Un portrait de Charles Baudelaire vendu 112.500 euros

Lot 114
: 112.500 euros ont été offerts pour ce portrait de Charles Baudelaire par Étienne Carjat, le dernier connu à ce jour. © Sotheby’s / Art digital studio.
Lot 114 : 112.500 euros ont été offerts pour ce portrait de Charles Baudelaire par Étienne Carjat, le dernier connu à ce jour. © Sotheby’s / Art digital studio.

T ous les Belges sans exception ont le crâne vide. » Derrière cette petite phrase assassine, remettant vertement en question l’intelligence des honnêtes citoyens de notre royaume, l’on retrouve le poète Charles Baudelaire. Sept ans après la parution de ses Fleurs du mal (1857) et les diverses polémiques qui s’ensuivirent, ce dernier avait en effet débarqué à Bruxelles en avril 1864, avec le ferme espoir de s’y refaire une santé financière. Mais aussi de trouver quelques nouveaux débouchés pour ses créations littéraires. Ce fut toutefois le contraire qui se passa durant son long séjour à Bruxelles, d’où l’extrême rancœur qu’il put afficher envers ses hôtes dans un manuscrit resté célèbre, Pauvre Belgique .

Jusqu’au 11 mars 2018, le Musée de la Ville de Bruxelles (sis sur la Grand-Place) invite à se replonger dans l’atmosphère de cette Belgique des années 1860, celle-là même qui laissa un goût si amer à Baudelaire. En effet, ce fut une période des plus dynamiques pour la capitale, y compris sur le plan urbanistique avec le fameux voûtement de la Senne devant profondément bouleverser le quotidien de ses habitants. De son côté, à l’occasion de la 21e  édition du salon Paris Photo, Sotheby’s avait organisé le 10 novembre à Paris une importante vente de photographies, dont un bon nombre datant du XIXe  siècle. Le hasard faisant parfois bien les choses, parmi les 103 lots repris au catalogue, figurait un tirage albuminé contrecollé sur carton où un Baudelaire aux cheveux étonnamment longs fixait l’objectif d’Étienne Carjat (1828-1906). Originaire de Fareins dans le département de l’Ain, ce photographe, journaliste et caricaturiste fut l’auteur en octobre 1871 du fameux portrait d’Arthur Rimbaud, alors au sortir de l’adolescence, dont Paul Verlaine dirait qu’il ressemblait à un « Casanova gosse ».

En 1865, alors que Baudelaire « souffrait » déjà visiblement de son expérience bruxelloise, Carjat le saisit frontalement, sans autre décor qu’un grand manteau sombre remplissant pratiquement la moitié inférieure de l’image. À l’époque, il restait en fait à son modèle seulement deux ans à vivre… Au total, deux variantes de cette image sont connues pour être les tout derniers portraits de Baudelaire par Carjat, et selon Sotheby’s, cette épreuve antérieure à celle argentique de 1903 était particulièrement précieuse, car unique et non recensée dans aucune collection publique. Dont acte, avec un résultat d’adjudication très largement supérieur aux 10.000 à 15.000 euros initialement prévus et une nouvelle vie pour cette photographie issue d’une collection particulière française, après avoir notamment appartenu durant quelques années à la mère du poète.

 

Lot 108: Réalisé vers 1850 par un anonyme, ce daguerréotype demi-plaque a été adjugé 11.250 euros.
Lot 108: Réalisé vers 1850 par un anonyme, ce daguerréotype demi-plaque a été adjugé 11.250 euros.

Joueurs de dominos

Par un photographe anonyme, vendu 11.250 euros.

Couronnée par un chiffre d’affaires en demi-teinte de 1,38 million d’euros (avec presque 50 % d’invendus), la vente de photographies préparée par Sotheby’s comprenait quelques intéressants daguerréotypes dont la paternité n’avait malheureusement pas pu être établie, à l’instar de cette demi-plaque figurant trois hommes d’âge mûr en pleine partie de dominos. Datant des années 1850 et conservée dans son montage avec enveloppe moderne, celle-ci était dotée d’une fourchette d’estimation comprise entre 10.000 et 15.000 euros. Et visiblement, l’un des participants n’était guère enchanté du tournant pris par la partie…

 

Lot 112: Pour ce portrait d’une jeune femme décédée par Jean-Baptiste Sabatier-Blot, l’on a mis 16.250 euros sur la table.
Lot 112: Pour ce portrait d’une jeune femme décédée par Jean-Baptiste Sabatier-Blot, l’on a mis 16.250 euros sur la table.

Portrait post-mortem

Par Jean-Baptiste Sabatier-Blot, vendu 16.250 euros.

Appartenant à la génération précédente, celle des pionniers de la photographie, le daguerréotypiste français Jean-Baptiste Sabatier-Blot réalisa vers 1855 ce portrait d’une jeune femme reposant sur son lit de mort, le visage relâché sur l’oreiller. Estimé entre 10.000 et 15.000 euros, ce daguerréotype de format pleine plaque (20 × 15 cm) se faisait l’écho d’une pratique aujourd’hui tombée en désuétude dans nos sociétés.

 

Lot 106: Prise depuis l’une des adresse où Gustave Le Gray habita en 1847-48, cette vue typique de Notre-Dame de Paris a été vendue 10.000 euros.
Lot 106: Prise depuis l’une des adresse où Gustave Le Gray habita en 1847-48, cette vue typique de Notre-Dame de Paris a été vendue 10.000 euros.

Vue de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Par un photographe anonyme, vendue 10.000 euros.

Réalisé vers 1851 et estimé entre 8.000 et 12.000 euros, ce tirage salé d’après négatif verre et contrecollé par les angles sur carton souple montrait la cathédrale Notre-Dame de Paris sous un angle bien particulier, à savoir celui du 27 quai des Grands Augustins, et en pleins travaux de rénovation. La présence en arrière-plan du vieux pont couvert permettait notamment de savoir avec certitude que cette photographie était antérieure à 1853, date de la construction d’un nouvel ouvrage qui, à la suite de nombreux incidents, serait surnommé le « pont du Diable ».

Tous les prix mentionnés ci-dessus s’entendent frais inclus.

© Sotheby’s / Art digital studio.

 
 
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