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Charles Michel: Allo Papa, je ne t’entends plus…

Le Premier ministre n’entend pas le message délivré il y a près de vingt ans par son père. Il ne se souvient pas que celui-ci avait rappelé que libéralisme rimait avec liberté. La carte blanche de Marc Uyttendaele.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

C’était un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était le temps où la N-VA n’existait pas, où l’extrême droite flamande avait les contours nets du Vlaamse Blok avec qui nul n’imaginait frayer. C’était le temps où notre pays était porteur de valeurs. C’était le temps où nous avions voté la loi sur la compétence universelle et où nous rêvions d’être ce lieu où pourraient être jugés tous les crimes contre l’humanité, et cela même si des Belges n’en étaient pas victimes, et cela même s’ils avaient été perpétrés sans lien aucun avec notre territoire…

C’était un temps où notre diplomatie était dirigée par un homme de bien, respectable et juste, un homme qui n’avait peur ni des mots, ni des principes. Cet homme, Louis Michel, n’avait pas eu de mots assez durs pour stigmatiser l’arrivée de l’extrême droite dans le gouvernement autrichien. Avec le Portugal et la France, la Belgique avait été le pays le plus en pointe lorsqu’il s’était agi de stigmatiser le réveil de la peste brune en Europe. Louis Michel avait conseillé aux Belges de ne plus aller skier en Autriche. Hervé Hasquin avait suspendu les classes de neige dans ce pays. André Flahaut avait interdit aux militaires de participer à un championnat de ski. Martine Aubry et Laurette Onkelinx avaient refusé de participer aux débats d’un sommet européen quand un ministre autrichien s’exprimait. Bien sûr, la réal politique avait fini par prendre le dessus. Mais les Belges pouvaient être fiers de leurs gouvernants qui avaient oser hisser haut le pavois de l’humanisme. Vingt ans plus tard, un nouveau gouvernement autrichien accueille en son sein des ministres d’extrême droite et nul ne réagit. Information banale. Encéphalogramme plat d’une Europe et de ses États membres qui ont déjà toléré les dérives insoutenables de la Hongrie et qui tout au plus et heureusement, par une sorte de soubresaut salutaire, réagit aux lois liberticides adoptées en Pologne.

Mais sur l’Autriche, rien, absolument rien. Et plus rien qui ne vienne du gouvernement belge. Bon sang peut mentir, semble-t-il. L’actuel Premier ministre belge appelle son père : « Papa, Papa… » mais la ligne est coupée. Il n’entend pas le message délivré il y a près de vingt ans par son père. Il ne se souvient pas que celui-ci avait rappelé à un pays entier que libéralisme rimait avec liberté et que tous, pour cela, l’avait respecté. Le fils préside un conseil des ministres muet sur l’Autriche… En cela, certes, il ne se différencie guère des autres gouvernements européens. Mais bien pire, là où au temps de son père, l’on traquait en Belgique tous les crimes contre l’humanité, au temps du fils on s’acoquine avec ceux qui les perpètrent. Un jour, un pays touche le fond. En cette année 2017, tel est le cas de la Belgique. Un secrétaire d’Etat qui s’offusque d’être caricaturé en soldat allemand laisse des fonctionnaires soudanais venir faire leur shopping parmi les réfugiés… Et puis, on apprend, o surprise, que ces hommes, rapatriés de force avec la bénédiction de l’ensemble gouvernement belge, ont été torturés à leur retour dans leur pays d’origine. Et que nous dit notre gouvernement. On va faire une enquête. On va envoyer un agent de liaison au Soudan. On imagine ce qu’il va se passer

– Bonjour, Monsieur l’attaché de liaison,

– Bonjour, je voudrais savoir si vous pratiquez la torture

– Enfin, pour qui nous prenez-vous. Certes notre Président est poursuivi pour génocide et crime contre l’humanité devant le tribunal pénal international, mais il y a méprise, c’est injuste. Nous respections à la lettre les droits de l’homme

