Reynders sur la Catalogne : « Chez nous, tout est regardé à travers le prisme belgo-belge, alors que cela concerne tous les Espagnols »

Didier Reynders © Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)
Didier Reynders © Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

New Delhi

Il était à New York et Washington jusque vendredi. Dimanche soir, il a atterri à New Delhi, avec le Roi et la reine, pour une visite d’Etat en Inde qui démarre vrailment ce lundi matin. Mais avant de parler «indien» durant cinq jours, Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères a accepté de répondre à nos questions sur «le» dossier d’actualité du moment: la Catalogne, son ex-président Puigdemont présent en Belgique, son mandat d’arrêt européen.

«L’important pour moi, explique d’entrée Didier Reynders, c’est d’être en contact direct avec mon homologue espagnol et je l’ai été dès le référendum. Et nous essayons d’expliquer la situation de part et d’autre. Notre interlocuteur, c’est l’Espagne. Et nous avons lancé un appel au dialogue. Mais ce dialogue ne concerne pas que Madrid et Barcelone, mais bien toutes les autonomies et provinces d’Espagne. Comme ce serait le cas chez nous quand on parle d’autonomie ou de réforme de l’Etat, ou en Italie. C’est un débat qui doit concerner l’ensemble de l’ensemble de l’Espagne.»

Voilà pour le cadre général. Puis le ministre des Affaires étrangères en vient aux réactions belges.

«Il y a eu deux types de réactions excessives de personnes qui croient avoir un impact sur l'évolution de l'Espagne. Or, c’est une discussion avant tout entre Espagnols, et elle ne dépend pas d’eux. Mais il est de bon ton pour certains politiques de se prononcer, car ils croient qu’ils peuvent avoir une influence.

J’ai aussi vu des commentaires sur l’image de la Belgique à l’étranger. Si un certain nombre de responsables belges s’occupaient réellement de l’image de la Belgique et des campagnes de valorisation, ils se rendraient compte que notre image est excellente. Fort heureusement, à Delhi ou Washington, les petites phrases de responsables politiques belges ne sont vraiment pas perçues et ne préoccupent pas. L’important ici, en Inde, c’est l’image de nos secteurs spécialisés en technologies vertes par exemple. »

Didier Reynders ne nie pas l’importance du dossier, mais il le ramène donc dans le contexte espagnol et catalan. Mais ne serait-ce pas surtout la N-VA, partenaire gouvernemental, qui s’invite dans ce dossier ?

« Non, réplique-t-il : j’ai vu des commentaires assez négatifs de certains sur l’image du pays à l’étranger, alors qu’ils ne la connaissent pas. En Inde, en Afrique, à Washington, à l’ONU, l’image de la Belgique est très bonne. »

Reste que dans ce concert de réactions, le plus silencieux fut le ministre des Affaires étrangères… Etonnant ?

« La semaine dernière, répond Didier Reynders, plutôt que de réagir aux petites phrases, moi, j’étais à l’ONU dans un débat sur les enfants dans les conflits armés, j’ai eu des contacts bilatéraux à Washington, notamment avec le patron de la sécurité nationale. J’ai fait cela plutôt que de m’occuper des petites phrases belges. Mon devoir, c’était aussi de m’occuper du fait que le consulat général à New York soit en contact avec les victimes belges des attentats. C’est plus directement dans mon rôle que de réagir parce que quelqu’un a cru faire une déclaration intéressante sur la Catalogne. »

Tel qu’en lui-même, le chef de la diplomatie poursuit en déplorant que «chez nous, tout est regardé à travers le prisme belgo-belge, alors que cela concerne tous les Espagnols. »

Il ne parle pas de « bac à sable », mais regrette « le peu d’intérêt d’un grand nombre de responsables belges pour l’international et la promotion de la Belgique à l’étranger, et qui ne réagissent qu’à travers le prisme de la politique belgo-belge. Or, il y a une distinction entre la promotion d’un gouvernement et la promotion d’un pays. Je vois très peu de politiques belges présents à l’étranger. Je suis donc heureux que tous les ministres présidents soient présents en visites d’Etat, comme ici en Inde. En mission économique, c’est assez peu le cas, signe qu’il n’y a pas vraiment une volonté de promouvoir à l’étranger. Au lieu d’avoir une longue vue vers l’extérieur, on regarde vers la situation belge. Pour beaucoup, ce qui importe, c’est la situation belge et ils se préoccupent peur de la situation espagnole.»

Mais le débat catalan qui rebondit chez nous, pourrait-il in fine être dangereux pour le gouvernement Michel ?

« On gère la situation avec nos homologues, la libre circulation des personnes, le fonctionnement des institutions judiciaires et tout le monde dit que notre justice fonctionne correctement. Ce ne sont pas les politiques qui vont gérer le dossier (Puigdemont). » Et s’il faut remettre M. Puigdemont aux autorités espagnoles ? « Ce sont des procédures judiciaires. Et on ne peut pas s’opposer à des procédures judiciaires. »

Pas de danger pour le gouvernement, donc ?

« S’il y avait quelque chose, je ne le vous dirais pas. Mais on est moins fragile que ce que j’ai lu dans les quinze premiers jours du gouvernement et cela fait trois ans qu’il est en place… »

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