Noir Jaune Blues, et après? Sept mois d’immersion pour comprendre la société francophone

En janvier, l’édition 2017 de « Noir Jaune Blues » avait dressé un portrait plutôt sombre de la Belgique. ©Le Soir
En janvier, l’édition 2017 de « Noir Jaune Blues » avait dressé un portrait plutôt sombre de la Belgique. ©Le Soir

D’emblée, ça nous est apparu comme une évidence. Une obligation, même. Journalistique, citoyenne, quasi morale. A peine avions-nous diffusé et publié les résultats de l’enquête Noir Jaune Blues, au mois de janvier, que l’idée d’une suite s’est imposée.

Nous ne pouvions en effet pas rester indifférents aux conclusions d’une étude – commanditée par la Fondation Ceci n’est pas une Crise - qui dresse du Belge le portrait d’un citoyen qui ne croit plus aux institutions et rejette l’autre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : sur les 4.700 personnes interrogées, à peine 32% pensent que « le système démocratique fonctionne plutôt bien », 77% estiment qu’ « on ne se sent plus chez soi comme avant », 80% que « les politiques ont laissé la finance prendre le pouvoir », et 21% ont confiance dans la presse (contre 42% vingt ans plus tôt).

Evidemment, les tendances étaient déjà connues et l’inquiétude des Belges, aux niveaux économique ou sociétal, avait déjà été soulignée dans d’autres enquêtes. Mais, avec Noir Jaune Blues, c’est l’ampleur des résultats, presque leur violence, et la force des rejets qui nous ont secoués. Cette enquête a eu l’effet d’un seau d’eau glacée dans nos rédactions. Pas question, pour nous, de communiquer ces chiffres et puis de, tranquillement, passer à autre chose, en regardant ailleurs, de faire comme si tout cela était anodin.

Car ce n’est pas anodin. Ce ne sont pas que des chiffres ou des constats : c’est la mise en cause de la société dans laquelle on vit. Vous et nous. Une société qui dit qu’elle est inquiète et qui se cherche de nouveaux repères. Il faut entendre cette inquiétude. Chercher à la comprendre. Et entendre aussi que la presse est au cœur de cette méfiance qui s’est installée entre les «élites », les « experts », les « élus », d’un côté et les citoyens, de l’autre.

La RTBF et le Soir ont donc décidé de relever un défi à la fois tout simple et pourtant bien plus compliqué qu’il n’y paraît : écouter les citoyens et leur donner la parole. Tout simple car il suffit, pense-t-on, de tendre le micro ou le stylo pour recueillir les indignations, les angoisses, les idées, voire les solutions. Mais ce n’est pas si simple. Car si la liberté d’expression est un droit démocratique, il s’agit évidemment de donner un sens à la parole exprimée et d’aller au-delà du simple constat ou de l’indignation particulière. En outre, écouter les citoyens et partager leurs préoccupations, cela prend aussi du temps et c’est, souvent, incompatible avec la vitesse et le rythme de l’information.

En prenant tous ces éléments en compte, nos deux rédactions ont décidé de tenter l’expérience de l’immersion : nos journalistes vont passer cinq jours (et nuits) dans quinze villes ou villages, à Bruxelles et en Wallonie, à la rencontre des citoyens. Sur leur lieu de vie, de travail, de loisir. Objectif : les écouter, les comprendre, partager leurs préoccupations et leurs craintes, mais aussi leurs envies et leurs projets. Sans misérabilisme et sans naïveté. Sans éluder les dossiers qui fâchent, mais en mettant aussi en évidences les espoirs, les initiatives, les pistes, petites ou grandes, pour réinventer notre société. Le tout en prenant le temps du dialogue.

C’est à la fois une opération journalistique de grande ampleur, qui durera sept mois et mobilisera des dizaines de journalistes, photographes et techniciens, mais aussi notre réponse, humble et sincère, au rôle que nous pensons que la presse doit jouer aujourd’hui. Répondre à la « déconnexion » entre les médias et les citoyens, mettre en lumière les enjeux importants et ouvrir les débats et le dialogue.

Nous ne sommes évidemment pas futurologues et sommes donc incapables de dire aujourd’hui de quoi cette opération « Noir Jaune Blues, et après ? » accouchera. Notre ambition, c’est de prendre le pouls de la Belgique francophone, de vous écouter, de percer cette inquiétude mise en évidence dans l’enquête et, si possible,de lancer des pistes de réflexion pour une société en manque de repères.

C’est à la fois peu et beaucoup. Mais nous croyons fermement que c’est notre rôle.

 
 
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