– Vous me rassurez, Théo et Charles seront contents. On pourra vous en refaire une livraison au tout début du mois de février…

Que Théo Franken soit l’homme qui provoque des hauts le cœur chez tout démocrate, ce n’est ni nouveau, ni une surprise. Mais que tout un gouvernement composé de libéraux et de sociaux-chrétiens acceptent pareille promiscuité et cautionnent, en se l’appropriant muettement, sa politique, et c’est la nausée qui nous submerge. Ce sont tous les ministres de ce pays qui, en silence, parfois en se bouchant le nez, et toujours avec lâcheté, gardent aujourd’hui la porte d’une salle où l’on torture. Et c’est là que l’on entend un Premier ministre, oublieux des valeurs les plus élémentaires, crier « Papa, Papa, je ne t’entends plus ». La ligne est coupée.

 

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21 Commentaires

  • Posté par Robert Moor, mercredi 27 décembre 2017, 12:28

    "Depuis trois ans, un homme, à qui l’on a confié les clés de notre politique migratoire, passe une à une toutes les balises qui définissent la démocratie et l’Etat de droit. Dans les mots, mais dans les actes aussi. Cet homme a aujourd’hui permis aux autorités d’un pays dont le président est mis en accusation pour génocide de venir identifier ceux qui l’avaient fui. Pas besoin à ce sujet de citer d’exemple historique, ils sont évidents pour chacun. Aujourd’hui, je ne reconnais plus mon pays. Nicolas Van NUFFEL CNCD 11.11.11. Je suis en parfait accord avec les propos de Messieurs Van Nuffel et Uyttendaele !

  • Posté par CHANTAL GODARD, dimanche 24 décembre 2017, 7:53

    Oui, ce gouvernement me donne la nausée. Mais cela ne date pas d'aujourd'hui et c'était à prévoir dès lors que le parti francophone dit libéral a choisi de s'associer sciemment avec un parti flamand que moi je taxe, depuis ses débuts, d'extrême droite. Il faut appeler un chat un chat. Et ce parti ne fait qu'être en accord avec ses convictions qu'il diffuse et exprime à travers la politique de son secrétaire d'Etat à l'asile et à la migration.

  • Posté par delpierre bernard, jeudi 28 décembre 2017, 19:13

    Donc pour vous, il ne fallait pas constituer de gouvernement car ce qui vous à peut être échappé il n'y avait du côté flamand aucun parti acceptant de constituer une coalition sans la Nva sauf groen qui ne compte pas et la spa qui était laminée. C'est toujours pareil du côté francophone, faire comme si le sud minoritaire pouvait imposer ses volontés au nord.

  • Posté par Ghesquière Michel, vendredi 22 décembre 2017, 18:43

    Je ne sais pas pourquoi mais l'attitude du fils Michel me fait penser à celle de Francis Urquart (House of cards version GB) sans les outrances de celui-ci pour rester au pouvoir.... Mais je me trompe sans doute.....

  • Posté par Lambert Paul, vendredi 22 décembre 2017, 17:59

    ce qui est intriguant , et dont personne ne parle, c'est le pouvoir qu'exerce la nva au sein du pays dernièrement il y a eu une déclaration, certes, qui a choqué, le fait que la nva ne veut pas fermer les centrales nucléaires en 2.025 et pour cela il y a une bonne raison, en effet des centrales il y en a en flandre et en wallonie et donc de l'électricité produite pour tous et cette semaine en flandre et en mer du nord il y a un vaste projet pour augmenter les parcs éoliens mais qui ne pourront produire au mieux qu'en 2.030 l'électricité nécessaire et donc cela se fera en partie avec des subsides belges..... mais vu que la nva veut la séparation du pays , si cela arrive alors ces parcs éoliens appartiendront à la flandre vu qu'ils sont en mer du nord...... et donc la wallonie devra acheter son électricité à la flandre après avoir subsidié la construction et là il faudra fermer les centrales sans avoir en wallonie de production autre merci la nva

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