Uccle: la maison dans la forêt, ou l’inverse

Tout au bout d’un chemin qui donne sur une rue pavée d’Uccle, elle est là, imposante et majestueuse. Avec ses pins maritimes qui délimitent les lieux, la forêt de Soignes se donne des allures de littoral, voire de Méditerranée.

En arrivant sur les lieux, on ne sait trop comment appréhender la visite d’une bâtisse qui a, d’une manière évidente, voulu rester discrète. La porte d’entrée n’apparaît pas d’emblée et les fenêtres ont été remplacées par un grand mur en briquettes de terre cuite.

Habitué de ce genre de villas, l’architecte bruxellois Bruno Erpicum prend plaisir à faire le guide. Cette maison, il l’a pensée pendant longtemps avant de donner ses premiers coups de crayon. « Les propriétaires sont comme des tournesols, sourit-il. Ils ont besoin de soleil en permanence… »

Voilà pourquoi les fenêtres inexistantes en façade abondent sur l’autre côté de la maison, celui donnant sur la forêt qui joue ici le rôle d’un gigantesque tableau que l’on aurait accroché au mur. La villa est orientée plein sud et la ville se trouve à l’ouest.

Quand on a la chance de la visiter par un bel après-midi d’automne, c’est un pur régal. « J’adore Bruxelles, car elle a la particularité d’avoir cette magnifique ceinture verte, poursuit Bruno Erpicum. Chaque fois qu’on me demande de construire en bordure de forêt de Soignes, je subis une tension extrême car c’est comme me retrouver face à la mer. La forêt est une vraie frontière, physique et naturelle, qui oblige à ne pas perturber la vie nocturne de ses animaux. »

Classé Natura 2000, le site a nécessité une communication « particulièrement fine » avec la commune. L’architecte a l’habitude puisque c’est la quatrième villa qu’il construit au bord de la forêt de Soignes. Ses bureaux d’AABE donnent d’ailleurs sur ce poumon vert qui fait le bonheur des Bruxellois. « Dans ce genre d’endroits, installer une baie vitrée qui donne sur la forêt n’est par exemple pas possible car le soir, quand les lumières sont éclairées, les animaux seraient dérangés, explique-t-il. Mais il y a beaucoup d’autres contraintes liées, notamment, à la manière de vivre la maison en interne. »

A ce sujet, le couple qui habite les lieux n’a pas retenu un premier projet qui voyait leur future demeure s’étaler de plain-pied avec un patio intérieur. Parce qu’elle exerce une profession libérale qui l’oblige à recevoir à domicile, la propriétaire a souhaité un étage avec une entrée séparée, histoire de désolidariser son bureau du reste de l’habitation. « Lorsqu’on pousse la grosse porte d’entrée en bois, le visiteur ne découvre pas la maison mais bien la forêt, insiste Bruno Erpicum. J’ai prévu un grand patio dilaté pour orienter les pièces de vie vers l’est. Le jardin, lui, est au sud. » Dessiné par Christophe Spehar, celui-ci semble d’une simplicité désarmante alors que l’emplacement de chaque arbre, chaque arbuste, chaque plante a été minutieusement étudié pour profiter à fond du jeu des ombres et des lumières.

A l’intérieur, on reste bien sûr séduit par les baies vitrées qui ouvrent les espaces. Conçue avec des meubles en mélèze, la cuisine communique avec le salon. Le béton lissé qui recouvre le sol confère un côté brut qui sied à merveille à l’ensemble. « Je m’inspire de l’architecture moderne des années 20-30, explique Bruno Erpicum. Elle donne la priorité aux proportions et à l’intégration à l’environnement. Pour la façade, j’ai choisi ce parement en briques. Elles viennent d’Italie. C’est presque de la terre cuite à basse température. Nous avons simplement demandé aux Italiens de nous les couper plus longues et qu’elles puissent être posées sans joint. Leur couleur rappelle l’oranger de l’écorce des pins maritimes. »

© D.R.
© D.R.

