Marc Dugain: «Adapter, c’est passer d’un art à l’autre»

La petite Julianne Lepoureau interprète Anna Maria Victoria, fille du roi d’Espagne envoyée 
à la cour de France pour épouser Louis XV.
La petite Julianne Lepoureau interprète Anna Maria Victoria, fille du roi d’Espagne envoyée à la cour de France pour épouser Louis XV.

Connu pour ses romans aux contextes historiques (La chambre des officiers, Une exécution ordinaire), Marc Dugain s’attaque à l’adaptation d’une autre auteure : Chantal Thomas et son livre L’échange des princesses.

L’intrigue se centre sur un épisode peu évoqué de l’histoire de France, au début de règne de Louis XV. En 1722, deux mariages d’enfants royaux sont arrangés pour mettre fin à la guerre entre les royaumes d’Espagne et de France.

Qu’est-ce qui vous a touché dans le livre pour en faire un film ?

Adapter un livre, c’est passer d’un art à un autre. Au cinéma, pour moi, il faut qu’il y ait un intérêt à la fois esthétique et dans la façon de raconter une histoire, etc. J’avais envie de reconstituer le XVIIIe. C’est un défi colossal mais c’était un souhait de traduire visuellement le dix-huitième et d’y ajouter cette histoire très intéressante qu’est L’échange des princesses. C’est un film relativement sombre et mélancolique, mais aussi avec de la lumière. Bien qu’aujourd’hui, ce ne soit pas facile de faire des films en costumes.

Justement, comment réussir un film d’époque avec un budget modeste ?

On a eu de l’argent quand même. Le fait de ne pas avoir de moyens illimités, comme certains films américains, oblige à avoir des idées et surtout à prendre parti. Par exemple, j’ai pris la décision de ne pas animer en permanence l’arrière-plan avec des courtisans, pas de scènes de ballet, de danse… Des reconstitutions extrêmement coûteuses et qui n’amènent rien au sujet. Le parti pris était d’être très serré sur les enfants, sans trop de profondeur de champ, avec beaucoup de lumière sur les visages sans être à la bougie comme dans Barry Lindon.

Comment avez-vous choisi les enfants qui jouent les rôles principaux ?

C’était un casting monstrueux. Tout le monde m’avait dit de voir beaucoup d’enfants pour trouver les bons. La petite Julianne, l’infante d’Espagne, a été la deuxième à arriver au casting et je l’ai prise tout de suite. Igor Van Dessel est un acteur né, il a une profondeur et un peu de mélancolie en lui qui correspond au personnage de Louis XV.

Quelles indications donner à des enfants du XXIe siècle pour qu’ils se mettent dans la peau de princes et princesses ?

J’étais très étonné par tout ce qui était naturel chez eux. On n’a pas eu besoin de leur dire grand-chose. Ils sont tout de suite enthousiastes. Ils avaient même l’impression d’avoir des rôles importants. Jouer un roi, ce n’est pas comme jouer un gamin de la banlieue.

Vous donnez une image de la royauté contrainte et non plus sacrée.

Lorsqu’on voit le titre, on imagine un film sur les princes et princesses des contes. Alors qu’on se rend compte à quel point leur espace de liberté est limité par l’étiquette, la tradition, et cette obsession de la reproduction. Le jeune roi a un pouvoir absolu et il ne décide de rien. C’est ce qui est intéressant. Ces enfants ne sont que les produits d’un système.

 
 
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