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Carte blanche sur la Catalogne: «Le nationalisme, c’est la guerre et la mort du projet européen»

L’Union européenne a tout intérêt à encourager le retour au dialogue entre les Catalans et l’Etat espagnol. Sans quoi le projet européen risque de prendre un sérieux coup. Une carte blanche de Claude Rolin.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

L e nationalisme, c’est la guerre  », déclarait en son temps François Mitterrand. Cette affirmation prend tout son sens au regard du conflit qui oppose aujourd’hui le gouvernement catalan au gouvernement espagnol.

L’Europe souffre de ses nationalismes. Les conflits mondiaux qui ont jalonné le vingtième siècle en ont été l’expression dramatique. Depuis lors, des aspirations à toujours plus d’autonomie comme des foyers d’indépendance se sont développés dans plusieurs régions d’Europe, à des degrés divers et d’intensités variables selon les moments. Dans certains cas, ils se sont traduits par des actions violentes, comme en Irlande du Nord ou au Pays Basque ; dans d’autres, ils ont conduit à un processus d’autonomisation grâce à des mécanismes de concertation construits et encadrés.

Démarche aventureuse

En se fixant l’indépendance pour objectif, le gouvernement catalan fait preuve d’aventurisme. Croire, et surtout faire croire, qu’une telle indépendance est possible et aisément assimilable au sein de l’Union européenne et dans le cadre de la zone euro est irresponsable. En cas d’indépendance, la Catalogne devra introduire une demande d’adhésion à l’Union européenne. Cela nécessitera une décision à l’unanimité des États membres et la validation est illusoire dans la mesure où le gouvernement espagnol ne donnera pas son blanc-seing. En outre, de nombreux États refuseront également l’adhésion catalane par solidarité avec Madrid car ils savent pertinemment qu’un aval ouvrirait la porte à d’autres velléités et revendications similaires, comme en France, en Italie ou en Belgique.

Indispensable concertation

Le projet européen entend, par essence, renforcer la cohésion et la solidarité entre les différents États membres et leurs régions. S’il est indispensable de lutter contre les égoïsmes et les replis identitaires, il est tout aussi fondamental d’apporter des réponses concrètes aux aspirations des populations. Pour y parvenir, la seule voie praticable est celle de la concertation et du dialogue, dans le respect des constitutions et du droit, et en s’inspirant du principe de subsidiarité, cher à l’Union, qui veut que les décisions se prennent à l’endroit le plus approprié, par l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés.

La stratégie du gouvernement catalan a aujourd’hui conduit à une impasse, mais l’attitude du gouvernement espagnol s’est avérée tout aussi problématique. La situation conflictuelle de ces dernières semaines n’est pas née d’hier et le non-règlement de cette question doit être porté au débit des responsables politiques. L’autoritarisme et la répression policière n’ont jamais été une solution. Jamais nous ne pourrons accepter l’action disproportionnée des forces de l’ordre face à une population qui veut exprimer un point de vue. Jamais nous ne pourrons accepter que des personnes soient emprisonnées, sur le principe, pour leurs idées. Ce faisant, le gouvernement espagnol a construit un nouvel obstacle là où seul le rétablissement du dialogue peut permettre de sortir du blocage.

Ramener chacun à la raison

En choisissant de se réfugier en Belgique, le Président de la Généralité de Catalogne pose un problème au gouvernement belge.

Le Secrétaire d’État Theo Francken, qui se veut aujourd’hui aux avant-postes, ne fait pas montre d’une telle sollicitude, d’autant de complaisance, et moins encore d’empathie quand il s’agit, par exemple, de réfugiés soudanais présents sur notre territoire. S’il appartient évidemment à la justice de se prononcer sur la demande d’extradition, il revient à la Belgique, comme aux autres États membres de l’Union européenne, d’user de leur influence et de jouer les bons-offices afin de ramener les dirigeants espagnols et catalans sur la voie de la raison : celle de la négociation.

S’enfermer dans une stratégie de confrontation, croire que la justice peut statuer sur des questions éminemment politiques et ainsi apporter la solution, alors même que l’on refuse le dialogue, mènera l’Espagne sur une voie sans issue. En perdurant, cette situation amoindrira inévitablement le crédit international de l’Union européenne, et aura également une incidence sur son avenir et ses perspectives économiques.

Nous en appelons à la sagesse des uns et des autres en vue d’une solution négociée et respectueuse des principes démocratiques. Oui, le nationalisme, c’est la guerre, mais c’est aussi la mort du projet européen.

À lire aussi Crise catalane: et la Belgique, elle pense quoi dans tout ça?

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2 Commentaires

  • Posté par Eric Lavenne, jeudi 9 novembre 2017, 18:11

    C'est un texte à peu près parfait ; Mais ULTRA TARDIF++++++++++++ (podferdeke) !!!!

  • Posté par Serge Vandeput, mercredi 8 novembre 2017, 20:20

    Nos dirigeants ont voulu le multicul et ils reçoivent le nationalisme a la place. C'était peut être prévisible, non?

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