Des hôpitaux belges vendent les données de leurs patients

© Belga.
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Au moins une quinzaine d’hôpitaux sur la centaine installés en Belgique ont déjà vendu les données confidentielles de leurs patients à une multinationale de traitement de l’information médicale, Quintiles IMS. Le but de celle-ci est d’étudier et analyser la pratique de chacun des hôpitaux afin de s’en inspirer et d’en tirer le meilleur. Une information utile pour un hôpital afin de soigner mieux ou moins cher. Mais aussi pour les producteurs pharmaceutiques ou de matériel médical afin de mieux profiler leur marketing. Et la firme entend clairement vendre le résultat de son travail à qui voudra y mettre le prix.

Le patron des Mutualités chrétiennes, Jean Hermesse, dénonce une « marchandisation » en marche des soins de santé. C’est que l’ampleur des données transmises étonne. Il ne s’agit pas de savoir combien d’aspirine sont utilisées annuellement dans un hôpital, mais du détail du traitement suivi par chaque patient. Le tout, avec les données de facturation de l’hôpital aux mutuelles et à l’Inami et les résumés hospitaliers semestriels, se vend 22 euros par lit et par an, soit un gros 10.000 euros pour un hôpital de 500 lits.

Flou

Se pose naturellement la question de la légalité de cette pratique. Les données médicales étant en effet classifiées comme « données sensibles », leur détention, mais aussi leur traitement et leur échange doivent faire l’objet d’une déclaration à la Commission de la vie privée. Dans certains contrats dont Le Soir a pu prendre connaissance, Quintiles IMS affirme à de multiples reprises qu’il s’engage à respecter la loi en la matière. Mais certaines parties du texte indiquent que la firme expliquera pourquoi le traitement qu’elle réserve aux données « n’est pas possible sur la base de données anonymisées ». Le Soir a interrogé la firme sur le sens de cette réserve, mais elle s’est bornée à exposer « qu’elle prend très au sérieux la vie privée des patients et s’engage à respecter les lois et réglementations des pays dans lesquels notre société opère. ».

Estimant qu’une ligne rouge a été franchie, Jean Hermesse souhaite que « ce type d’échange soit strictement régulé. Que les données employées soient strictement anonymisées. Et que ces échanges soient réservés aux projets dont l’objectif est l’amélioration de la santé, comme la lutte contre l’abus des antibiotiques. Pas pour un but mercantile. »

► Sur Le Soir+ : Notre dossier complet et notre entretien avec Jean Hermesse

 
 
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