Responsable d’un bureau qui emploie 15 architectes et dont l’expertise s’étend sur une quinzaine de chantiers actifs en permanence (une quinzaine sont achevés par an, dont la moitié à l’étranger), Bruno Erpicum pousse à chaque fois le sens du détail à l’extrême. Les meubles de la cuisine, les armoires ou les interrupteurs paraissent se fondre dans le décor.

A l’étage, les pièces se gaussent de la lumière naturelle. La forêt a beau être d’une densité extrême et tellement proche de la villa, celle-ci semble prendre un bain de clarté. « Le premier étage est celui réservé à la famille, au couple en semaine, auquel s’ajoutent deux enfants le week-end. Mais il n’y a rien de plus laid que d’avoir une vue sur une toiture plate. Surtout quand on a la forêt en arrière-plan. »

C’est pourquoi l’architecte, qui dit avoir pris beaucoup de plaisir à concevoir la maison, a préconisé l’installation d’une toiture verte, laquelle procure naturellement un peu de fraîcheur les jours d’été.

Un an et demi après l’inauguration de la maison, les plantes qui la composent semblent être arrivées à maturité. « On est pourtant encore loin du compte, fait remarquer Bruno Erpicum. Les plantes doivent encore pousser et une partie de la toiture doit encore être aménagée. Lors de l’apparition des toitures végétalisées sur le marché, on ne savait trop comment les installer. Aujourd’hui, on les maîtrise beaucoup mieux. D’ici un an, tout sera parfait… »

 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. «Il faut identifier, année par année, en lien avec le travail fait par l’administration de l’Enseignement, ce qui doit absolument être acquis pour permettre la suite du parcours scolaire.»

    La ministre de l’Education Caroline Désir: «On ne construit pas l’avenir sur du sable»

  2. De nombreuses troupes militaires ont été appelées à défendre le Capitole, ici du Minnesota.

    Washington en état de siège à deux jours de l’investiture de Joe Biden

  3. Les voyageurs de retour en Belgique, comme ici à Brussels airport, pourraient être soumis à de nouvelles règles.

    Renforcer les mesures pour les voyages à l’étranger: le kern va devoir trancher

La chronique
  • La chronique Carta Academica: «Vers des soins de santé durables en Belgique? Un monde en mutation»

    La pandémie de Covid a cruellement mis en évidence les dysfonctionnements de notre système de soins de santé. Si les soignants de terrain se sont jetés corps et âme dans la lutte contre la maladie, ils ont rarement eu les moyens d’y faire face adéquatement et en sécurité. Les conséquences pour la population sont énormes. La complexité de notre fameuse « lasagne institutionnelle », le sous-financement des soins et l’absence d’anticipation de crises sanitaires pourtant prédites par de nombreux spécialistes, y ont largement contribué. Il semble qu’actuellement, la volonté politique de remédier à ces difficultés existe. Le temps est donc venu d’ouvrir le débat sur les objectifs et l’organisation des soins de santé du futur (proche).

    Par ailleurs, nombreuses sont les voix qui se sont élevées pour demander que nous prenions collectivement la mesure de l’avertissement sévère que nous adressent l’...

    Lire la suite

  • Ne pas faire de la troisième vague un raz-de-marée de mal-être

    Moins 1,5 % de produit intérieur brut, en moyenne, pour le reste de ce siècle… C’est selon l’OCDE, le risque que court l’économie mondiale en raison de l’impact de l’épidémie sur la scolarité. Une mauvaise nouvelle de plus ? Pas si sûr… Si l’on excepte le cas particulier du printemps où dans le monde entier les écoles ont fermé leurs portes, la situation belge est moins préoccupante que celle de nombreux pays d’Europe. Les trois Communautés du pays – ouvertement soutenues par le pouvoir fédéral – ont fait le choix de maintenir...

    Lire la suite