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«C’est vous qui le dites!»: une émission de service public, vraiment?

Le groupe CDH du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles demande qu’une réflexion soit engagée au sein de la RTBF à propos de l’émission de Benjamin Maréchal, « C’est vous qui le dites ». Pour eux, l’émission de Vivacité va à rebours des missions et des valeurs de service public.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

Ce lundi, les membres de la Commission des Médias du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles étaient interpellés par une carte blanche rédigée par un collectif de signataires indignés par la manière dont un animateur de Vivacité – chaîne publique – avait traité le drame de la mort d’un jeune scout de 12 ans mortellement fauché par une voiture à Pecq.

À plusieurs reprises, le CDH a interpellé le Ministre des Médias, la RTBF et le monde médiatique sur les dérives de cette émission radiophonique et sur l’évolution des valeurs de service public au sein de la RTBF dont elles témoignent. Le 18 janvier 2017, André du Bus rappelait déjà que « celui qui gère le micro détient un pouvoir d’orientation et d’influence déterminant, à la limite de l’instrumentalisation ».

Le collectif de signataires épingle l’absurdité des questions posées et l’inintérêt en termes d’information et de réflexion de cette émission. « Cette carence journalistique rapproche cette démarche davantage d’un accélérateur de populisme que d’une mission de service public, censée susciter la réflexion en éclairant l’auditeur sur les enjeux en présence », dénonçait André du Bus.

Par ailleurs, le 25 avril 2017, dans le cadre des auditions liées au nouveau contrat de gestion de la RTBF, Véronique Salvi interpellait Jean-Paul Philippot sur cette carence et sur le manque de modération des contenus de cette émission. L’administrateur général de la RTBF n’a apporté à ce sujet qu’une argumentation basée sur l’audience de l’émission de Benjamin Maréchal. Le 26 avril 2017, André du Bus interrogeait la Société des Journalistes de la RTBF. Pour la SDJ, la réponse la plus simple serait de faire en sorte que la personne traitant d’information, dans toute émission à la RTBF, quelle que soit la plateforme, soit un journaliste plutôt qu’un animateur, et de la placer sous la responsabilité d’un directeur de l’information. Aux yeux de la SDJ, la RTBF doit continuer à être identifiée comme une source fiable d’information. Le 23 mai 2017, Véronique Salvi revenait à la charge dans le cadre des auditions du conseil de déontologie journalistique…

C’est clair, pour le CDH, l’émission « C’est vous qui le dites ! » dessert la mission inscrite au contrat de gestion de la RTBF, d’« être une référence, dans ses programmes, en matière d’éthique, de crédibilité, d’imagination, d’innovation, d’audace, d’excellence, de qualités technique, professionnelle, artistique et culturelle ainsi que sur les plans de l’écriture, de la forme et du vocabulaire, en vue de lutter contre la prolifération et l’uniformisation de contenus acquis et diffusés sur d’autres médias sans valeur ajoutée ».

Pour illustrer cette carence, nous retiendrons trois aspects.

Qui le dit ?

« C’est vous qui le dites ! », c’est d’abord un titre. Un titre qui décharge la responsabilité du service public sur « ceux qui parlent », les citoyens-auditeurs. Ce serait eux les responsables des propos tenus dans cette émission, pas le service public. Or, à nos yeux, le service public a un rôle fondamental à jouer dans la qualité des propos qui sont tenus sur ses antennes. C’est lui qui propose le sujet mis en débat, c’est lui qui choisit la formulation de ses questions, c’est lui qui choisit quels auditeurs passent à l’antenne, c’est lui qui apporte une réponse aux propos, c’est lui qui décide d’éclairer le public sur les enjeux en présence.

Comment est-ce dit ?

« C’est vous qui le dites ! », c’est aussi une émission à la forme particulière. Elle appartient au genre dit « infotainment », un genre de programme médiatique qui fournit à la fois de l’information et du divertissement. Il y a donc un animateur trônant au centre du jeu, légitimé par la marque du service public et par les journalistes invités qui cautionnent le niveau du débat et les propos tenus. Dans un premier temps, l’animateur pose des questions aux auditeurs et suscite des thèses le plus souvent éloignées de la vérité. Dans un second temps, il reprend les thèses qu’il a provoquées en interrogeant les journalistes sur leur possible véracité.

De cette manière, tout ce qui est dit par les auditeurs – et de préférence ce qui fait le buzz – est marqué du sceau de la vérité à travers les marques d’autorité que sont un, la marque du service public, deux, la présence des journalistes, trois, l’orientation des formulations et reformulations de l’animateur.

Qu’est-ce qui est dit ?

« C’est vous qui le dites ! », c’est enfin une émission qui diffuse des contenus problématiques sur le plan de la vérité. L’émission n’investigue pas, ne réalise pas une vérification des faits ou des théories énoncés, ne met pas en présence de réels spécialistes de la question qui viendraient apporter un éclairage vérifié sur le débat. L’émission cherche la petite phrase, surfe sur l’émotion, ne prend aucun recul et fait feu de tout bois. Ce manque de médiation a régulièrement été soulevé par le groupe CDH.

Et maintenant ?

L’instrumentalisation de la mort, récente, du petit Ulysse est pour beaucoup la goutte de trop. Elle a joint à l’indécence, l’indignité. Pourtant, un service public doit être digne et garantir la dignité de tous, à l’image de l’Etat. Un service public ne peut, sous le couvert de l’infotainment, autoriser la diffusion de propos non-respectueux de la personne humaine et de notre société. Si l’infotainment a du sens, il ne peut aujourd’hui être utilisé pour justifier des émissions comme « C’est vous qui le dites ». L’infotainment doit être cadré, a fortiori sur une chaîne de service public.

Pour le management de la RTBF, la présence de M. Maréchal à l’antenne se justifie par sa capacité à « toucher les publics dont le niveau d’instruction est le plus bas », que personne d’autre apparemment n’arrive à toucher au sein de la RTBF. Encore faudrait-il que la RTBF se soucie ensuite d’amener ces publics vers un sens critique et civique relevé. En accordant à n’importe quel propos droit de cité sur les antennes du service public, sans aucun recadrage, la RTBF manque à son devoir de « mettre en place des modérateurs spécifiquement formés et une meilleure information au public » (art. 7.5 du contrat de gestion), d’« exercer un contrôle éditorial sur les contenus de ses plateformes interactives » (art. 7.7) et de « développer chez les adultes une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société, des capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation, des attitudes de responsabilité et de participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique dans une perspective d’égalité et de progrès social, en vue de construire une société plus juste, plus démocratique, etc. » (art. 28.1).

Le groupe CDH du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles attend dès lors qu’une réflexion soit engagée au sein de la RTBF.

La question est aussi simple que ne le sont celles de l’animateur de Vivacité : une émission qui va à rebours des missions et des valeurs de service public a-t-elle sa place sur une chaîne publique ?

*Au nom du groupe cdH,

Véronique Salvi, cheffe du groupe CDH au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

André du Bus, député CDH de Bruxelles

Isabelle Moinnet, présidente de la Commission de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias

François Desquesnes, député CDH de Wallonie

 

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11 Commentaires

  • Posté par claude colet, vendredi 1 décembre 2017, 15:26

    Je regarde en TV le 6-8, puis le 8-9, chaque jour. MAIS à 9 heures (justement à cause de cette émission je vais voir ailleurs). Je n'ai jamais aimé les constantes interruptions dans les commentaires des intervenants, ni les questions, re-questions et sur-questions qui amènent l'auditeur à finalement abonder dans le sens voulu par l'animateur. Bien à Vous.

  • Posté par Haikin Dimitri, mercredi 29 novembre 2017, 18:55

    Le mot est parfaitement choisi : l’instrumentalisation. Cela n'a que trop polluer les ondes depuis des années ! Ca suffit les dénigrements sans retenue Monsieur le Maréchal !

  • Posté par Leblanc Yves, mercredi 29 novembre 2017, 18:42

    Totalement d'accord avec le véhicule sur l'émission de B. Maréchal. Vraiment irritant.

  • Posté par FREDERIC PAEME, mercredi 29 novembre 2017, 18:39

    J'ai déjà écrit que je n'étais pas fan du personnage et son émission mais je n'ai pas souvenance qu'il y ait déjà eu un tel lynchage ... Et après ce collectif (mais qui sont vraiment toutes ces personnes ?) et les politiques, à qui le tour ? Le politiquement correct puant va nous conduire droit dans le mur ...

  • Posté par Adam Paul, mercredi 29 novembre 2017, 17:41

    Le CDH à mis beaucoup de temps pour réagir. Voila longtemps que sur les réseaux sociaux cela est dénoncé. Cette émission est un ramassis de people, n'apporte rien d'intellectuel. Voila le pourquoi de sont audimat. Aucune préparation rien de préparer et de plus super orientée

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