Di Filippo, une philosophie d’entreprise à part

Les nouveaux bureaux de l’entreprise Di Filippo. En médaillon, le patron Antoni Di Filippo.
Les nouveaux bureaux de l’entreprise Di Filippo. En médaillon, le patron Antoni Di Filippo. - D.R.

Dirigeant de l’entreprise de construction qui porte son nom, Antoni Di Filippo est ce que l’on peut appeler un « self-made-man ». Bien qu’il ait eu un peu de mal à assumer son absence de diplôme supérieur, il peut aujourd’hui se targuer d’être à la tête d’une société en pleine expansion. L’aventure a débuté il y a une dizaine d’années, lorsque Antoni Di Filippo a rencontré un entrepreneur qui rénovait et revendait des maisons. « Cela me semblait facile et m’a donné envie, donc je me suis lancé là-dedans au lieu de poursuivre mes études en immobilier, confie-t-il. J’ai commencé à 19 ans avec une petite maison que j’ai retapée en apprenant sur le tas. »

Au fur et à mesure que son activité se développait, Antoni Di Filippo a monté sa société puis a voulu aller plus loin. Intéressé par l’architecture, il s’est alors lancé dans des chantiers plus élaborés et les choses se sont vite accélérées. Aujourd’hui, l’entreprise Di Filippo se concentre essentiellement sur des projets commerciaux et privés dont les budgets varient entre 100.000 euros et un million d’euros.

Les quatre gestionnaires de la société basée à Montignies-sur-Sambre permettent à celle-ci de mener une vingtaine de chantiers de front, et ce un peu partout en Belgique. Di Filippo travaille également avec de nombreux sous-traitants apportant chacun leur spécialité et leur force de travail.

Cette évolution importante a inévitablement poussé l’entreprise à adopter une organisation différente. « En tant que patron, je me suis rapidement rendu compte que ce n’est pas le même métier de gérer trois ou vingt chantiers en même temps, explique Antoni Di Filippo. C’est pourquoi j’ai engagé il y a deux ans un développeur web pour numériser l’organisation de la boîte. »

Grâce à un logiciel spécialement élaboré pour les besoins de l’entreprise, tout est désormais géré sur ordinateur : les plannings de production, les stocks, les factures ou encore le suivi journalier des projets. « Chaque intervenant du chantier a accès à ces données, ce qui permet une grande transparence et une meilleure communication entre les différents acteurs. J’estime qu’il est important de viser l’excellence dans l’organisation du travail, car c’est de cette façon qu’on parvient à des réalisations de qualité. »

Malgré cette numérisation des échanges et un aspect très cartésien, l’entreprise Di Filippo accorde aussi de l’importance à la composante humaine. « Je considère mon entreprise non pas comme une machine, mais plutôt comme un être vivant composé de différents organes, confie le CEO. L’aspect humain est donc très important pour moi et j’essaye de le développer depuis quelque temps. »

Cette préoccupation passe notamment par l’organisation de cours de français pour les ouvriers étrangers ou encore par un travail de développement personnel pour Antoni Di Filippo et ses gestionnaires. « Tout a commencé par une démarche de ma part, raconte l’entrepreneur. Cela m’a apporté tellement de choses que j’ai voulu aussi en faire profiter mes gestionnaires et, depuis lors, nos rapports ont véritablement évolué au sein de la boîte. Tout est transparent entre nous, et l’un d’eux va reprendre une bonne partie de mes tâches tandis que je consacrerai plus de temps à aider les autres à s’épanouir. Cela peut sembler contre-productif mais, en plus d’être essentiels, le bien-être et le bonheur des travailleurs contribuent directement à la rentabilité de l’entreprise. »

Preuve en est : entre 2015 et 2016, la société Di Filippo a augmenté son chiffre d’affaires de 30 % et, malgré un déménagement dans de nouveaux locaux à Montignies-sur-Sambre cette année, cette évolution devrait encore atteindre les 25 %.

Outre l’organisation et le bien-être, la réussite de Di Filippo tient également à un autre facteur très important : la gestion des sous-traitants. Avec « seulement » une quarantaine de collaborateurs propres, la société est, en effet, obligée de faire appel à de la main-d’œuvre extérieure pour gérer ses différents chantiers. « Les sous-traitants représentent beaucoup pour nous et la qualité de nos réalisations dépend très fortement d’eux, souligne Antoni Di Filippo. Il est donc essentiel de les faire adhérer à l’état d’esprit de notre entreprise. C’est pourquoi nous avons lancé un module de formation à leur intention. »

Image d’entreprise, offres de prix, embauche, gestion du temps, communication… La formation aborde des thèmes variés et inclut beaucoup d’aspects de « savoir-être » qui, selon Di Filippo, sont encore peu pris en compte dans le secteur et donnent parfois une mauvaise image de la construction. Pour l’instant, ces formations sont uniquement réservées aux sous-traitants, mais son dirigeant n’exclut pas à l’avenir de l’étendre aux autres personnes intéressées. Et cela n’empêche en rien Di Filippo de poursuivre son évolution propre.

