Prix stratosphériques pour des sacs iconiques

Un petit sac en cuir beige de la même marque. Lot vendu chez Horta, le 11 septembre 2017, pour 1.500 euros.
Un petit sac en cuir beige de la même marque. Lot vendu chez Horta, le 11 septembre 2017, pour 1.500 euros.

Que dire et que penser de ces sacs Hermès dont les enchères sont de pures folies ? Comment expliquer les records sans cesse à la hausse de ces « Kelly » – qui firent le tour du monde grâce à la princesse de Monaco – et autres « Birkin » – créés par Hermès pour l’égérie de l’homme à la tête de chou en 1984 ? Un « Kelly » en peau de crocodile incrustée de diamants a encore enregistré un nouveau record le 31 mai dernier avec 380.000 dollars (324.000 euros) réalisés chez Christies lors d’enchères à Hong Kong. Le « Birkin » est l’un des modèles les plus convoités au monde : seul un ou deux sacs Diamond Himalaya sont créés chaque année et seules les bonnes clientes peuvent bénéficier du délai de deux ans d’attente (aucun acompte n’est accepté, le prix du sac est celui du jour de l’acquisition).

La rareté des pièces, entretenue par le fabricant, attise la convoitise des acheteurs. « Une récession complète est organisée par Hermès dans le but de faire exploser les enchères », explique Godelieve Sigal, spécialiste internationale des sacs vintage « preowned » ayant pignon sur rue à Bruxelles au Sablon. Sa boutique de 11 m² ne désemplit pas certains jours, car le sac à main est devenu l’accessoire essentiel de la femme, celui qui lui permet d’afficher son statut social.

Ce glissement du bijou (que l’on cache volontiers) vers le sac s’observe depuis une petite décennie. Le sac attire l’attention différemment et il peut devenir une obsession pour certaines femmes qui le veulent immédiatement, dans tel modèle, tel cuir et telle couleur ! Mode, caprice, folie, fétichisme ? Toujours est-il qu’elles sont prêtes à payer, non pas le prix d’un sac neuf, mais celui de la disponibilité immédiate (qui n’a pas de prix !). Voilà l’engrenage, la machine mise en place et alimentée par certaines marques qui testent jusqu’où ira le marché.

Pour assouvir leur souhait, les femmes – mais aussi leurs hommes – se rendent en salles de ventes ou dans certaines boutiques spécialisées où les pièces sont disponibles. « Lorsque je téléphone à une cliente, pour lui dire que le sac qu’elle cherchait est arrivé, il ne lui faut pas plus d’une demi-heure pour être dans mon magasin, qu’elle soit médecin, professeur ou étudiante. »

Le concept du « preowned »

Le créneau est tout à fait singulier puisqu’il s’agit d’un rare domaine où les pièces « preowned » valent plus cher que les neuves : ce qui veut dire en chiffre qu’un « Birkin Togo 35 Gold » s’achète neuf chez Hermès 8.000 euros (auxquels il faut ajouter une augmentation annuelle de 5 à 10 %) et que ce prix sera forcément dépassé lors d’enchères. Ce qui vaut pour Hermès, le numéro 1 mondial de ce marché, ne vaut pas pour toutes les marques ni pour tous les modèles ! Ni pour les pièces qui ne sont pas dans un état impeccable. Les « preowned » sont des sacs qui ont été achetés mais jamais utilisés (qu’il s’agisse de cadeaux, d’achats compulsifs ou d’achats pour une occasion unique…)

Le cuir est une matière vivante et fragile qui s’abîme excessivement vite. La moindre griffe, la plus petite tache, le simple accroc… déprécient la pièce qui nécessite soin et entretien. Qui sait qu’un sac en plein cuir se conserve à l’horizontale, reposant sur un petit oreiller comme dans sa boîte d’origine ? Et avant d’acheter un sac, il est capital de s’informer sur son authenticité. La plupart des sacs – les Hermès et Chanel en tout cas – peuvent être identifiés, pour peu que l’on connaisse les codes en vigueur. Un travail de décodage permet de confirmer l’authenticité de la pièce et de la dater.

Le hit-parade

Après Hermès, véritable « Rolls de la maroquinerie », les autres sacs recherchés sont les Chanel (le classique « 2.55 », le mythique « Timeless » ou le très glamour « Boy »), les éditions limitées de Louis Vuitton qui fut le premier à faire appel à des artistes (Murakami, Stephen Sprouse, Kusama, Jeff Koons) et ses malles. Pour le marché belgo-belge, n’oublions pas le maroquinier Delvaux avec les légendaires « Brillant » et « Tempête » que l’on retrouve en boutiques mais également aux enchères dans certaines maisons belges (en plus ou moins bon état ce qui influe évidemment sur les prix ; à titre d’exemple, on peut noter que les « Brillant » s’échangent autour des 1.000 euros chez Horta qui propose aussi les marques françaises phares).

L’explosion de ce marché (en boutiques mais également en salles de ventes chez Cornette, à la Moderne et chez Rops pour ne parler que de notre pays) peut notamment s’expliquer par l’évolution de notre mode de vie de plus en plus nomade, la situation de la femme qui travaille et pour qui le sac joue un rôle rassurant : elle peut y glisser tout ce dont elle a besoin pour la journée et même pour la soirée si elle n’a pas le temps de s’arrêter entre les deux.

Le sac est un accessoire tellement personnel qu’il est souvent acheté par la femme elle-même. Ce côté intime n’empêche pas les hommes de figurer parmi les meilleurs clients de la maroquinerie de luxe. Et pour l’avenir, la spécialiste pressent une tendance à une multiplication des éditions limitées, comme le fait Vuitton depuis quelques années.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous