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L’âge d’or des défilés aura duré 20 ans, quatre fois plus qu’une carrière de top modèle

Né au début du XXe siècle, le défilé de mode, spectacle vivant où l’on se déhanche en musique, est en voie de disparition. Retour sur les grands moments de l’histoire du Fashion Show.

Récit - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

L’âge d’or des défilés aura duré 20 ans. Quatre fois plus qu’une carrière de top modèle. Il y en avait avant, longtemps avant. Il y en aura après, sûrement après. Mais clairement, la grande époque, c’est fini.

Celle où on claquait de 100.000 à plus de 5 millions d’euros (pour Chanel, Dior, Vuitton) pour dix minutes de show, contre 1h30 dans les années 50 et 30 minutes maxi dans les années 90. Fini. C’est la créatrice et activiste britannique Vivienne Westwood qui en a sonné le glas en annonçant mardi dernier que son défilé masculin automne/hiver 2018 serait remplacé par… un mail envoyé à la presse le 8 janvier prochain pendant la Fashion Week de Londres. « Nous sommes impatients de vous montrer notre collection d’hiver, écrit-elle. A la place d’un défilé, nous la présenterons sous la forme de films et d’images : vous pourrez donc avoir un aperçu approfondi de la collection et l’apprécier autant que nous. Achetons moins, choisissons bien, faisons durer » termine l’écolo punk de 76 ans, s’inscrivant dans une tendance plus large de réduction des coûts et de rupture avec le modèle traditionnel des Fashion Weeks.

Place désormais aux défilés mixtes – collections Homme et Femme mêlées dans un show unique – au « see now, buy now » où les produits sont mis en vente immédiatement après leur présentation, et aux défilés virtuels. Pour le spectacle de luxe, décadent et mondain, réunissant en huis-clos clients, acheteurs et distributeurs, journalistes spécialisés, photographes et blogueurs influents, ça sent le sapin.

La grande époque

La grande époque a duré vingt ans. Fin des 90’s, les podiums sont devenus des endroits de folie, démesurés, gorgés de stars, où on aurait tué sa mère pour une invitation chez Jean Paul Gaultier, Martin Margiela, Christian Lacroix. Où l’on aurait vendu ses cheveux, son foie, ses reins pour assister à La Divine Comédie revisitée par ce génie d’Alexander McQueen, dans une église où le son de l’orgue se muait en coups de feu, ou à sa Golden Shower où une pluie diluvienne tombant du plafond détrempait les robes des mannequins jusqu’à les rendre entièrement transparentes.

Et son âme, combien de fois l’a-t-on vendue son âme pour être dans le public d’un show de John Galliano, époque Dior ? La collection Massaï en 1997, Clochards en 2000, La mode pour tous en 2006 avec des mannequins de très petite, très large et très haute taille, où il saluait chaque fois avec tant de théâtralité, déguisé en matador au torse huilé, en Bonaparte, en cosmonaute, en cheminot penché par la fenêtre d’une loco à vapeur entrant en gare d’Austerlitz, devant un parterre de people en délire… Aujourd’hui, ère sobre et discrète (hum), on salue d’un petit geste discret, idéalement avec son assistant, ou mieux encore, l’assistant de l’assistant.

Basta le barouf

La grande époque, c’est aussi Karl Lagerfeld qui décide, pour Chanel, de monter des défilés de haute couture aux décors phénoménaux, des scènes secrètes ou pivotantes avec les mannequins qui émergent d’une fusée de 37 mètres de haut ou d’un véritable iceberg de 265 tonnes. La grande époque, c’est Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Christy Turlington, Nadja Auermann et Linda Evangelista riant au bras de Gianni Versace, c’est Kate Moss explosant toutes les conventions. La grande époque, c’est Beth Ditto clôturant le show de Gaultier en chantant a cappella avant de balancer son micro pour tendre une coupe de champagne au couturier (2010), c’est Lilly Wood & the Prick jouant en live chez Jean-Charles de Castelbajac (2012), c’est…

C’est fini. Alors on vous voit venir : tant mieux finalement, que tout se calme. On va revenir à l’essentiel, la quintessence du truc, la mode, la couture, le vêtement, l’épure. Basta le barouf. Oui, sauf que, comme dit Didier Grumbach, président de la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode de 1998 à 2014 : « Le défilé, c’est à chaque fois un spectacle complet qui doit faire passer l’émotion et raconter une histoire en quelques minutes ». ***Et à ce jour, hormis au cinéma, difficile de faire naître une émotion réelle d’un spectacle virtuel. ***

 

L’audacieux

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Alexander McQueen (printemps/été 1999)

Sans doute le créateur le plus inventif. Outre cette réinterprétation de La Mort du cygne par le top modèle Shalom Harlow dont la robe se fait asperger de peinture en live par deux robots, le Britannique a aussi mis en scène un show de danse inspiré du film On achève bien les chevaux, un jeu d’échec géant, « le viol de l’Écosse par l’Angleterre » et l’athlète handisport Aymee Mullins, amputée des deux jambes.

Le scandaleux

Temps de lecture: 1 min

Dior (automne/hiver 2006/2007)

Epoque John Galliano, of course. Outre cet Elvis intersidéral, l’excentrique couturier britannique, pendant ses douze ans à la tête de la maison, a salué en fin de défilé dans tous les costumes imaginables : Napoléon Bonaparte, cosaque, Indien d’Amérique, juif orthodoxe, marin, matador, cheminot, catcheur... Exhibant le plus souvent possible les muscles de sa poitrine épilée et lustrée (évidemment pas sous la combi de cosmonaute), il incarne une époque définitivement révolue.

Le festif

Temps de lecture: 1 min

Jean Paul Gaultier (printemps-été 2015)

Pour ses adieux au prêt-à-porter, le couturier qui ne se consacre plus qu’à la haute couture organise un défilé-spectacle au cinéma parisien Le Grand Rex. Guest stars et souvenirs se succèdent dans une folle revue où Rossy De Palma joue les Geneviève de Fontenay pour l’élection de Miss Jean Paul Gaultier 2015, sur fond de Spice Girls et d’Yves Montand. Gaultier, qui n’a jamais aimé la norme, faisant défiler des gens de la rue, des mannequins ronds ou plus âgés, clôture en fanfare ses 38 ans de carrière.

Le populaire

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Gucci (automne/hiver 2011/2012)

Pour le 90e anniversaire de la griffe italienne, la directrice artistique Frida Giannini décide d’explorer tous les codes de la maison. Résultat : cette rétrospective d’une très longue histoire faite de vestes épaulées à deux boutons, de trenchs en cuir d’autruche poncé ou de pulls mohair permet à Gucci d’atteindre un nouveau record. Celui du défilé qui a engendré le plus de couvertures de magazines. Un joli chiffre de 102 covers qu’elle battra peu après, pour la saison printemps-été 2013, avec 111 parutions à son actif.

Le poétique

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Dries Van Noten (printemps-été 2017)

En 1998, à Paris, il transforme la salle Wagram en forêt de Brocéliande sur la B.O. de La leçon de piano, de Michael Nyman. L’an dernier, dans un entrepôt accolé à la gare Saint-Lazare, il demande à l’artiste floral japonais Azuma Makoto d’installer sur le podium vingt blocs de glace emprisonnant d’immenses bouquets de fleurs immergées. Le créateur anversois manie l’émotion comme l’aiguille : on se souviendra longtemps de son défilé estival dans les locaux désertés du quotidien Libération, avec vue sur les toits de Paris.

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