La Belgique traînaille sur le chemin du développement durable

Les projections faites par le Bureau du Plan montrent que les objectifs 2030 ne seront pas atteints pour la lutte contre la pauvreté. © Alain Dewez.
Les projections faites par le Bureau du Plan montrent que les objectifs 2030 ne seront pas atteints pour la lutte contre la pauvreté. © Alain Dewez.

La Belgique chemine sur la route du développement durable, benoîtement. Elle est loin de la destination. Et pas mal d’objectifs qu’elle a promis d’atteindre pour 2030 ne le seront pas si une série de politiques ne sont pas améliorées.

C’est le message que délivre le Bureau du Plan qui fait le point sur la concrétisation, dans notre pays, des 17 « objectifs mondiaux de développement durable ». Adoptés en 2015 par l’ONU, ces objectifs (s’ils sont atteints) sont censés permettre à tous les pays du monde de se développer économiquement et socialement sans anéantir l’environnement, garantissant ainsi aux générations futures un avenir économique, social et environnemental de qualité.

Pas évident : on envisage souvent chaque problème isolément. Pire, on les oppose parfois, jugeant que la protection de l’environnement nuit à la croissance, que les droits sociaux nuisent à l’économie, ou que celle-ci peut se développer sans se poser la question des ressources disponibles et de la qualité de la croissance. Réconcilier les trois pôles du triangle – auquel est venu s’ajouter un quatrième avec la participation des peuples – est une gageure.

Intéressant de faire le point régulièrement de façon étayée, dépassionnée et nuancée. C’est ce que fait régulièrement le Plan. Souvent dans l’indifférence des médias et des appareils politiques et administratifs.

Le dernier bilan belge établit par les experts du Plan passe en revue les 34 indicateurs (deux par objectifs) que notre pays a choisis comme étant représentatifs de ses progrès en la matière.

Résultat ? Beaucoup d’évolutions favorables (20 sur 34 pour être précis). Mais pour les 17 indicateurs pourvus d’un objectif chiffré pour 2030, l’évolution actuelle ne permettra d’atteindre la cible que pour trois d’entre eux, peut-être cinq. En d’autres termes, le rythme d’amélioration de la situation de notre pays n’est pas suffisant pour arriver à décrocher une palme dans la catégorie « développement durable ».

Les projections faites par le Bureau du Plan montrent par ailleurs que les objectifs 2030 ne seront pas atteints pour la pauvreté et pour l’efficacité énergétique. Et que la trajectoire n’est pas la bonne pour les renouvelables, les émissions de gaz à effet de serre et l’importance de la voiture dans le transport.

Que faire ? Chiffrer les objectifs qui ne le sont pas encore, dit le Plan, afin d’assurer un meilleur suivi. Associer les objectifs aux politiques concrètes, souvent déconnectées de la question. La notion de « développement durable » est une vieille compagne des discours politiques. Mais bulletin après rapport, étude après bilan, on voit qu’elle continue à avoir beaucoup de mal à s’imposer dans les pratiques. La ministre compétente, Marie-Christine Marghem (MR), va écrire à ses collègues du gouvernement, manifestement peu conscientisés, afin qu’ils proposent « une action concrète » d’ici à la fin de la législature. Elle promet aussi un « mini-plan fédéral » de développement durable (le dernier portait sur 2008-2012) avant la fin de la législature et un vrai plan à la prochaine. « Des tas de choses se font », nuance toutefois Marghem. Qui plaide pour que l’on voie aussi « les choses enthousiasmantes ».

 

Les « plus » : progrès sur le bio et les renouvelables

Malgré un bilan forcément en demi-teinte, il y a des raisons de se réjouir de certaines évolutions dans notre pays. En matière d’environnement, le rapport du Plan pointe ainsi la progression de la surface en agriculture biologique qui ne cesse d’augmenter : elle était de 5 % de la surface totale en 2015.

Positif également : la gestion des stocks de poissons dans la partie belge de la mer du Nord. Le pourcentage d’espèces de poissons exploitées « durablement » (environ 55 % en 2015) augmente et pourrait atteindre l’objectif de 100 % en 2030.

Satisfecit également pour la croissance des zones protégées par le statut Natura 2000, particulièrement les zones marines (l’objectif de 10 % est largement dépassé). Pour les zones terrestres, en revanche, il n’y a pas d’objectif, et l’indicateur devrait augmenter. L’évolution de la recherche et développement, dont le budget doit atteindre 3 % du produit national brut, est également un sujet de satisfaction. En 2015, le budget atteignait environ 2,5 % du PIB et la tendance permettait de penser que l’objectif serait atteint.

Dans un autre registre, la parité femmes/hommes au niveau des parlementaires doit être atteinte en 2030. La Belgique était environ à 42 % en 2015. Et la tendance est à la hausse.

Objectif 2030 (18 %, calcule le Plan sur la base de l’engagement européen) également en vue pour la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie, bien que nous ne soyons encore qu’à 7,9 % en 2015. Pour 2050, en revanche, la vision belge est de faire passer ce chiffre à 50 %. La tendance actuelle n’y mène pas.

Derniers motifs de satisfaction : l’évolution de la production des déchets municipaux qui ne cesse de baisser et celle de la consommation d’eau, également à la baisse.

 

Les « moins » : la pauvreté et le climat

Le bilan des aspects sociaux du développement durable en Belgique est en demi-teinte. Certes, constate le Bureau du Plan, la tendance est à la baisse pour le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (21,1 % de la population totale), mais même si la tendance se poursuit, la Belgique n’atteindra jamais son engagement de « réduire de moitié au moins la proportion d’hommes, de femmes et d’enfants de tous âges souffrant d’une forme ou l’autre de pauvreté ». Au mieux pourrait-on atteindre 16,4 % en 2030 (et 15,5 % à l’horizon 2050), avec les politiques actuelles, alors que l’objectif est de 10,6 %. Pourtant, le taux de chômage est à la baisse, idem pour la part des jeunes non scolarisés sans emploi ni formation. Quant aux inégalités de revenu, elles diminuent également. En revanche, on constate que le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale est à la hausse, de même que le surendettement des ménages avec près de 100.000 personnes ayant recours au règlement collectif de dettes en 2016 contre 75.000 en 2010. explication : si le risque de pauvreté globale est en diminution, il semble que la situation des personnes les plus à risque s’aggrave, note le Plan.

Mauvaises ondes du côté des transports. Les projections du transport de passagers en voiture sont préoccupantes. La part modale de la voiture devrait passer à 65 % en 2030. Elle était de 76 % en 2014 et la croissance annuelle projetée est de 0,6 % par an en moyenne pour les passagers. La part des transports en commun devrait même diminuer. Dernier sujet de préoccupation : le climat. Dans le secteur non industriel, les émissions devraient baisser de 35 % en 2030 et au moins 80 % en 2050. Sans changement radical de politique, notre pays ratera sa cible – de 25 % en 2030. Pour y arriver, nos émissions devraient diminuer de 6,8 % par an. Selon les projections, elles devraient se stabiliser entre 2014 et 2035.

 
 
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