Les pièces à aller voir cette semaine

«
Golem
» au Théâtre National.
« Golem » au Théâtre National.

Ajax

Jeudi et dimanche au Théâtre Varia (Ixelles)

Elle a incarné Ismène, puis Phèdre, la voici Ajax, héros de la guerre de Troie poussé par les Dieux à la folie meurtrière, mais aussi homme d’aujourd’hui, brisé. Marianne Pousseur fait corps et voix, en grec et en français avec la langue de Yannis Ritsos, dont elle a écrit la musique. Troublante, elle vit ce corps d’homme au cœur de l’art d’Enrico Bagnoli, ensorcelant d’images, de lumières. D’une intelligence fascinante !

Bab Marrakech

Mardi au Centre culturel des Riches-Claires (Bruxelles)

Dans l’épicerie Bab Marrakech, on croise aussi bien Flamands, Turcs, Berbères, expatriés français, Russes, Bruxellois « de souche » ou d’adoption, tous incarnés par un Ismaïl Akhlal transformiste qui change de personnage en une perruque, un accent, un changement de ton. Au-delà de la franche comédie se dessinent des milieux sociaux, des manières d’être, d’appréhender la société belge dans ses mille et un contrastes. Mais aussi une ville, Bruxelles, improbable et généreuse.

Conversations avec ma mère

Le 6 décembre au Manège (Mons)

Jacqueline Bir et Alain Leempoel interprètent magistralement les deux personnages de ce huis clos plein d’humour et d’émotion : une mère de 82 ans et son fils quinquagénaire rattrapé par la crise économique. La mise en scène subtile de Pietro Pizzuti sert parfaitement un texte qui ne sombre jamais dans les pièges de la « bien-pensance » ou du happy end facile, préférant la vraie vie avec son lot de bonheur, de malheur, de tendresse, de jalousie, de retournements et d’événements inexplicables.

Délestage

Jusqu’au 23 décembre au Théâtre de Poche (Bruxelles)

Coup de chaud sur le Bois de la Cambre. Avec une présence électrique, l’auteur et comédien David-Minor Ilunga fait sauter les plombs du Poche et la décharge est salutaire ! Voyage entre Bruxelles et Kinshasa pour diagnostiquer nos courts-circuits, d’un côté comme de l’autre.

Golem

Jusqu’à samedi au Théâtre National (Bruxelles)

L’auteure-metteuse en scène Suzanne Andrade et le dessinateur Paul Barritt s’emparent du mythe du Golem pour en faire un éblouissement visuel doublé d’une métaphore sur l’Homme moderne dépassé par la machine voire avalé par le progrès. Entre cinéma d’animation, cabaret et BD, on y suit les tribulations d’une créature d’argile qui va inverser les rapports de domination. D’esclave, Golem ne va pas tarder à prendre le pouvoir sur son maître.

Ismène

Dimanche au Théâtre Varia (Ixelles)

Un corps nu, sculpté par la lumière dans un espace d’eau, une voix d’une ductabilité étonnante, qui moule les mots du poète grec Yannis Ritsos investis par la musique a cappella de Georges Aperghis : Marianne Pousseur est l’unique et envoûtante interprète de cette belle alchimie des sons, des ondes et du sens, entre mythologie et sensualité d’aujourd’hui, qui joue le retour à la vie et à la mort d’Ismène, petite sœur d’Antigone.

J’abandonne une partie de moi que j’adapte

Jusqu’à samedi au Théâtre National (Bruxelles)

Justine Lequette signe une première pièce admirable, poétique et politique. En partant de Chronique d’un été, film d’Edgar Morin et Jean Rouch en forme de cinéma-vérité, sorte de film ethnologique sur ce qui faisait la vie, le bonheur, le travail ou les utopies des Parisiens en 1960, quatre comédiens en transposent les thématiques en 2017. A la fois ludique et rigoureuse, la pièce questionne avec bonheur ce qui fait le… bonheur.

J’accuse

Jusqu’au 9 décembre au Rideau de Bruxelles / Atelier 210 (Etterbeek)

Elles ont beau être frustrées et enragées, les cinq femmes convoquées ici semblent plutôt accuser le coup qu’accuser tout court. Le manque d’amour de l’une répond au trop-plein d’amour inutile de l’autre. Le racisme de celle-ci fait écho aux efforts désespérés de celle-là pour être acceptée par son pays d’accueil. L’arrogance de la classe moyenne suit le mépris d’une classe ulcérée de se sentir inférieure. Un texte dru et drôle d’Annick Lefebvre.

Jérémy Ferrari : Vends deux pièces à Beyrouth

Lundi au Théâtre Saint-Michel (Etterbeek), mardi au Forum (Liège)

L’humoriste spécialiste des coups de gueule et de l’humour noir ose traiter des attentats du 13 novembre, de ceux contre Charlie Hebdo, du conflit israélo-palestinien ou encore des millions d’euros qui grossissent sur les comptes de l’ONG Action contre la faim pendant que les enfants maigrissent à vue d’œil. Parfois de l’ordre du plaidoyer pour un changement de l’ordre mondial, Jérémy Ferrari revient toujours aux codes de l’humour avec des sketchs hilarants, dont celui sur le pompiste et les frères Kouachi. Une explosion de rire.

La convivialité

Vendredi à l’Escale du Nord (Anderlecht)

Et si l’orthographe n’était qu’un outil de discrimination sociale ? Dans La convivialité, deux profs – Arnaud Hoedt et Jérôme Piron – partent en croisade contre un dogme qui a des effets bien plus politiques que syntaxiques sur notre société. Avec beaucoup d’humour, ils retracent l’histoire des absurdités de la langue française et questionnent l’entreprise de sacralisation qui étouffe tout débat.

