Le curé belge Alexis Joveneau accusé du viol d’enfants Inuits

L’étape québécoise de « l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées » (1.181 cas entre 1980 et 1992 selon la Gendarmerie royale) mise sur pied par le Premier ministre Justin Trudeau ternit l’image d’un prêtre belge de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, Alexis Joveneau, en charge de la communauté inuit de La Romaine de 1954 à 1992, année de sa mort.

Aux premiers des 5 jours d’audition réservés aux membres de la communauté de Pakuashipi (Côte Nord), des femmes ont témoigné de l’«enfer des gosses» que leur imposait ce prêtre belge, originaire de Tournai.

Les mères pourchassées

A 7 ans, Mary Mark a raconté avec émotion ses séances de confession où le prêtre, que les Indiens appelaient Jésus, lui «  passait la main sous la chemise  », lui «  caressait le ventre  » jusqu’à ses parties intime. «  Il me touchait le dos et allait jusqu’à mes fesses. Je pensais que c’était normal. Ma famille ne m’avait pas parlé de ces agissements. Il m’a souvent touchée  », a ajouté Noëlla Mark qui le considérait comme le « dieu » qui dirigeait le village de 1.000 habitants, isolé du monde. Théresa Lalo a témoigné des tourments subis par sa propre mère que le missionnaire venait débusquer dans la chambre où il infligeait des violences à cette femme «  qui se cachait du curé  ». Elle se souvient que «  quand il est mort, je ne suis pas allée le saluer  ». D’autres ont parlé de viols infligés à des enfants, de la tombée en alcoolisme de dizaines d’hommes et de femmes accablés par l’oblat dont la puissance suffisait à imposer le silence au sein de la communauté inuit dont il pratiquait la langue, qu’il administrait et où ne se trouvait aucun poste de police susceptible de recueillir les plaintes.

Mary Mark, interrogée par Radio-Canada, a estimé que plus de la moitié du village aurait été victime des agissements sexuels et de la violence d’Alexis Joveneau. A la fin de leurs témoignages, un tambour (le teuaikan) a résonné dans le centre communautaire de Maliotenam. La communauté, rapporte Radio-Canada, a dansé le makusham, cette danse festive marquant cette fois-ci la libération d’une parole, le début d’une guérison collective.

Le mythe d’Alexis Joveneau, missionnaire du grand Nord, grand spécialiste des traditions inuites, prêtre respecté par les autorités, s’est effondré suite à ces auditions. Le missionnaire avait été en 1961 l’organisateur des regroupements des « bandes » de Pakuashipi vers Unamen, vécue comme une « déportation » par les communautés autochtones.

Prison pour l’autre Belge

Sa mission évangélique imposait de « faire sortir l’Indien » de ces populations. Il détruisait les chèques destinés à ceux qui ne voulaient pas vivre dans ces réserves. Des témoins ont rappelé la disparition de neuf enfants en bas-âge, évacués dans les années 70 vers un hôpital et dont les familles sont demeurées sans nouvelles jusqu’en 2014 lorsqu’il leur fut annoncé que 8 d’entre eux étaient morts d’une infection pulmonaire. La Congrégation des Oblats du Canada a assuré la Commission de «  toute sa coopération  » après avoir tenté d’empêcher que des noms soient cités lors des auditions.

Un autre prêtre belge, Eric Dejaeger, avait déjà été condamné à 19 ans de prison en février 2015 pour le viol de plusieurs enfants inuits au Nunavut.

 
 
 
 
 
 
 

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