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«The square»: Ruben Östlund et le vivre ensemble

La Palme d’or 2017 est une satire audacieuse sur l’individualisme grandissant dans les sociétés occidentales.

Rencontre - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Ruben Östlund en est convaincu, le cinéma a le pouvoir de changer des choses. The Square, son quatrième long-métrage, il l’a réalisé « pour bousculer le spectateur et le divertir. Le film repose sur des situations concrètes mais il y a différents niveaux d’interprétation. Il nous rappelle comment nous comporter entre nous. Comment faire les choses ensemble, comment vivre ensemble. Il parle de l’hypocrisie de notre mode de vie occidental. C’est la base du film sur laquelle j’ai voulu mettre des questions contemporaines ».

Le film s’appelle The Square, en référence à un carré lumineux tracé sur le sol, exemple d’art contemporain conceptuel, avec cette phrase gravée : « Le Carré est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Dedans nous sommes tous égaux en droits et en devoirs ». Le réalisateur suédois précise que « le carré est un espace aux valeurs altruistes, fondé selon l’éthique de réciprocité commune à presque toutes les religions et la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Le plus difficile n’est pas de se mettre d’accord sur ces valeurs communes, mais d’agir en accord avec celles-ci ».

Pourquoi le blanc ? « J’ai été dans de nombreux musées d’art contemporain. Il y a l’expression de “cube blanc” pour parler d’art contemporain. Parfois, il y a quelques graviers sur le sol et quelques miroirs, et cela fait une œuvre d’art. Ça rend l’art encore plus trivial. On a essayé de s’attaquer un peu à ce monde-là. Ce monde d’art contemporain se pose-t-il encore des questions ? Ne se comporte-t-il plus que de manière routinière ? Nous pouvons aussi remettre en cause notre propre monde. Est-ce que nous agissons par sens de la routine ou réussissons-nous encore à casser les conventions ? »

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Au cœur de cette réflexion, un homme, directeur de musée, confronté à des situations qui vont le sortir de sa position politiquement correcte. « Lorsqu’il se trouve face à un dilemme, ses actes sont en contradiction avec les valeurs morales qu’il défend. Christian incarne un véritable paradoxe, comme la plupart d’entre nous. Je le vois comme une sorte de singe avec culture qui essaie de se débrouiller dans la vie, explique le cinéaste suédois. C’est une perspective sociologique que j’aime montrer dans mes films plutôt que d’amener des réponses psychologiques. Il est face à des situations extrêmes et les questions morales débouchent toujours sur un débat intérieur. Nous sommes très réactifs lors que nous voyons quelque chose qui n’est pas équitable. » Östlund ajoute : « Ce qui m’intéresse, c’est de déshabiller les personnages pour les exposer à des problèmes qui nous permettent de réfléchir à nos propres comportements. Mon personnage est mis en face de situations difficiles. Je voulais une approche satirique et ce qui reflète ce que nous sommes et nos modes de vie. » Sûr de lui dans son approche cinématographique, il dit aussi : « Ma vie n’est pas tellement différente de celle de Christian. Toutes les situations du film se rapportent à une expérience vécue comme celle du préservatif. On me raconte des choses, je les transmets aux acteurs et je suis très curieux de voir comment eux, ils réagissent. Il y eut des belles réactions que je n’aurais pas pu écrire moi-même.  »

Pour bousculer, The Square joue aussi la carte de l’absurde. Quand on demande au réalisateur le pourquoi d’un singe dans le film, il déclare en riant : « J’aime les singes. Je pense que les humains aiment les regarder car ils essaient de se retrouver en eux. Ce sont des animaux proches de nous. On laisse sa culture de côté en tant qu’humain et on se retrouve avec l’instinct de l’animal. Je pense qu’on devrait avoir un singe dans tous les films ! »

Et quand on s’interroge sur sa direction d’acteurs, la réponse vient des acteurs eux-mêmes. Tous s’accordent pour dire que travailler avec Ruben est « merveilleux, fatigant, inspirant, épuisant ». Selon Elisabeth Moss qui joue la journaliste, « Ruben est quelqu’un qui recherche la vérité et l’honnêteté dans chaque scène ». Pour Claes Bang, qui campe le directeur du musée : « Il fait travailler ses acteurs à la dure. 70 prises par scène sont une moyenne. » Pour Dominic West, l’artiste sûr de lui : « O n est obligé de se soumettre à sa volonté car on ne sait plus très bien ce qui se passe. » Quant à Terry Notary, l’homme-singe, il dit : « Ruben crée un espace dans lequel on se sent en sécurité. »

 

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