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Tueurs du Brabant: la piste du «géant» prometteuse, mais...

La piste du « géant » intrigue, mais elle est déjà ancienne et ne sera intéressante que si elle mène à d’autres auteurs, toujours vivants.

Décodage - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

La piste n’est pas vraiment nouvelle mais elle est « intéressante », reconnaît le procureur général de Liège Christian de Valkeneer : peu avant sa mort le 14 mai 2015, l’ancien 1er maréchal des logis Christiaan « Bonno » Bonkoffsky, 61 ans, gendarme à la brigade d’Alost, aurait dit à un membre au moins de sa famille qu’il était bien le « géant » de la bande dite des « Tueurs du Brabant wallon ». Il aurait ainsi confirmé une suspicion formulée dès la fin des années nonante. Trente-deux ans après les dernières tueries opérées par cette bande, un nom aurait enfin été accolé à l’un des portraits-robots les plus énigmatiques du dossier.

Pour rappel, de 1982 à 1983 puis brièvement à l’automne 1985, une mystérieuse série d’agressions violentes, majoritairement contre des grandes surfaces, fit 28 morts et une quarantaine de blessés. Ce sont les auteurs de ces faits, commis en bande à l’arme à feu, que la Belgique francophone allait qualifier de « Tueurs du Brabant » – la « Bande de Nivelles » côté néerlandophone. Et dans cette bande, un « géant » dépassait tous les autres d’une tête, tant physiquement que médiatiquement.

Loin de la preuve parfaite

Le secret de l’identité du géant est-il tombé ? La justice est encore loin de la preuve parfaite, et ce n’est qu’une hypothèse de travail de la police fédérale qu’ont révélé samedi nos confrères de Het Laatste Nieuws et La Dernière Heure. La piste « doit être renforcée avec d’autres éléments, d’autres auteurs », note prudemment le procureur général de Valkeneer. Mais elle est bien plus solide que la filière Tinck éventée en 2014.

Premier constat : les enquêteurs de la cellule « Tueurs du Brabant » travaillent sur cette piste depuis des mois désormais, et ils ont eu le temps de vérifier que l’hypothèse était largement plausible. Bonkoffsky était effectivement très grand (plus d’1,90 mètre), efflanqué, et certaines de ses photos ressemblent furieusement au portrait-robot qui en a été fait. Jusque-là, rien de bien neuf. Mais les derniers développements d’enquête montrent également que son parcours de vie cadre avec celui prêté au géant. Avait-il une bonne connaissance des armes et une expérience du « contact » sous le feu qui expliquerait son calme durant les opérations ? Affirmatif : fin des années septante, ce jeune gendarme (il est né en avril 1954) est recruté par l’unité d’élite qui s’appelait alors le « Groupe Diane ». Il y gagne l’expérience des armes et du feu. Plus intéressant : il en est exclu en 1982, peu avant le début des « tueries » et réintègre les forces conventionnelles de la gendarmerie.

Un élément très intrigant

Ce qui est très intrigant est ce qui se produit à l’automne 1985, lors de la seconde vague d’agressions, les trois derniers faits d’armes des « tueurs » : le 27 septembre 1985, deux braquages sont réalisés le même soir par la bande, aux Delhaize de Braine l’Alleud (3 morts) et d’Overijse (5 morts). Peu après, les archives de la gendarmerie montrent que Bonkoffsky se déclare en incapacité de travail suite à une blessure au pied. Or le 9 novembre 1985, lorsque les tueurs commettent leur ultime braquage au Delhaize d’Alost (8 morts), le « géant » est présent et, selon certains témoignages, il… boîte.

Tout ceci ne serait qu’une accumulation d’indices plus ou moins convergents (à charge d’une personne jamais inculpée, décédée et donc définitivement innocente en termes judiciaires), si environ un an après le décès de l’intéressé un membre de sa famille n’avait contacté la police fédérale en affirmant avoir recueilli auprès de l’ex-gendarme des informations précises. Il semble qu’il ne s’agisse pas d’« aveux » à proprement parler : « Les enquêteurs ont reçu des informations générales et spécifiques d’une famille quant à la participation aux faits » de cet ex-gendarme, note Christian de Valkeneer. La veuve a depuis lors été auditionnée à trois reprises, de même que plusieurs autres membres de la famille. Et l’information ne pouvait que fuiter lorsque des enquêteurs se sont rendus la semaine dernière à Alost, dans le voisinage du dernier domicile du « géant » présumé – et dans les cafés environnants –, afin de confronter la population à des photos du défunt et de tenter de valider/invalider cette piste. Depuis lors, l’un des frères du défunt s’est confié anonymement à la chaîne flamande VTM, identifiant de manière « formelle » le géant comme étant son frère…

La Justice reste prudente

Mais la Justice reste prudente, à raison. Jusqu’à présent, aucun test ADN ne vient confirmer l’hypothèse. Par ailleurs, les enquêteurs ne travaillent pas pour l’Histoire mais pour porter les dossiers devant les tribunaux. Puisque les faits ne seront prescrits qu’en 2025, ils espèrent identifier d’autres auteurs, vivants, qui puissent être poursuivis. Lesquels, en retour, pourraient confirmer l’identité réelle du « géant ».

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4 Commentaires

  • Posté par delpierre bernard, jeudi 26 octobre 2017, 13:47

    Qui peut croire aux élucubrations du procureur Depretre déviant l'enquête vers des petits malfrats borains, lesquels sans être des anges, n'avaient certes pas pour méthode de tuer sans merci des passants ou des clients et tout ça pour quelques kg de café et quelques fardes de cigarette. Dés le départ, tout a été mis en oeuvre pour dérouter le public mais je crains que les tardives révélations et découvertes ne nous révèleront pas les véritables commanditaires de ces assassinats .

  • Posté par Marie Louise Malingreaux, jeudi 26 octobre 2017, 11:34

    Même si on dépassait la prescription, découvrir la "vérité" serait utile.... ne fût-ce que pour la "prévention" de tels actes... et l’identification des commanditaires individus et/ou institutions / et/ou états éventuels...

  • Posté par Jules Vandeweyer, lundi 23 octobre 2017, 9:05

    Ce n'était qu'un gendarme, on cherche les têtes... Ils auraient donc agi sur commande. (Le groupe Diane, c'est la droite) Dans quel but? Quel était le mobile de ces attaques? Y aurait-il eu des protections? On était avant 1985 (année d'élections), quel parti avait mis la sécurité à son programme. Cherchez bien.

  • Posté par Lespagnard Frans, dimanche 22 octobre 2017, 20:25

    Dernière info sur cette affaire, l’ avocat des victimes et le bourgmestre d’Alost suggèrent le transfert des dossiers tueries gérés par la cellule de Jumet vers le parquet de Termonde, n’ayant pas manifestement confiance dans les enquêteurs de Charleroi.

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