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Greenpeace dénonce l’exportation de «bois teinté de sang», aussi vers la Belgique

Dans un rapport publié ce mercredi, l’ONG, dénonce les violences provoquées par les exportations illégales de bois en Amazonie. Elle pointe notamment des importateurs belges.

Journaliste au pôle Multimédias Temps de lecture: 3 min

Au Brésil, commerce de bois rime avec violence et meurtre. C’est le constat dressé par Greenpeace, qui prend pour exemple un sordide fait divers survenu le 19 avril dernier : neuf personnes ont été massacrées dans la municipalité de Colzina à l’ouest du Brésil. Les soupçons se portent sur Valdelir João de Souza, un exportateur de bois de la région, actuellement recherché. Les autorités estiment que ces meurtres sont à mettre en lien avec un de ses exploitations voisines de la localité.

« Le Brésil est l’un des pays les plus dangereux au monde pour les protecteurs de la nature, explique Jeroen Verhoeven, expert Forêt chez Greenpeace Belgique. Les exploitants n’hésitent pas à user de violence sur les populations locales pour s’emparer de terres. Ils se débarrassent des gêneurs sur le chemin ».

Selon la Commission pastorale de la terre, entre 1985 et 2016, 18.012 conflits liés à l’occupation des sols ont fait 1.722 morts dans le pays. Toujours selon cette source, ce sont 61 personnes qui ont été assassinées cette année entre janvier et septembre. Plus que pour toute l’année 2016.

Une violence qui ne surprend pas quand on sait que, selon Interpol, le commerce de bois illégal est le 2e marché criminel le plus important au monde. Et le Brésil n’est pas en reste puisqu’on estime que plus ou moins 80 % du bois exporté depuis ce pays est d’origine illégale. « La plupart de la production se fait dans des zones protégées ou sur des territoires indigènes. Les arbres abattus sont alors transportés vers d’autres régions où les exploitants achètent des documents de traçabilité auprès des autorités. La corruption touche tous les niveaux de pouvoir. Et des documents officiels sont loin d’être une preuve que l’origine du bois est légale ».

Deux entreprises belges clientes

En retraçant les exportations des entreprises de De Souza, Greenpeace est arrivé à la conclusion qu’au moins deux entreprises belges, Vogel et Vandecasteele se sont fournies en bois « taché de sang ».

Pour Vogel, si on reconnaît avoir passé divers contrats avec Cedroarana, propriété de De Souza, on estime que Greenpeace va un peu vite pour tirer ses conclusions : « Le procès officiel commence le 25 novembre 2017, mais apparemment Greenpeace condamne déjà l’homme et la société et tous les importateurs du bois de cette société, note Thomas Brusselle, responsable « Compliance » chez Vogel. Ensuite, nous nous posons la question de savoir où est le lien avec le bois illégal. A aucun moment la société n’a été bloquée, aucun camion n’a été retenu […] par les autorités. En outre, ce n’est pas la société Cedroarana qui est mise en cause, mais plausiblement le propriétaire, comme personne naturelle ». Le responsable affirme par ailleurs que tous les documents de traçabilité ont été fournis et examinés, tant par les autorités brésiliennes que belges.

Mais Greenpeace estime que les pouvoirs publics belges font eux aussi preuve de laxisme dans le dossier. « Un agent travaille à mi-temps au contrôle des imports de bois. C’est beaucoup trop peu alors que la Belgique est un point d’entrée important du bois en Europe », note Jeroen Verhoeven.

Une affirmation que balaie la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Marie-Christine Marghem (MR) : « D’une part, j’ai étoffé, sur mon propre budget, le personnel afin d’accentuer les contrôles (sept inspecteurs ont été recrutés et ont terminé leur formation début novembre, NDLR.). D’autre part, j’ai mis en place une table ronde sur le bois illégal, afin de rassembler des industriels vertueux et les ONG pour réfléchir aux moyens d’améliorer les contrôles. Ce serait l’occasion pour ces ONG d’échanger les informations dont ils prétendent disposer pour enfin trouver des solutions ensemble. Je les invite à participer à ces tables rondes, mais jusque-ici, ils ont refusé ».

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