Un centre pour aider les victimes de viol

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Neuf victimes sur dix ne dénoncent pas les faits aux services de police.
Neuf victimes sur dix ne dénoncent pas les faits aux services de police. - Photo prétexte Sudpresse.

Un lieu unique où les victimes de violences sexuelles pourront recevoir des soins médicaux, une aide psychologique, mais également avoir un contact avec la police si tel est leur souhait. Voilà l’objet du « Centre pour les victimes de violences sexuelles » qui vient d’ouvrir officiellement jeudi dernier au CHU de Liège, sur le site des Bruyères. Il s’agit là d’un projet pilote à l’échelle du pays, puisqu’on retrouve des centres similaires à Bruxelles et Gand. L’idée est claire : prendre en charge de manière la plus adéquate et la plus rapide possible la victime après son agression. Mais également, permettre que plus de plaintes soient déposées et que donc, par ricochet, plus de condamnations soient prononcées.

Terminés, les salles austères des commissariats de police et le statut « humiliant » pour la victime de répéter son histoire traumatisante à de multiples reprises à de nombreuses personnes. Là, on passe de l’aspect purement sécuritaire au côté médical. « Lorsqu’elle arrive aux urgences, la victime est tout de suite prise en charge par ce que l’on appelle une infirmière légiste, qui est une professionnelle qui a reçu des formations spécifiques. Elle coordonne l’accueil, l’ensemble des soins médicaux, psychologiques, mais aussi médico-légaux », explique Virginie Bay, infirmière en chef des urgences. Car en effet, si la victime donne son aval, l’infirmière recueille alors les preuves biologiques et les échantillons ADN, de même que les vêtements. Le tout est alors conservé durant 12 mois et peut évidemment servir dans le cadre d’un dépôt de plainte.

Nathalie Vandeweerd, substitut du procureur du Roi en charge des dossiers mœurs : « Si la victime décide de finalement porter plainte, quelle que soit la raison, alors c’est possible de disposer d’éléments de preuve. C’est essentiel pour assurer un suivi judiciaire. Il faut savoir que neuf victimes sur dix ne dénoncent pas les faits aux services de police. » Car outre l’aspect des soins médicaux et psycho-sociaux, l’objectif est également d’assurer une répression judiciaire pour les auteurs de ces violences. « Ce sont les infirmières qui contacteront la police et le magistrat, si la victime le souhaite, bien évidemment », insiste Virginie Bay.

30 policiers formés

Dans ce cadre, la police locale de Liège et le parquet du procureur du Roi sont totalement associés à la démarche. « Nous avons formé spécifiquement 30 policiers de la brigade judiciaire des mœurs, détaille le chef de corps, Christian Beaupère. Désormais, quand une victime se présentera à l’accueil d’un commissariat liégeois, nous l’installerons dans une pièce à part et un inspecteur spécialisé arrivera pour discuter avec elle. Celle-ci sera alors désormais directement transportée ici, aux Bruyères, en véhicule banalisé. » L’objectif affiché est donc bien de sortir le plus vite possible de ce cadre « policier » pour entrer dans le domaine « médical ». D’ailleurs, l’audition de la victime sera réalisée au sein du centre. Où la victime est installée de manière confortable, dans un petit salon, et est accompagnée par le personnel spécialisé du CHU, durant un laps de temps plus ou moins long selon les cas. Dans une seconde phase, la personne passe alors dans une autre pièce, médicalisée, où l’on effectue notamment les prélèvements ADN. Enfin, il y a également un local sanitaire. Ces lieux sont tous sécurisés, soit par badge, soit par code, afin d’éviter tout débordement, notamment du côté des auteurs de ces violences.

Avec cet outil transversal, tant le corps médical que les autorités judiciaires espèrent avancer de concert dans la lutte contre les violences sexuelles, en aidant les victimes et en accentuant la répression envers les auteurs.

2,3 millions d’euros pour 3 centres

C’est la secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité des chances, Zuhal Demir, qui a décidé de débloquer 1,5 million d’euros (sur un budget global de 2,3 millions, le reste étant apporté par la Loterie nationale) pour que trois centres de ce type voient le jour, à Gand, Bruxelles et donc au CHU de Liège, l’unique en Wallonie. L’expérience pilote durera un an, mais un suivi scientifique est prévu pendant et après cette phase de pilotage. En outre, le financement prend en charge les formations diverses, la mise à disposition de personnel 24h sur 24 et 7 jours sur 7, et le suivi du personnel du centre par un psychologue. Particularité liégeoise : le centre pour les victimes est installé au sein même des urgences des Bruyères.

 
 
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