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Sommes-nous tous des Harvey Weinstein?

Une carte blanche d’Antoine Wauters. Hommes et femmes, c’est lorsque nous sommes chosifiés que la souffrance nous est insupportable.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Depuis quelques jours, des voix de femmes se lèvent pour dire l’horreur et l’indicible. #Metoo. Par ces seules lettres, elles dénoncent l’éternelle goujaterie des hommes, qui semble sans limites. Il y a, chaque jour, partout, depuis toujours, des hommes qui s’en prennent aux femmes, qui les menacent, les humilient, les fouillent de leurs doigts sales puis entrent en elles malgré leur « non » clair et sonnant. Autour de moi, il y a cette fille, dont un prêtre pétrissait les seins alors qu’elle était gosse. Cette autre, qui se réveille nue et perdue chez un connard qu’elle n’a jamais vu, qui a flanqué du GHB dans sa bière et qui vient de la sauter, l’enflure, toute la nuit. Cette autre encore, qui a pris la fuite au feu rouge, éjectée de la voiture de ce type que, pourtant, elle croyait droit. Puis les autres, toutes les autres, chaque jour, qui subissent les assauts des mâles, leurs saillies, leurs humeurs.

L’homme est fait pour donner ; la femme pour recevoir

On en est donc toujours là. Dans un monde qui ne semble jamais devoir changer. Un monde où la parole d’un Bertrand Cantat, par exemple, est entendue et amplifiée par de grands médias, alors que les voix de Marie Trintignant et de Krisztina Rady, elles, ne seront plus jamais entendues. Qui a entendu cet enregistrement où Krisztina Rady, peu de temps avant de se suicider, à bout et tremblant de peur devant Cantat, appelle à l’aide et se confie à ses parents ? Pas grand monde. Pourquoi ? Tout simplement parce que pas grand monde ne l’a relayé, cet enregistrement. Et parce que nous vivons dans un monde où la parole des violents ou des violeurs, appelez-les comme vous voulez, recouvre celle des violentés.

Remplacer le silence

Dès lors, oui, je suis heureux d’entendre ces voix qui s’élèvent. Je suis heureux que quelque chose, fût-il menu comme un hashtag, remplace le silence. Car tout ce qui n’est pas dit nous tue à petit feu. Je le crois sincèrement.

Du reste, je suis quelque peu effaré par ce déferlement, car ces voix qui s’élèvent ensemble, et qui font bien de le faire (je le redis pour prévenir ce qui suit), créent il me semble un effet de distorsion qui donne à croire que tous les hommes sont ou seraient des Harvey Weinstein, en acte ou en puissance. Ce qui est faux, Dieu soit loué !

Une question de désir

Pour être juste, il me semble qu’on ne doit pas séparer les choses. Il est idiot de faire de tous les hommes des bourreaux, tout comme il est idiot de faire de toutes les femmes des victimes. D’une certaine façon (et c’est le cœur de ce que je ressens), je crois que nous sommes tous, hommes et femmes, devant le même problème : le problème du désir. Vous savez, cette petite chose qui, parfois, chaque jour ou de loin en loin, vous retourne le ventre. Ce désir qui vous donne envie de l’autre, qui vous donne envie de prendre, d’être pris ou même, parfois – car ce sont des choses qui arrivent – de prendre et d’être pris, tout à la fois. Il n’y a pas besoin d’être un homme pour sentir cela. Ni besoin d’être une femme. Nous sommes tous face au même désir et nous avons tous, il me semble, le devoir de lui donner une forme humaine. C’est notre tâche la plus grande. Sculpter, travailler notre désir dans le sens du partage, du frémissement et de la vraie considération de l’autre. Voilà ce qui nous rend dignes d’être aimés, et ce qui nous éloigne de la bête. Ce travail porte un nom, d’ailleurs : l’érotisme, qui est une chose proprement humaine.

L’insoutenable instrumentalisation

Il y a quelques semaines, je me rendais à l’enterrement d’un homme d’une trentaine d’années, une connaissance, précisément, de cette amie dont le prêtre pétrissait les seins alors qu’elle était gosse. Il venait d’avoir un enfant. Sa copine, qui lui avait caché qu’elle ne prenait plus la pilule, était tombée enceinte et, ignorant son avis, avait décidé de garder l’enfant. L’enfant était donc né et il avait grandi, cependant que le père, n’ayant pas le choix, avait joué ce rôle dont il ne voulait pas. Pendant un an ou deux. Jusqu’à ce maudit matin où il s’est tiré une balle dans la tête, parce qu’il n’en pouvait plus, simplement.

Ce que cela veut dire ? C’est que la souffrance devient insupportable dès que nous sommes animalisés, chosifiés, instrumentalisés, nous, êtres humains. La souffrance voyage en silence, de corps en corps, et construit les névroses, les cirrhoses et les dépressions. Les femmes la vivent chaque jour, partout, depuis toujours, quand des porcs les menacent, les humilient, les fouillent de leurs doigts sales puis entrent en elles malgré leur « non » clair et sonnant. Les hommes la vivent aussi, parfois, même si c’est une chose qui, comme toujours avec la souffrance, ne se dit guère.

C’est donc, je pense, une œuvre collective à laquelle il faut s’atteler.

En somme, faire de notre désir un don, quelque chose qui se partage et qui, jour après jour (il faut beaucoup s’aimer !) rend l’autre plus vivant.

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1 Commentaire

  • Posté par P.p. Com , dimanche 22 octobre 2017, 18:44

    Monsieur, je suis effaré de lire un texte aussi tordu. Quelle hypocrisie ! Vous essayez de donner l'impression que vous êtes solidaires des femmes opprimées alors qu'en fait, vous voulez venger un ami que vous estimez victime de la présumée perfidie d'une femme. Il y pire qu'un macho affirmé, il y a les malfaisants qui avancent masqués.

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