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Baisse des aides agricoles: «La mort programmée des petits exploitants!»

Franz Chevalier, « petit » éleveur à Silly, en Hainaut, s’insurge contre la politique de l’Europe. La mort des petits exploitants, c’est la victoire de l’agro-business, assure-t-il. Et l’ouverture au bœuf d’Amérique latine, une ineptie alors que les circuits courts ont la cote.

Reportage - Chef du service Economie Temps de lecture: 4 min

Elles sont paisiblement alignées dans l’étable, indifférentes au flash de notre photographe. Elles, ce sont les vaches de Franz Chevalier, éleveur à Silly, dans le Hainaut, depuis près de 40 ans. « Prenez plutôt celles-ci en photo, elles viennent d’être tondues, c’est plus confortable pour elles, assure-t-il. Quand j’entends tout ce qu’on raconte sur la maltraitance des animaux, cela me désole. Bien sûr, ces bêtes vont finir en boucherie, mais elles sont bien traitées : cet élevage, c’est toute ma vie ! »

Pareille désolation ne serait rien si elle n’était qu’isolée. Mais les coups s’accumulent pour notre éleveur. Au point qu’aucun de ses trois enfants ne souhaite, actuellement, reprendre l’exploitation qu’il a lui-même héritée de ses parents. « Comme nombre d’agriculteurs, je place mes espoirs dans mes petits-enfants, qui connaîtront peut-être un environnement plus favorable. Mais j’ai déjà 62 ans. Est-ce que je tiendrai jusqu’à la relève ? Je comprends mes enfants : qui voudrait consacrer 70 heures par semaine à un élevage et tout de même dépendre du revenu de son conjoint pour assurer les dépenses du ménage… ? »

Les coups pleuvent, disions-nous. Comme la réforme de la Politique agricole commune de l’Europe (PAC), qui pourrait coûter cher à la Belgique sur fond de Brexit ? « Ce qui serait scandaleux, c’est que ce soit l’agriculture qui subisse le contrecoup des restrictions budgétaires, estime-t-il. Car c’est la population qui va en payer le prix par le biais de produits encore plus industriels, et de moins bonne qualité. Qui sont, au final, les garants d’une agriculture saine ? Les géants de l’agrobusiness, qui bénéficient de tous les relais pour protéger leurs intérêts auprès de l’Europe, ou les petits agriculteurs qui, comme moi, fonctionnent à petite échelle, en local, mais ne sont pas entendus ? »

Franz Chevalier ne comprend pas la direction que l’on veut faire prendre à l’agriculture. Qui à ses yeux ne génère que des contradictions. « On veut par exemple ouvrir davantage les frontières à la viande en provenance d’Amérique latine. Mais où est la logique, alors qu’on ne parle que de circuits courts ? Mes vaches, je les nourris essentiellement avec l’herbe de mes prairies et les céréales cultivées dans mes champs (son exploitation couvre 55 hectares, pour un peu moins de 200 têtes, NDLR). Il n’y a pas d’OGM dans mes céréales, mes prairies ne sont pas pulvérisées, ma viande n’est pas piquée aux hormones… et je subis, en plus, des contrôles incessants. »

Et notre agriculteur de nous emmener devant son ordinateur connecté aux multiples administrations qui lui demandent des comptes. « Quand une vache s’accroche l’oreille à une clôture et perd sa médaille, je vais jusqu’à prendre une photo pour prouver ma bonne foi. Sinon, la bête risque le clos d’équarrissage pour défaut de traçabilité : “Impropre à la consommation !”, a-t-on osé me dire ! Et dans le même temps, on va importer du bœuf brésilien sur la base de formulaires émis à des milliers de kilomètres d’ici ? Les gens seront-ils au courant qu’une viande importée plusieurs semaines après sa découpe aura peut-être été irradiée au cobalt 60 pour assurer sa conservation ? Que des animaux auront peut-être été nourris avec des farines animales, des années après la crise de la vache folle ? On marche sur la tête en Europe ! »

On compatit. Et on se demande, tout de même, si la voie est vraiment sans issue. La boucherie à la ferme, par exemple, n’est-elle pas une solution ? « Des collègues le font et cela fonctionne bien. Mais je ne vais pas investir de telles sommes à 62 ans, regrette-t-il. Il y a aussi des idées, portées par nos représentants (il est membre du syndicat Fugea, NDLR). Il faut promouvoir davantage le petit exploitant aux dépens des grands groupes agricoles, en plafonnant par exemple les primes accessibles par exploitation. Sinon, nous allons être confrontés à de véritables géants financiers qui vont continuer à racheter les terres, à se gaver de primes tout en industrialisant la production : ce sera un désastre dans nos campagnes… »

Reste cette question : pourquoi le prix de la viande ne permet-il pas à Franz Chevalier de vivre sans aide et sereinement de sa production ? « Compte tenu de mes frais, mes vaches devraient être vendues à 5,25 euros le kilo au poids pendu (en abattoir, NDLR). Actuellement, on est à 4,75 euros et encore, quand la bête est parfaite, car je n’ai évidemment pas le poids, en négociation, d’un énorme éleveur », assure-t-il. La baisse de la consommation de viande rouge n’aide pas. « Je vous ai pourtant montré mon élevage : rien à voir avec des poulets élevés en batterie ou des porcs engraissés à l’échelle industrielle. Les gens doivent comprendre que la viande de bœuf belge doit être défendue, y compris par les restaurateurs, et pas constamment critiquée. »

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1 Commentaire

  • Posté par Paul Adam, mardi 19 décembre 2017, 16:45

    Nous restera à manger de l'industriel et les médecins,les nutritionniste et consorts vous dirons faites attention à ceci à cela, mais nous n'aurons pas le choix dans les rayons

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