ce que nombre de ses collègues pensaient tout bas depuis quelque temps.

Les uns mettront cette sortie sur le compte de l’habileté et du bon timing, les autres, du courage. Et en Belgique comme en Europe, certains la mettront sur le compte de l’obligation de faire un geste envers les indépendantistes flamands qui constituent le poids lourd de sa majorité. Toujours est-il que le Premier ministre belge aura beau jeu de dire que depuis qu’il a négocié puis conclu avec la N-VA, il n’est plus question – pour l’instant – d’indépendance flamande. Nul doute qu’il y a là matière à enseignement pour les Espagnols. Et pour l’Europe.

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4 Commentaires

  • Posté par Kempgens Gilles, lundi 2 octobre 2017, 16:39

    La phrase de Jurek Kuczkiewicz "il aurait suffi de laisser passer la consultation populaire pour en constater l’aspect illégal voire non valide, avant d’en tirer les enseignements pour repasser à une phase politique" ne me semble pas du tout réaliste. Si le referendum s'était déroulé sans problème, les Catalans auraient pu afficher des chiffres montrant qu'ils disposaient d'une majorité tellement confortable que cela reviendrait à nier la démocratie en leur refusant d'aborder l'indépendance. Donc, non M. Kuczkiewicz, cet argument n'est pas recevable. Vous pouvez nier la légalité du referendum mais le mal sera fait. Et comparer quelques balles en caoutchouc à un état tel que la Pologne devenu anti démocratique et bientôt dictatorial me semble disproportionné. On a l'habitude de se récrier fortement devant des faits tels que ceux de Catalogne mais je n'ai trouvé aucune analyse sur la manière dont les Catalans dirigés par Puigdemont ont mis en échec les forces de police les forçant dans certaines circonstances (certaines, pas toutes) à réagir violemment, trop violemment.

  • Posté par CHRISTIAN YLIEFF, lundi 2 octobre 2017, 10:47

    Plus question - pour l'instant - d'indépendance flamande ?? Bien naïf celui qui y croit !! Attendons et nous verrons..

  • Posté par Pierre Lison, lundi 2 octobre 2017, 10:08

    Pour la Flandre, «l’indépendance», ce sera la BELGIË !

  • Posté par Van Steen Willy, lundi 2 octobre 2017, 9:23

    Pourquoi pour l'Europe? Elle n'a pas demandé de scission, car elle représente l'union! Si chaque région se met à faire de même, fini les Etats Européens! Laissons libre cours aux nationalismes corse, breton, languedocien, breton, flamand, normand, aragonais, frison, sarde, sicilien, sans parler des lands allemands, etc, Ce serait la désunion totale et la remise en question de l'ensemble de notre continent! Est-ce cela le but de l'Europe?? Nos états sont le fruit de siècles de guerres, de conquêtes, de négociations! Faut-il revenir aux points de départ et refaire une constellation de villes Etats (comme dans l'Antiquité) ou de Régions qui de toutes façons seront tôt ou tard interdépendantes sur le plan économique!

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