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L’indépendance de la Catalogne? Une fuite en avant

Après la déclaration d’indépendance par le parlement catalan ce vendredi, seul le chaos est prévisible...

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Les indépendantistes catalans ont opté pour la radicalité et ce qui s’apparente aujourd’hui à une aventure sans stratégie, dont personne, pas eux plus que les autres, ne sait où elle va mener, quels trophées elle peut leur apporter et surtout l’ampleur des dégâts qu’elle va causer.

Les embrassades, les cris de joie et les pleurs de ceux – des jeunes surtout – qui pensent que leur bonheur est dans cette marche forcée vers l’indépendance, sacraient ce vendredi Puidgemont et les siens comme des héros – des jusqu’au-boutistes qui font ce qu’ils ont promis. L’écrivain belge Grégoire Polet avait raison d’évoquer cette semaine dans le Soir », « l’irrationalité » du processus catalan et d’un gouvernement « qui ne suit plus une politique mais une mystique : les Catalans risquent de chercher, à défaut d’une victoire, le salut dans le pire. Et faire appel à la dignité des martyrs ». Plutôt mourir debout que de plier sous les concessions : il y a de cela dans le bras d’honneur fait ce vendredi à Madrid.

Cinq minutes de courage politique ou de perte du sens des responsabilités ? Puidgemont avait le choix entre la pureté de l’idéal – la déclaration d’indépendance – ou la raison – la convocation d’élections régionales anticipées. Celles-ci auraient permis de « relégitimer » les choix posés par tous les Catalans, et non par la majorité frelatée invoquée aujourd’hui par les ultras pour valider leur déclaration unilatérale.

Placé devant la même équation, le Premier ministre grec Tsipras avait opté à l’époque pour la responsabilité de l’homme d’État en assumant le plan d’austérité qui maintenait la Grèce dans l’Union européenne, au risque de passer pour un traître aux yeux de son peuple. Puidgemont a fait vendredi le choix inverse, décidant en bout de course de ne faire aucune concession à son but final.

Créon ou Antigone ? Perpétuel dilemme…

Et maintenant ? Seuls le chaos et une confrontation terrible sont certains. Madrid paye son refus d’entendre à temps les revendications d’une minorité catalane. Mais il n’y a en fait que des perdants dans cette mauvaise pièce exhibée aux peuples d’Europe qui doivent savoir qu’il n’y a rien à gagner dans ces replis nationalistes qui les privent des moyens de lutter à armes égales contre les vrais destructeurs d’identité (la globalisation, la financiarisation). D’autant que l’Union européenne offre des marges suffisantes pour permettre aux différentes « nations » de se développer sans faire sécession.

Unis dans la diversité : s’il y a un échec pour l’Europe dans cette affaire espagnole et catalane, c’est dans le coup porté à ce principe fondamental, et dont on ne mesure pas encore aujourd’hui la possible contamination.

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7 Commentaires

  • Posté par Lambert Guy, dimanche 29 octobre 2017, 12:54

    Je lis que Mr Francken propose que la Belgique puisse accueillir Mr Puidgemont. Perso, je propose que l'Espagne accueille Mr Francken.

  • Posté par CARION JEAN, dimanche 29 octobre 2017, 12:15

    Face à cet "imbroglio" et aux divers articles et autres commentaires, mon regard se porte sur l'oeuvre de "Pieter Brueghel......et son témoignage pictural de la seconde moitié du XVIième......et les"XVII provinces" sous Philippe II et le Duc d'Albe tout un épisode dramatique de l'histoire des "Pays Bas Espagnol!

  • Posté par Weissenberg André, samedi 28 octobre 2017, 17:11

    C'est là que la position européenne est incompréhensible. L'absence de réflexion stratégique des Catalans peut encore se comprendre. Celle des responsables européens, pas du tout! Notamment face aux critique mettant en avant le soi-disant "déficit démocratique", quelle meilleure opportunité, justement, que de donner sa chance à une Europe des Régions, sachant que les risques découlant des surcroîts d'autonomie par rapport à des structures centralisées, sont limités à l'intérieur d'une structure comme celle de l'Union européenne, que ce soit pour les États-nations ou pour les Régions indépendantes? Vous voulez votre indépendance? Et bien, prenez-la! Quelle meilleure chance de faire taire ces clameurs qui prétendent que l'Europe est anti-démocratique? Stratégiquement, c'est mauvais. Pratiquement, c'est mauvais! Les Écossais, qui, pour cause de Brexit, voudraient bien faire sécession du Royaume-Uni pour rester en Europe, ont bien compris qu'il fallait attendre encore un peu. Que la réflexion européenne n'était pas encore mûre. Il faudra sans doute attendre encore un peu avant que les responsables européens se rendent compte, qu'une Europe des Régions (par ailleurs un des slogans de l'Union européenne ...) est un puissant pare-feu à toute remise en cause ou à toute critique du caractère démocratique de l'Union européenne, quelles que soient ses imperfections. Une telle Europe des Régions présenterait le double avantage de ne rien perdre en masse critique tout en renforçant l'adhésif scotchant les populations au modèle européen.

  • Posté par Van Steen Willy, dimanche 29 octobre 2017, 11:04

    Imaginons les Lands allemands reprendre leur indépendance, pareil avec les régions françaises telles la Bretagne, la Corse, la Bourgogne,le pays Basque, ensuite la Flandre, la Frise, etc. etc. Ce serait politiquement ingérable pour l'UE et tout le contraire du but Européen! Mieux vaut unir que séparer! Et n'oublions pas que le nationalisme, c'est la guerre! Relisez l' Histoire!

  • Posté par Sophie Boudoir, samedi 28 octobre 2017, 13:02

    Les seules responsable des problèmes économiques de la Catalogne en ce moment ( fuite en masse d'épargnes vers regions voisines, depart des entreprises qui font le 30% du PIB de la region, chute des chiffres turisme à Barcelone, frein aux gros investissement) sont les politiciens séparatistes qui se sont embarqués dans un rêve ultra-nationaliste qui ravage la region. Ce qui est incroyable c'est: 1) qu'ils continuent leur derive sans absolument pas d'appui extérieur et - encore plus insensé- , 2) reconnaissent pas l'évidante perte de soutiens de la population avec leur conduite non démocratique et manque de respect de la loi. Les elections annoncés par M Rajoy sont les bienvenues pour catalans et espagnols

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