Bruxelles veut développerles industries culturelles et créatives

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Memnon, entreprise bruxelloise, récemment rachetée par Sony, est le leader mondial dans la digitalisation de contenu. © Memnon archiving system.
Memnon, entreprise bruxelloise, récemment rachetée par Sony, est le leader mondial dans la digitalisation de contenu. © Memnon archiving system. - Memnon archiving system.

Depuis plusieurs années, la Région bruxelloise mise très clairement sur les nouvelles technologies et l’industrie créative notamment via la création de la future cité des médias ou encore des différents clusters regroupés sous Screen.brussels. Les projections montrent en général que le secteur peut être un grand créateur d’emplois assez qualifiés dans des entreprises en forte croissance. Jusqu’à présent, tout ceci restait souvent à l’état d’intuition. Alors, le ministre des Finances, Guy Vanhengel (VLD), a commandé une étude sur l’économie culturelle et créative en Région bruxelloise aux chercheurs de la VUB.

Cette analyse a été réalisée grâce au croisement des données ONSS, Eurostat et de la Banque carrefour des entreprises. Il en ressort qu’en 2014, Bruxelles comptait 13.654 entreprises actives dans les arts de la scène, l’audiovisuel, la publicité, les médias imprimés, la mode et le design, la photographie et l’architecture. Cela représente 14,5 % des sociétés bruxelloises contre 10,4 et 9,7 % en Flandre et en Wallonie. Le secteur est également composé de nombreux indépendants puisqu’ils représentent 39,5 % des structures alors que cette proportion est en moyenne de 30 % pour l’ensemble de l’économie bruxelloise. Enfin, les sociétés se situent principalement dans le nord-ouest de la Région et plus spécifiquement à Molenbeek, Anderlecht et dans le quartier Dansaert. Cette concentration peut s’expliquer par la présence de nombreuses pépinières d’entreprises dans ces communes.

En 2014, le secteur représente une valeur de 2,8 milliards d’euros, soit 4,3 % de la valeur ajoutée de la capitale. C’est également plus du double que pour la Flandre et la Wallonie malgré une baisse constante de la valeur depuis 2008.

En termes d’emploi, les industries culturelles et créatives représentent 32.218 postes dont 23.599 équivalents temps plein. La mode est la plus créatrice avec 27 % des emplois puis viennent l’audiovisuel (20 %) et les arts de la scène (12 %). Cependant, comme le secteur produit moins de valeur ajoutée, il a également licencié. En effet, depuis 2008, on note la destruction de 12,1 % des postes de travail. Le secteur de la publicité est le plus touché mais les personnes sont souvent réorientées vers les secteurs des nouveaux médias.

Ainsi, malgré cette diminution croissante du secteur, il reste important en Région bruxelloise. Et le ministre des Finances, Guy Vanhengel, tout comme son homologue de l’Economie, Didier Gosuin (Défi), souhaitent le développer. Evidemment, la cité des médias ne sera pas le seul outil créé par la Région. Un regroupement physique des principaux médias, des écoles actives dans l’audiovisuel et des sociétés liées à ces nouvelles technologies semble même pour certains professionnels être un objectif dépassé à l’heure des communications de plus en plus aisées grâce au numérique.

Les outils économiques viennent naturellement seconder la cité. Au niveau fédéral, le tax shelter pour le cinéma et maintenant pour les arts de la scène est un puissant levier en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée. Mais la Région bruxelloise ne souhaite pas laisser toutes les initiatives au fédéral et a mis sur pied voici près d’un an, le cluster Screen.brussels qui par divers mécanismes permet de financer les projets créatifs en Région bruxelloise.

Un pôle pour particuliers a été mis en place à finance.brussels. Fin octobre, ce dernier a accordé un prêt de 85.000 euros à la société score.brussels. Elle propose dans un même lieu et au sein d’une même entité différents services : post-synchro et doublage, doublage de films nationaux et internationaux, formation au doublage donnée par des professionnels belges et étrangers, et la réalisation de musique de film et d’habillage sonore. Elle est d’ailleurs située en plein cœur de la future cité des médias.

« Je vois dans le projet économique de score.brussels un indicateur de la réussite des politiques que ce gouvernement met en place en faveur du secteur de l’audiovisuel, a expliqué Didier Gosuin. Avec plus de 400 entreprises et 15.000 emplois directs et indirects, le secteur de l’audiovisuel est en pleine expansion. Il faut continuer à soutenir des entreprises innovantes. »

S’inspirer du modèle québécois

Par Vanessa Lhuillier

Les autorités bruxelloises n’hésitent pas à traverser l’Atlantique pour prendre le pouls de l’industrie créative et culturelle montréalaise. Il faut dire que depuis près de 50 ans, Montréal a fait de ce secteur d’activité sa marque de fabrique notamment avec des entreprises au rayonnement considérable comme le Cirque du soleil. La présence de cette société a aussi attiré de nombreuses compagnies internationales comme le créateur de jeu vidéo Ubisoft.

A Montréal, la chambre de commerce a aussi étudié la valeur ajoutée du secteur pour l’économie. Par industrie culturelle, la chambre regroupe l’architecture, le design, la mode, le multimédia, les arts de la scène, les médias et la publicité. En 2012, le secteur comptait 91.500 emplois soit 5 % des postes de Montréal. Avec une croissance de plus de 2 % par an, les retombées économiques sont estimées à 5,7 milliards d’euros.

Aujourd’hui, le multimédia connaît une situation de plein-emploi. « La croissance de ce secteur est énorme et nous voulons attirer la jeunesse, explique Michel Leblanc, président de la chambre de commerce de Montréal. Dans certaines entreprises, il y a même une pénurie de main-d’œuvre car il faudrait que les formations universitaires correspondent mieux aux besoins des entreprises. Du coup, elles font régulièrement appel aux talents étrangers via des campagnes de recrutement. » « Bruxelles a un potentiel également grâce à toutes ses écoles supérieures, conclut le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close (PS). Cela peut être une formidable carte de visite pour la Région. »

 
 
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