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La série noire de Joëlle Milquet

Des perquisitions à son cabinet, de nouvelles fuites de questions d’examens… Rien n’épargne la ministre. Analyse.

Chef du service Société Temps de lecture: 4 min

Douze mars 2015. Au terme d’un raisonnement juridiquement fragile – mais qui jusqu’ici s’impose en droit – la Cour constitutionnelle déclare caduque ou presque l’organisation des cours philosophiques héritée de la guerre scolaire des années 50. Choisir entre un cours de morale ou de religion ne suffit plus, il faut désormais organiser une voie médiane, offrir une possibilité de dispense. En arrivant au ministère de l’Enseignement quelques mois avant Joëlle Milquet avait tout prévu : le Pacte d’excellence qui doit accoucher d’une réforme au pas de charge, des profs en plus pour lutter contre l’échec scolaire, la fin du redoublement en maternelle et même, sacrifice suprême pour le CDH, une heure de citoyenneté en lieu et place d’une heure de religion ou morale. Elle avait tout prévu… sauf ce qu’il faut bien appeler cette tuile. Tuile qui va peu à peu se transformer en cauchemar pour la ministre la plus puissante – en termes de portefeuilles – du gouvernement de la Communauté française.

Au milieu du jeu de quilles

Il faut l’écrire : Joëlle Milquet a beau se retrouver au milieu de ce jeu de quilles, elle n’est pas à l’origine du problème. Par contre, elle encaisse les coups – violents parfois – sans trop savoir comment gérer efficacement et rapidement la riposte.

L’encre de l’arrêt était à peine sèche que le clan laïque de la francophonie se divisait. Alors que les uns criaient victoire, les autres commençaient à redouter l’impact du texte sur ce qui constitue pour beaucoup la vitrine la plus accessible du libre examen. Alors que les uns usent de tout leur poids au gouvernement PS-CDH pour donner corps à la dispense via un début de cours de citoyenneté, d’autres plaident pour régler le problème par un simple lifting de l’intitulé du cours de morale. Dans un premier temps, Joëlle Milquet joue la carte légaliste – l’arrêt existe, pas question de l’ignorer – mais semble sous-estimer l’ampleur de la demande. Tablant sur le modèle flamand où les cas sont rares, elle tarde à prendre des initiatives, laissant le champ libre à ses opposants.

Le « cours de rien »

Alors, sur la place publique, la dispense devient « cours de rien » avant de se voir offrir un contenu sous l’appellation EPA (encadrement pédagogique alternatif). La polémique va en engendrer d’autres. La Fédération des parents de l’officiel (Fapeo) refuse l’évaluation de l’EPA. Les profs de morale qui tiennent et à la neutralité de leur enseignement et à leur emploi supplient la ministre d’abandonner le projet. Les directeurs et les pouvoirs organisateurs commencent à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas : organiser l’EPA pour septembre 2015 c’est aller au casse-pipe.

Il ne faudra pas attendre la rentrée pour parler casse-pipe. En mai, afin de tenter d’y voir clair, Joëlle Milquet lance un sondage dans les écoles : choisirez-vous la religion, la morale ou la dispense ? Alors qu’on espère un minimum de sérénité, l’opposition accuse la ministre d’organiser un recensement religieux. Pendant ce temps, le mouvement laïque presse ouvertement les parents d’écarter le cours de religion ou de morale. Les résultats confirmeront les espoirs des uns et les craintes des autres : 11 % d’élèves ayant pointé la dispense c’est un bon début pour les tenants d’une école vidée de cours engagés mais c’est… assez pour confirmer les appréhensions de ceux qui annoncent le chaos à la rentrée.

Avant-projet de décret recalé

On en était là le vendredi dernier quand le Conseil d’Etat a jugé non recevable l’avant-projet de décret organisant l’EPA. Une tuile de plus pour Milquet ? Ses défenseurs diront qu’il ne pouvait en être autrement dans la mesure où cette EPA a dû être inventée en quelques semaines et qu’il eut été plus sage de reporter la mesure à septembre 2016. Ils diront aussi qu’elle commence à être fatiguée des attaques ad hominem. Elle l’est d’autant plus qu’entre-temps elle a dû gérer la pression de ceux qui exigent désormais deux heures de citoyenneté (en reniant l’accord de gouvernement) ainsi que la polémique sur les moyens de l’encadrement différencié.

Une volonté de tout contrôler

Ses détracteurs par contre, soulignent son omnipotence, sa volonté de tout contrôler, sa difficulté à clarifier sa communication, sa capacité à ajouter de la confusion à la confusion. Au point de faire barrage aux adeptes de la compassion. Au point de s’attirer inexorablement des ennuis.

Alors, quand mardi matin on l’a entendue commenter la tricherie au CESS avec un « C’est le pompom », on a eu l’impression d’une ministre profondément fatiguée par les dégâts collatéraux de polémiques qu’elle n’a pas toujours déclenchées.

Ce n’était pas le « pompom ». Il est arrivé mardi après-midi quand les enquêteurs ont poussé la porte de son cabinet.

 

Les règles en vigueur

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 1 min

Les règles en vigueur pour ce qui concerne les membres d’un cabinet ministériel ? Des juristes, par ailleurs actifs sur la scène politique, nous expliquent en substance : il y a une gradation… A savoir : voir des membres d’un cabinet soutenir leur ministre à la veille d’une élection, donc en campagne, en rédigeant une note ici, là un document, ou un tract, « admettons ». Nos témoins ajoutent : « C’est une pratique répandue, ne nous voilons pas la face, ne racontons pas d’histoires, pas d’antipolitisme et pas d’hypocrisie svp ! ». En revanche : voir des membres d’un cabinet prendre part physiquement, durablement, à une campagne durant leurs heures de travail, halte là !, « on brise le contrat », d’autant plus qu’un cabinet ministériel est en somme le foyer d’une activité publique, qui a trait à l’exercice de responsabilités liées à l’intérêt général. Interdit a fortiori : accroître les effectifs d’un cabinet dans le but de voir une partie se consacrer à la campagne ; on passe de l’incorrection à l’illégalité. Voilà pour la « théorie ».

Rudy Demotte dit «continuer à travailler en toute confiance avec Joëlle Milquet»

Le ministre-président de la Communauté française

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 1 min

Comment réagit-on, au gouvernement PS-CDH de la Communauté française, dont Joëlle Milquet, ministre de l’Education, de la Culture et l’Enfance, est la vice-présidente ?

« La perquisition menée au sein du cabinet de Joëlle Milquet ne porte pas sur l’exercice des compétences de la ministre à la Communauté française », observe Rudy Demotte (PS), le ministre-président du gouvernement - les faits en cause remontent au début 2014, quand Joëlle Milquet était encore ministre de l’Intérieur. Rudy Demotte nous dit donc « continuer à travailler en toute confiance avec Joëlle Milquet. » Rappelons que le parquet général de Bruxelles a ouvert une information judiciaire. Il n’est pas question d’inculpation.

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