Etienne Davignon: «L’indépendance ne signifie pas nécessairement de meilleures conditions de vie»

Observateur attentif de la politique belge et européenne, il analyse tout d’abord la situation en Catalogne et commente la rupture entre PS et cdH.

Acteur de la politique européenne, Etienne Davignon a des doutes sur une amélioration de la situation entre Madrid et Barcelone :

« Je ne sais pas si cela va s’arranger car la crise est profonde. Elle est d’autant plus profonde qu’elle est un conflit entre deux préoccupations légitimes. Si l’Espagne se dit un Etat de droit, alors il est évident que prononcer l’indépendance est contraire à la constitution espagnole. Mais l’autre élément, c’est l’insatisfaction profonde d’une partie importante de la population.

La question est : Comment concilier les deux ? »

L’ancien Commissaire européen regrette toutefois que ce référendum ne se soit pas déroulé correctement.

« Les divisions existent aussi entre les Catalans. Il aurait été bon de savoir ce que pense vraiment la population. Voulait-elle réellement l’indépendance ? L’envie d’indépendance est loin d’être unanime. Mais la violence utilisée par le gouvernement a réussi à créer une sorte de consensus ».

La violence envers la population

« 

Lorsqu’on a affaire à un mouvement populaire important, légitime ou pas, utiliser la violence c’est jeter de l’huile sur le feu puisque vous savez que vous ne pouvez pas réussir.

Il faut avoir du bon sens car l’indépendance c’est très compliqué.

Il ne faut pas faire croire aux gens qu’avec leur indépendance, ils auront de meilleures conditions de vie, pour après découvrir que ce ne sera pas le cas.

Qui plus est, une sécession violente de la Catalogne ne permettra pas une entrée rapide dans l’Union européenne. »

Une Catalogne indépendante demain ?

Quant à imaginer une indépendance catalane du jour au lendemain avec la fermeture des frontières, Etienne Davignon botte en touche :

« Le régime en Catalogne ne changerait que le jour où l’Etat de droit de la Catalogne serait différent de sa situation actuelle et ce n’est pas demain la veille.

On pourrait se retrouver dans une situation où l’indépendance est déclarée sans aucune conséquence. Quant à l’Europe, elle n’a pas les instruments pour intervenir dans ce conflit puisque ce sont les Etats qui donnent leur pouvoir à l’Union européenne.

L’Europe peut être le médiateur mais il faut que les deux parties l’exigent

. »

Les raisons du désir d’indépendance

Sur les raisons qui poussent les Catalans à exiger leur indépendance, Etienne Davignon y voit des similitudes avec les nationalistes flamands.

« N’oublions jamais que la Catalogne est devenue la région la plus riche d’Espagne et elle ne veut plus partager. Derrière le côté émotif de cette revendication, il y a toujours un certain nombre de réalités qu’il n’est pas facile de concilier. »

Etienne Davignon estime que la solution passera par la communication entre Madrid et Barcelone.

« La solution passe par le dialogue et l’écoute pour ensuite donner plus de compétence à la Catalogne. C’est une solution qui respecterait les règles du droit. Sans action unilatérale et donc avec légitimité. »

La rupture entre le PS et le cdH

Après avoir analysé la situation catalane, Etienne Davignon pose un regard toujours éclairé sur la politique belge. Plus particulièrement sur la séparation entre PS et cdH dans les entités fédérées francophones.

« Ce qu’a fait Benoît Lutgen, le président du cdH, m’a préoccupé. Il a décidé de ne plus travailler avec les socialistes sans avoir de majorité assurée pour se retourner, que ce soit à la Région wallonne ou à la Communauté française. Or la loi stipule qu’il faut une majorité constructive pour renvoyer le gouvernement précédent à ses études. Et cela n’existait pas. Je pense que c’était extrêmement dommage qu’il n’ait pas pris de précautions. »

Pour Etienne Davignon les arguments avancés par Benoit Lutgen peuvent être analysés de deux façons :

« La motivation qui consistait à dire qu’on ne peut pas travailler avec les socialistes, ça ne me plait pas. Mais dire : je veux faire une autre majorité pour faire une autre politique, ça je trouve que c’est l’essence même de la démocratie et de la responsabilité politique.

Le problème c’est qu’il y a eu ambiguïté sur ce sujet dans la déclaration de Benoît Lutgen », a conclu Etienne Davignon.

Etienne Davignon est interrogé par Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, et Jacques Crémers, chef de la rédaction de La Première/RTBF.

 
 
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