L’enfant sauvage

Dimanche au Centre culturel de Flémalle

Bouleversante, la pièce de Céline Delbecq s’inspire du sort des enfants placés par le juge. On ne verra de « l’enfant sauvage » que son petit manteau rose et pourtant, cette petite fille en miettes emplit complètement l’espace. Seul sur scène, Thierry Hellin évoque la rencontre entre un peï solitaire et une enfant abandonnée, au fil des juges, des procédures, des assistants sociaux, des parents violents et pourtant indétrônables, des « homes ». Il est question de paternité aussi, qu’elle soit de cœur ou de sang. Déchirant !

Le Misanthrope

Mercredi au Centre culturel de Ciney

On savait Molière impérissable, mais de là à brancher son Misanthrope sur WhatsApp ! Dans la version de Dominique Serron, cette fable sur l’hypocrisie et la vanité se connecte aux réseaux sociaux et balade Alceste et Célimène en sneakers. Dans cette mise en scène enlevée, la frivolité de notre ère virtuelle n’a rien à envier aux précieuses ridicules du XVIIe siècle.

Le Noël de Monsieur Scrooge

Jusqu’au 17 décembre et le 31 décembre au Théâtre royal du Parc (Bruxelles)

C’est tout simplement la pièce parfaite pour se mettre dans l’ambiance de Noël. La mise en scène de Patrice Mincke transforme ce conte de Charles Dickens en une tendre et ludique parabole sur la solidarité. Comme toujours au Théâtre de Parc, le décor se déplie en mille miraculeuses métamorphoses pour nous faire voyager dans les rues de Londres au 19e siècle ou dans les airs, à bord du traîneau du Père Noël. Guy Pion y est un M. Scrooge d’enfer !

Les faux British

Jusqu’au 31 décembre au Public (Saint-Josse-ten-Noode)

Dans un manoir anglais gît un homme assassiné. Tout annonce une énigme policière façon Agatha Christie sauf que la pièce bifurque vers une parodie où les catastrophes techniques s’entrechoquent. Les uns oublient leur texte, les autres sont assommés par le décor. Les accessoires s’égarent et le régisseur emmêle les bandes-son. Bref tout foire allégrement, à un rythme pétaradant, au fil de gags exploités jusqu’à la corde.

On the road… A

Mercredi à la Maison de la culture de Tournai, samedi au Centre culturel d’Eghezée

Epoustouflant seul en scène de Roda sur la question de l’identité. Le jeune comédien est d’origine libanaise, est né au Maroc, a grandi en Guinée, a la nationalité belge, est tombé amoureux en France. Alors, forcément, quand on part sur la route avec lui, il faut prévoir quelques détours. Drôle, fin, rythmé, le spectacle ôte, un à un, les stigmates qu’on colle à « l’étranger ». Formidable bol d’air quand dehors, ça commence à sentir le renfermé !

Phèdre

Mercredi et dimanche au Théâtre Varia (Ixelles)

Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli poursuivent l’exploration des monologues poétiques et tragiques de Yannis Ritsos avec Phèdre. Fusion magique du corps, de la voix, de la musique, de la lumière et de la matière minérale, animale, en constante métamorphose : une scène qui n’appartient qu’à eux, et qui, au-delà de la technique, recrée l’émotion du désir avoué et condamné.

The Wild Party

Du 2 au 14 décembre au Boson (Ixelles)

Adaptée de Joseph Moncure March, cette pièce musicale exsude une fièvre contagieuse qui vous fait frétiller les pieds autant que les oreilles. Jugé obscène et censuré à sa sortie en 1926, le texte nous emmène dans le New York des années folles, dans un bar où Queeny la blonde allume les hommes à tour de bras. Benoît Verhaert – somptueusement accompagné de musiciens jazz – improvise, joue avec le public et chauffe diablement la salle. (C.Ma.)

Jeune public

Boris et les sœurs Sushis

Mercredi au Centre culturel de Welkenraedt, dimanche à la salle Jacques Brel (Anderlecht), du 4 au 8 décembre aux Chiroux (Liège)

Une fable explosive sur les talons d’un ogre qui va découvrir l’école et se lier d’amitié avec deux sœurs à la fibre artistique chevillée au corps. Il y sera question aussi d’une maman complètement dépassée et d’un loup solitaire, gourmand mais pas téméraire. C’est bien simple, on y rit du début à la fin. (C.Ma.)

Les fabuleux

Samedi, à 18h00, à la Montagne Magique (Bruxelles)

On donne un franc 10/10 aux quatre comédiens des Royales Marionnettes. Oubliez les tirades académiques de La Fontaine : mises en scène par Agnès Limbos, reine du théâtre d’objets, ses fables deviennent le terrain de jeu de manipulations visuelles et interprétations décalées, le tout raconté avec des jouets d’enfants, des figurines et tout un tas de bric et de broc recyclé. (C.Ma.)

Piletta remix

Du 3 au 16 décembre à l’Eden (Charleroi)

Dévoilant les coulisses de la fabrication radiophonique, des comédiens, un électromusicien et un ingénieur du son jouent, bruitent, chantent et ambiancent l’histoire de Piletta, petite fille emportée dans une cavalcade de péripéties. Isolé par un casque sur les oreilles, bercé par une voix et des surprises sonores qui nous caressent le tympan, stimulé par les effets en stéréo, on se fait son propre film dans la tête. (C.Ma.)

Woesj

De jeudi à samedi aux Abattoirs de Bomel (Namur)

C’est sur une île merveilleuse et pleine de surprises que se réveillent nos deux sirènes. Tout est inattendu dans ce récital aussi visuel que musical. On aime la fantaisie des Flamands de 4 Haut Théâtre. Même Ulysse aurait succombé à ces sirènes enchanteresses. (C.Ma.)

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