Le défi actuel de l’entreprise est de parvenir à se développer sans que son ampleur n’affecte son côté humain. Il est ainsi prévu qu’un nouveau gestionnaire de chantier vienne agrandir l’équipe mais, comme le précise son dirigeant, Di Filippo n’est pas vouée à devenir une très grosse et unique entreprise. « Nous souhaitons plutôt évoluer comme une ruche, avec une ou deux antennes supplémentaires qui garderaient une taille humaine. Nos processus pour embaucher, former le personnel et organiser le travail sont répétables, ce qui facilite ce genre d’expansion. »

Construction: tous les signaux sont au vert

Selon Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction. En 2017, la construction devrait réaliser un taux de supérieur à l’économie comme en 2016.
Selon Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction. En 2017, la construction devrait réaliser un taux de supérieur à l’économie comme en 2016. - DR

Le secteur de la construction devrait connaître une croissance assez soutenue en 2017, supérieure à la croissance économique générale, même s’il est difficile de faire le bilan conjoncturel de l’année qui est sur le point de s’achever. « Pourtant, quelques tendances lourdes se dégagent, nous explique Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction. En 2016, la construction avait réalisé un taux de croissance supérieur à l’économie (+ 3,5 %). Cette tendance semble se confirmer en 2017. La construction devrait faire mieux que l’ensemble de l’économie belge et contribuer d’une façon importante à la croissance générale. »

Au niveau des logements neufs, la Flandre, qui représente deux tiers du marché, connaît une certaine fébrilité. « Un relèvement des exigences en matière de performances énergétiques est anticipé. Les candidats bâtisseurs se préparent à une nouvelle échéance au 1er janvier 2018. Ils ont décidé de lancer leur projet de construction cette année craignant des règles nouvelles plus coûteuses qui risquent d’obérer leur budget », poursuit l’administrateur délégué.

Reprise de la demande

Au niveau de la rénovation de logements, on constate une tendance linéaire à la hausse. « Quelque 45.000 nouveaux logements sont construits chaque année. Le parc existant s’agrandit, les besoins en rénovation également. L’impératif énergétique est un grand moteur de rénovation. Le ministre flamand du Logement Tommelein parle de “benoveren” qui signifie “beter renoveren”, mieux rénover », ajoute Robert de Mûelenaere.

Au niveau du non-résidentiel, la Confédération Construction table sur une reprise de la demande. « Quand il y a une phase de croissance économique, les entreprises investissent dans le bâtiment. C’est le cas aujourd’hui tant en construction neuve qu’en rénovation. Le bureau est un cas particulier. En mètres cubes, il ne représente pas l’essentiel de l’activité mais c’est le bâti qui a le plus de valeur. Après des années de surplace, le surplus de surfaces disponibles a tendance à diminuer mais nous ne disposons pas de chiffres pour le prouver. »

Belle performance également pour le génie civil. A la veille des élections communales, ce secteur enregistre un regain d’activité (les pouvoirs locaux représentent quelque 50 % des investissements publics).

Quelques projets phares devraient aussi relancer l’activité : l’Oosterweelverbinding, l’écluse de Terneuzen et, dans une moindre mesure, les travaux liés au projet RER.

Des emplois, toutefois, qui sont mis à mal par le détachement des travailleurs étrangers

La stabilisation de l’emploi se confirme en 2017 et progresse même légèrement de + 0,5 % pour atteindre 202.500 emplois. Mais on constate qu’il y a un glissement de l’emploi salarié construction soumis à la sécurité sociale belge vers de l’emploi étranger détaché en Belgique.

Entre le quatrième trimestre de 2016 et le troisième de cette année, le nombre de travailleurs détachés, calculés en « équivalent temps plein » est passé de 46.640 à 50.051. « Nous ne perdons plus d’emplois parce que notre secteur atteint 3 % de croissance, soit un taux de croissance que l’on ne pourra maintenir dans la durée, aucun secteur ne pourrait d’ailleurs le faire. »

C’est la raison pour laquelle la construction a demandé au gouvernement une réduction des charges. Et Robert de Mûelenaere de rappeler : « Nous demandions un effort de 6 euros l’heure, cela représentait, selon les pays, 60 % à 80 % du différentiel avec la concurrence. L’ouvrier belge coûte en moyenne 32 euros de l’heure, l’ouvrier étranger 22 à 24 euros. Nous avons obtenu la moitié à l’horizon 2020. Cela représentera 3 euros en 2020, compte tenu de l’impact additionné à celui du tax shift général dont nous bénéficions par ailleurs. » Les décisions politiques ont été prises. Les textes doivent encore être votés au parlement. Le secteur reste vigilant.

Au niveau européen, le dossier du détachement a été mis sur le devant de la scène par le président français Emmanuel Macron. La durée du détachement de 24 mois pourrait devenir 12 mois, reconductible six mois. « Ce qui a été obtenu est de l’ordre du symbole, considère l’administrateur délégué de la Confédération Construction. Quand Madame Thyssen dit à travail égal, salaire égal, elle veut donner l’impression que tout est réglé. Nous avons réagi car deux problèmes subsistent : le problème des cotisations sociales et celui du contrôle. Il faudra, à un moment donné, poser la question de savoir si l’un des principes de base du règlement européen sur la sécurité sociale, à savoir le paiement des cotisations de sécurité sociale dans le pays d’origine, est encore longtemps tenable ? »

 
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