Devez-vous établir un plan de déplacements dans votre entreprise ?

Obligatoires à Bruxelles, facultatifs en Wallonie, les plans de déplacements en entreprise ont pour mission d’améliorer la mobilité et de proposer des mesures et des solutions aux travailleurs. Analyse avec Gaston Bastin, expert mobilité de Bruxelles Environnement, et Benoit Minet, responsable de la cellule mobilité de l’Union Wallonne des Entreprises (UWE).

Voiture, transports en commun, vélo, à pied… les possibilités pour se rendre au travail sont diverses. Et elles doivent, ou devraient être, mises en place par les entreprises. Toutes les sociétés n’ont pas établi pour autant un plan de déplacements (PDE), pour diverses raisons. En Wallonie, par exemple, ces plans ne sont pas obligatoires, contrairement à Bruxelles. Depuis 2004, les sites d’entreprises de plus de 200 personnes y sont contraints et l’obligation a été étendue aux sociétés de plus de 100 personnes sur un même site en 2011. Ce qui correspond à près de 600 entreprises sur le territoire de la région bruxelloise.

Mais qu’est-ce qu’un plan de déplacements et comment est-il mis en place ?

Un plan à revoir tous les 3 ans à Bruxelles

« Un plan de déplacements en entreprise regroupe des mesures à mettre en place pour améliorer la mobilité et la rendre plus durable », précise Gaston Bastin, expert mobilité chez Bruxelles Environnement. Pour Benoit Minet, responsable de la cellule mobilité de l’Union Wallonne des Entreprises (UWE), c’est « un plan qui permet à l’entreprise de développer une mobilité alternative pour ses travailleurs et de mettre en œuvre toute une série de mesures ».

Si les définitions se rejoignent, c’est surtout dans la méthode que la vision diffère entre Bruxelles et la Wallonie. « À Bruxelles, le plan de déplacement commence d’abord par une enquête de mobilité afin de savoir comment les gens se déplacent vers l’entreprise, que ce soit les travailleurs, les clients ou les fournisseurs », détaille Gaston Bastin. « À partir de cette enquête, l’entreprise pose un diagnostic et élabore les mesures à prendre. Elle nous fait parvenir ensuite le plan de déplacements, tous les 3 ans, que nous passons en revue. » Bruxelles Environnement vérifie ainsi que le plan est complet et que les mesures obligatoires sont prévues. Car si le plan est obligatoire, certaines mesures le sont également. Citons, par exemple, la nomination d’un coordinateur mobilité dans l’entreprise, un programme de sensibilisation interne à la mobilité durable ou encore la mise à disposition d’un parking pour vélos répondant à certaines normes (nombre de places, qualité des infrastructures).

Un suivi différent en Wallonie et à Bruxelles

Qu’en est-il du suivi de la mise en place des mesures ? En Wallonie, il est compliqué. « Notre travail est axé sur la prévention et la sensibilisation aux problèmes de mobilité, note Benoit Minet. Nous apportons notre aide et nos conseils quand une entreprise est demandeuse. » L’UWE n’est donc pas toujours au courant de ce qu’une entreprise fait de son plan de déplacements et des mesures qu’elle met ou non en place ensuite. À Bruxelles, par contre, le suivi est systématique et a permis d’auditer près de la moitié des entreprises de la Région soumises aux plans de développement. « Si un plan est incomplet malgré nos insistances, nous nous rendons dans l’entreprise pour en discuter et le mettre en place », précise Gaston Bastin. Impossible de le contourner donc…

L’UWE ne veut pas rendre les plans de déplacements obligatoires

La mise en place de plans de déplacements est encouragée en Wallonie. Par contre, l’UWE n’est pas favorable à le rendre obligatoire.

« Nous sommes plus dans une optique d’accompagnement, d’éducation permanente et de conseils, justifie Benoit Minet, responsable de la cellule mobilité à l’Union Wallonne des Entreprises. Nous ne sommes pas favorables à cette obligation de plans de déplacements. Nous préférons d’ailleurs parler de ‘démarche et culture d’entreprise en phase avec la mobilité’. La Wallonie n’a pas les problèmes de mobilité ni de congestion de Bruxelles. De manière générale, est-ce mieux d’imposer et d’obliger que d’accompagner ? Nous estimons qu’une politique de mobilité dans une entreprise est plus efficace et porteuse quand c’est l’entreprise elle-même qui sollicite notre aide. On développe alors un bilan mobilité, on dresse un tableau de la situation par un travail cartographique, par exemple. Ce bilan peut par exemple montrer que 30 à 40 % du personnel habitent dans un rayon de 5 km mais que 90 % viennent seuls en voiture. On leur donne du recul, on tire des tendances. La cellule mobilité de l’UWE permet aux entreprises de mettre le pied à l’étrier en matière de mobilité et de leur offrir une vision et un coup de pouce pour démarrer une réflexion. » Côté bruxellois, on précise que l’obligation a permis de créer une dynamique et de faire rentrer la mobilité dans les mœurs des entreprises. Bref, que l’obligation a permis de faire bouger les choses…

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