Un jeu de piste interactif pour découvrir ses racines

Curegame est un jeu de piste interactif qui explore les enjeux des migrations d’hier et d’aujourd’hui au cœur du quartier de Cureghem.
Curegame est un jeu de piste interactif qui explore les enjeux des migrations d’hier et d’aujourd’hui au cœur du quartier de Cureghem. - D.R.

Le jeu commence place Bara. Une fois téléchargée, l’application Curegame démarre et vous géolocalise. Avant de commencer, vous avez le choix parmi cinq équipes, soit cinq expériences différentes, mais qui suivent le même trajet. Chaque équipe est représentée par un fruit ou un légume, comme par exemple Paola la Patate. Sur la place, vous repérez le panneau avec le code qui donne accès à la première épreuve et vous voilà propulsé dans ce jeu de piste interactif. Le but ? Explorer les enjeux migratoires d’hier et d’aujourd’hui au cœur du quartier de Cureghem.

« Nous avons observé en 2015 des flux migratoires sans précédents. La croissance des demandes d’asile en Belgique a augmenté de 123 % cette année-là, explique Sofia Bennani, échevine de la Solidarité internationale et à l’initiative du projet. Cureghem est, historiquement, le quartier d’accueil des vagues migratoires et il faut pouvoir expliquer tout cela aux plus jeunes. » En effet, ce quartier d’Anderlecht a connu sa première vague migratoire en 1850. Elle était d’ailleurs intrabelge, car les gens de la campagne venaient s’installer près des villes, dans des quartiers industriels, pour des raisons économiques. Depuis, la commune d’Anderlecht a connu plusieurs vagues de migration, dont celle des Italiens, des Portugais et aujourd’hui ce sont surtout des Syriens et des Afghans qui posent leurs valises à Cureghem. « C’est la proximité de la gare du Midi qui a fait de ce quartier un endroit aussi multiculturel. On y compte plus de 100 nationalités », raconte l’échevine.

Comprendre ses racines et celles des autres, rapprocher toutes ces cultures qui peuplent une seule et même commune et déconstruire les stéréotypes, tel est l’objectif de Curegame. L’utilisateur est invité à parcourir ce quartier anderlechtois jusqu’aux Abattoirs, en passant par la place du Conseil et le square Albert 1er. L’application, disponible gratuitement sur smartphone et tablette, guide le joueur grâce à la géolocalisation. En mêlant des jeux d’observation, des questions de réflexion et des informations détaillées sur le sujet, le jeu aborde la thématique de l’immigration sous un angle nouveau. Mais l’application a aussi une dimension humaine puisqu’elle s’intéresse à des parcours de vie au travers de courtes vidéos-portrait présentant cinq Bruxellois issus de l’immigration.

« Important d’en parler »

« Il est important de parler de cette expérience », souligne Maria Giuseppa Cala, 68 ans, d’origine italienne. A l’âge de 14 ans, elle est arrivée en Belgique et elle décrit cette expérience comme difficile. Aujourd’hui, elle raconte son histoire dans le jeu. « J’étais bien en Italie et ce n’était pas un âge adéquat pour faire ce genre de transition. J’ai mis du temps à m’y faire, car on n’oublie pas son pays. Il faut se créer un nouvel environnement avec de nouvelles personnes, tout en entretenant ce lien fort qu’on a avec nos racines. » Plus de cinquante ans plus tard, elle affirme que sa vie est ici, auprès de ses enfants et petits-enfants, mais que son cœur est partagé avec son pays natal.

Du côté du cabinet de Céline Fremault (CDH), ministre en charge de l’Action sociale, on félicite une telle initiative. « Cela renforce la cohésion sociale et c’est un enjeu majeur dans un quartier aussi multiculturel. »

Changer de mentalité

Selon Géraldine Catino, issue de l’immigration italienne, il faut aussi mettre en valeur les actions qui sont déjà en cours pour intégrer les immigrés dans notre société. « On parle tout le temps de ce qui devrait être fait, mais parlons de ce qui se fait déjà et faisons connaître ces initiatives », insiste-t-elle. Géraldine anime des tables de conversation en français à la maison de quartier Scheut à Anderlecht, en partenariat avec le CPAS de la commune. « Les jeunes qui arrivent ici ont envie d’apprendre le français et il y a une réelle volonté de s’intégrer. » Venue soutenir le lancement de Curegame, elle met un point d’honneur à faire changer les mentalités.

 
 
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