BPI se façonne une nouvelle urbanité

Key West est un des nombreux projets chers à Jacques Lefèvre (ci-contre) et à ses équipes. Il va transformer radicalement une portion du canal à Anderlecht.
Key West est un des nombreux projets chers à Jacques Lefèvre (ci-contre) et à ses équipes. Il va transformer radicalement une portion du canal à Anderlecht. - D.R.

Tirant son nom de Bâtipont Immobilier (société née du rachat de Bâtiments et Ponts d’Aldo Blaton par CBC en 1989), BPI est rattaché au groupe CFE depuis 2004. Dirigée par Jean Lefèvre, cette société de développements immobiliers est devenue un acteur incontournable dans le landerneau immobilier belge.

Fort de ses 65 personnes (40 en Belgique), BPI, qui a revu sa dénomination sociale en « BPI Real Estate Belgium », cherche aujourd’hui à accroître sa notoriété, histoire, sans doute, de combattre à armes toujours plus égales dans la cour des grands sur un marché de l’immobilier devenu plus acharné que jamais, où un bout de terrain (surtout à Bruxelles) se transforme désormais en caviar et se négocie à prix d’or entre des concurrents toujours plus nombreux et affamés. « Nous étions une équipe de 12 personnes lorsque nous avons intégré le groupe CFE, a expliqué Jacques Lefèvre. Aujourd’hui, BPI compte plus de 65 collaborateurs et nous gérons plus d’une trentaine de projets en Belgique, au Luxembourg et en Pologne. Les marchés sur lesquels nous opérons ont par ailleurs radicalement changé. Il était donc temps d’exprimer cette évolution et de doter BPI d’une marque forte et d’une identité plus lisible. »

Pour changer sa façon de se mettre en avant, la réception de jeudi soir était un excellent point de départ. Le menu servi à la centaine de convives par un chef doublement étoilé a fait le reste, de même que la présentation de la nouvelle identité de la boîte. Les cartes de visite avec le nouvel en-tête BPI, Urban Shapers et les nouvelles adresses mails n’ont pas attendu les coquilles Saint-Jacques pour se mettre à circuler de table en table.

A ce sujet, impossible de rater le dépoussiérage effectué grâce aux couleurs qui accompagnent désormais le nouveau logo de ces « façonneurs urbains ». Pour mieux accompagner cette renaissance, Jacques Lefèvre a également procédé à une réorganisation de son staff le plus proche au sein duquel apparaissent désormais deux responsables du développement : Philippe Sallé (Bruxelles et Wallonie) et Frederik Lesire (Bruxelles, Flandre et Pologne).

Dans la foulée de ces changements, un nouveau site internet a également été créé. « Si chaque projet conservera ses spécificités, l’identité de BPI y sera renforcée avec, comme fil rouge, nos nouvelles valeurs, a encore déclaré Jacques Lefèvre. Nous avons la chance d’avoir des équipes très soudées et motivées. Nous allons donc accentuer encore plus les synergies en nous appuyant sur notre expertise. »

Le projet Key West fait incontestablement partie de ces projets qui doivent permettre à BPI d’aller de l’avant. Sur une surface de quelque 63 hectares articulée autour d’un plan d’eau formé par le canal, BPI, en partenariat avec Land Invest, a prévu de construire un ensemble mixte comprenant du logement, des bureaux, des commerces de proximité, des équipements et des activités productives.

Pour ce faire, il a demandé aux architectes danois de chez Henning Larsen de dessiner les plans de ce nouvel espace qui a été témoin par le passé de l’essor industriel de Bruxelles. Présentée lors du grand barnum, la maquette du projet a attiré les regards.

L’ensemble comprend notamment quatre tours et d’autres bâtiments de tailles diverses qui se juxtaposent. A terme, ce sont pas moins de 11.500 nouveaux habitants qui logeront dans ce nouveau quartier qui prévoit aussi l’aménagement de 5 hectares d’espaces verts.

Pour la concrétisation du projet, Henning Larsen sera épaulé par le bureau bruxellois A2RC. Le dépôt du permis d’urbanisme est prévu pour 2018. Pour la réception définitive des lieux, il faudra attendre 2021.

