Accueil Belgique

«La santé doit rester le core business d’une mutuelle»

Après 21 ans à la tête de la Mutualité chrétienne… le président Marc Justaert file droit vers la retraite, il vient de livrer dans l’ouvrage « Solidarité, qualité, responsabilité » l’essentiel de ses réflexions sur notre « sécu ».

Chef du service Société Temps de lecture: 4 min

Nous bénéficions d’un système de sécurité sociale très performant. Est-il perfectible ?

Il faut effectivement reconnaître que nous avons un très bon système où le pilier solidarité est très développé. Nous pouvons en être très fiers mais des réformes profondes s’imposent. D’abord pour garantir l’accessibilité à tous, c’est une question d’argent pour une petite frange de la population – trop de gens continuent à reporter des soins pour ce motif – mais c’est aussi une question de réceptivité par rapport aux messages de prévention. Ensuite pour réformer certains aspects comme le financement des hôpitaux. À cet égard, les propositions du gouvernement vont dans le bon sens, tout comme celles relatives à la communication sur la qualité des soins.

C’est-à-dire ?

Un ranking international sur les systèmes de sécurité sociale nous attribue une belle 6e place sur 33 mais ce classement souligne deux points faibles : les lacunes des politiques de prévention et les manquements dans la publication des données sur la qualité des soins. J’estime que les patients doivent pouvoir faire des choix en connaissance de cause, j’estime aussi que les mutuelles devraient pouvoir les orienter vers le bon hôpital en tenant compte du meilleur rapport qualité prix. Or, ce n’est pas possible aujourd’hui. Les opérations complexes, délicates, doivent à l’avenir être réservées aux seuls hôpitaux vraiment spécialisés dans le domaine concerné.

L’opposition fédérale dénonce un détricotage lent de la sécurité sociale, c’est aussi votre avis ?

Je vais être nuancé. Le chapitre « soins de santé » de l’accord de gouvernement me plaît : il correspond assez bien à nos lignes directrices sur la sélectivité pour les opérations complexes, sur la réforme du financement hospitalier, sur la première ligne de soins… Par contre, en fixant la norme de croissance des soins de santé à 1,5 % – alors que le bureau du plan l’estime à 2,2 % – le gouvernement fédéral s’expose à devoir prendre des mesures d’économies supplémentaires. Il s’y expose d’autant plus qu’il faut envisager la mise sur le marché – donc le remboursement – de nouveaux médicaments à haute valeur thérapeutique dans le cadre du traitement du cancer notamment. Par ailleurs, les sages-femmes, les kinés, les dentistes… ont des demandes légitimes auxquelles il faudra un jour répondre. On ne pourra pas envisager ces nouveaux besoins dans le cadre d’une norme de croissance minimum sans prendre le risque de peser sur d’autres politiques de soins. Je demande au gouvernement de maintenir la concertation avec tous les partenaires pour réaliser cet équilibre entre demandes nouvelles et faible croissance du budget.

Le système belge met précisément l’accent sur la concertation entre médecins et mutuelles, or les propos des premiers à l’égard des seconds sont souvent très durs…

Les critiques dans la presse des syndicats médicaux à l’égard des mutuelles servent surtout à blinder le moral de leurs troupes… Et c’est la même chose de notre côté… Dans les faits par contre, chacun sait qu’il doit prendre ses responsabilités pour que notre sécurité sociale reste performante. Je vous rassure, quand on est ensemble, que la presse n’est pas là, on se tutoie, on se met au service du système de soins de santé.

Dans votre ouvrage, vous parlez de gadgets utilisés pour recruter de nouveaux membres, que voulez-vous dire ?

Les mutuelles essaient de chiper les membres chez le voisin en offrant parfois des avantages simplement financiers. La concurrence entre organismes assureurs est une bonne chose mais elle doit se concentrer sur le service aux membres, sur des frais de santé non couverts par l’assurance obligatoire par exemple. De même, organiser un festival de musique n’a rien à voir avec nos missions, par contre être présent sur place pour faire de la prévention c’est intéressant. Le core business d’une mutuelle c’est la santé, ce qu’elle fait avec les cotisations de ses membres doit rester strictement dans ce cadre !

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Belgique

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une