Une chose est sûre : en approuvant le 7 décembre dernier le plan particulier d’affectation du sol (PPAS) pour la zone de Biestebroeck, le gouvernement a donné un fameux coup de pouce à BPI et Land Invest, lesquels envisagent désormais l’avenir avec un optimisme certain.

Marina: un projet incontestablement osé qui suscite l’interrogation

Par Paolo Leonardi

La maquette du projet fait apparaître le port de plaisance, accessible via un pont, à 45 bateaux. © D.R.
La maquette du projet fait apparaître le port de plaisance, accessible via un pont, à 45 bateaux. © D.R. - D.R.

Parallèlement mais indépendamment du projet Key West, une marina devrait également voir le jour dans cette portion de canal qui s’apprête décidément à changer complètement de visage.

Intitulé « newPort.brussels », il est porté par The Dock représenté par le tandem Philippe de Bloos et Edith Lieckens.

Pour l’heure, les promoteurs expliquent dans un communiqué que « le projet est très largement soutenu par l’administration communale d’Anderlecht et qu’il est accueilli favorablement par les riverains qui voient enfin la disparition d’un chancre urbain vieux de plus de 20 ans ».

En quoi consiste ce fameux projet ? Si l’on peut se demander si le lieu est bien choisi, il va sans dire que newPort.brussels ose changer les choses puisqu’il prévoit rien moins qu’un port de plaisance privé urbain relié au canal et pouvant accueillir 45 bateaux. « Avec ses terrasses et zones de détente, les quais seront largement accessibles au public, insistent les promoteurs. newPort.brussels sera un lieu de rencontre idéal ouvert sur les quartiers voisins en développement. L’hôtel et les restaurants implantés autour du port assureront ambiance et convivialité. »

Outre la marina, le projet comprend aussi 302 logements « fonctionnels, flexibles et modulables », un hôtel 3 étoiles d’une centaine de chambres, une crèche pour une cinquantaine d’enfants, quelques commerces de proximité et des espaces horeca, ainsi que des ateliers et un commerce de vélos.

Architecte de formation, Philippe de Bloos se dit convaincu que les voies d’eau ont pris une importance qui va bien au-delà de leur potentiel de transport. « Le projet va faire d’Anderlecht une commune fluviale et une halte sur le parcours Anvers-Paris où les plaisanciers pourront se ravitailler avant de poursuivre leur voyage, expose-t-il à ce sujet. Il fera également de Bruxelles une ville accessible au tourisme fluvial. »

Toujours selon le tandem Loos-Lieckens, le projet a suscité l’intérêt du Royal Yacht Club van Belgie. Basé à Anvers, celui-ci gère plusieurs ports de plaisance, à Anvers et aux Pays-Bas. « Le projet offrira un positionnement “place to be” dans un quartier en plein renouveau de la zone Biestebroeck », assurent-ils en chœur.

Tour à tour définie comme zone d’industrie urbaine, puis comme zone d’entreprises en milieu urbain (histoire d’y autoriser la création de logements), cette zone du canal située en bordure du quartier Cureghem ne présente pas, aujourd’hui, le visage d’un endroit destiné à accueillir des yachts de plaisance.

On peut dès lors comprendre qu’un tel projet fasse bondir les associations, parmi lesquelles Inter-Environnement Bruxelles, qui a du mal à accepter qu’une marina apparaisse dans un quartier populaire. « Cette marina ne répond ni aux besoins des habitants, ni à ceux des plaisanciers, fait-elle savoir en substance. Le canal de Bruxelles-Charleroi donne la priorité au transport de marchandises, ce qui occasionne en été de longs temps d’attente pour les bateaux de tourisme. C’est pourquoi la plupart des plaisanciers lui préfèrent des canaux à usage plus touristique avec moins d’écluses. Pour les associations, la marina est surtout un appât visant à valoriser le prix de vente des appartements qui la bordent et une offre tout à fait inadaptée au quartier. »

Le dossier est à l’enquête publique jusqu’au 6 janvier et la commission de concertation est prévue pour le 18 janvier. A suivre.

 
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