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Bart De Wever repousse les limites du cynisme politique

Le président de la N-VA a réitéré son soutien à Theo Francken, peu importe les conclusions à venir de l’enquête sur le cas de Soudanais torturés.

Édito - Chef du service Politique Temps de lecture: 3 min

Si des Soudanais ont été torturés suite à des légèretés du cabinet de Theo Francken, celui-ci restera en place, ou la N-VA quittera le gouvernement.

C’est la teneur du propos tenu dimanche par Bart De Wever. Bienvenue dans le monde de l’irresponsabilité politique institutionnalisée.

Du cynisme décontracté.

Sur le plan moral, d’abord. Tout membre du gouvernement qui commet une faute dans l’exercice de ses fonctions ou dont les services ont gravement failli, doit en tirer les conséquences et quitter ses fonctions. Et que dire s’il y a eu torture ou mort d’homme ! C’est la dignité politique la plus élémentaire.

Que l’on soit en faveur d’une politique d’immigration ferme ou non, il est inadmissible qu’un secrétaire d’Etat dont l’obstination ou la légèreté auraient conduit à des tortures puisse rester en place si les faits sont avérés. Dire, comme Bart De Wever, que renvoyer une personne où elle risque des mauvais traitements fait partie des risques du métier, est inaudible. Un pays a le devoir moral et l’obligation juridique de s’assurer que ce ne sera pas le cas. Et rappelons à cet égard que le doute est permis : certaines décisions de justice, pas toutes, soupçonnent que la vérification du risque de torture n’a pas été effectuée avec toute la rigueur requise. Les indices existent. Ils sont contestés mais ils existent. La lumière doit être faite pour que les responsabilités, s’il y en a, soient identifiées.

Dans le verbe en tout cas, c’est donc bel et bien Bart De Wever qui dirige la marche de la coalition

Sur le plan politique, ensuite. Quand les frères Dardenne, dans nos colonnes, ont exigé la démission de Theo Francken quels que soient les résultats de l’enquête en cours, les nationalistes ont crié au procès sommaire. Mais aujourd’hui, Bart De Wever ne fait pas autre chose. Là où il était reproché aux cinéastes de condamner sans enquête, Bart De Wever blanchit sans instruction. En agissant de la sorte, il ôte tout objet à la vérification des faits commandée par le gouvernement dirigé par Charles Michel. Aujourd’hui, dans le verbe en tout cas, c’est donc bel et bien Bart De Wever qui dirige la marche de la coalition, usant de son droit de vie ou de mort sur le gouvernement quand son cap lui déplaît.

Une guerre de communication

Personne n’est évidemment dupe de la guerre de communication qui se joue. C’est le président du CD&V, Wouter Beke, qui a entamé la joute verbale en suggérant, le premier au sein de la suédoise, la démission de Theo Francken. « Tu demandes une démission ? Je suggère la fin du gouvernement ! », surenchérit Bart De Wever, sûr de ses sondages, et présumant cyniquement, et on l’espère erronément, du jusqu’au-boutisme de son électorat s’agissant de la migration.

Si ce n’est qu’une affaire de communication politique et rien de plus, on ne peut que déplorer qu’elle puisse désormais être aussi détachée de la plus élémentaire humanité. Mais si l’enquête sur la gestion de la crise soudanaise ou tout autre élément matériel devait démontrer une faute dans le chef de Theo Francken, ayant provoqué des tortures, il devra partir. Et l’on espère que cela n’adviendra pas par un sabordage de Bart De Wever. Mais qu’il restera, dans ce gouvernement, une conscience morale pour lui montrer la porte.

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26 Commentaires

  • Posté par juris kalnins, mardi 9 janvier 2018, 23:36

    Il semblerait que des personnes sont nostalgiques de la bonne vieille époque où au fédéral le P.S. se plaisait à accumuler des casseroles en tout genres et bien entendu sur le dos du contribuable. Cette pratique est toujours d'actualité dans certaines provinces, villes ou communes. Citer le nombre d'infractions en tout genres commises par certains membres du P.S. au cours de ces dernières décennies, j'abandonne, car la liste est bien trop longue. Le vote étant, malheureusement, obligatoire, je suis plus qu'indécis pour les prochaines élections, qui plus est, il y aura des alliances, même contre nature, qui se feront.Par quel miracle, pourrais-je voir, un jour, des femmes et des hommes politiques qui géreraient le pays en " Bon père de famille", je peux toujours rêver quoi.....

  • Posté par Camal André, lundi 8 janvier 2018, 19:52

    Et inlassablement toutes les semaines vous nous conseillez d'aller à Anvers, Bruges, Gand quand ce n'est pas à la mer, vu qu'ailleurs ce n'est pas "in".

  • Posté par Passtoors Hélène, lundi 8 janvier 2018, 18:02

    Merci pour cette analyse, M Demonty. Eh bien, si ce gouvernement tombe, qu'il tombe. Au moins l'honneur sera sauf, de justesse... On a déjà pu faire des gouvernements sans la NVA, alors on le fera de nouveau. Car je voudrais bien savoir lesquels de nos partis démocratiques veulent encore de ce parti dominateur et donné aux chantages les plus avilissants.

  • Posté par Robert Moor, lundi 8 janvier 2018, 16:29

    "Si des Soudanais ont été torturés suite à des légèretés du cabinet de Théo Francken, celui-ci restera en place, ou la N-VA quittera le gouvernement" dixit Bart De Wever ! Mais enfin, pour qui se prend ce parti extrémiste ! Ce parti n'arrête pas de flirter avec l’Extrême-droite et veut diriger la coalition gouvernementale à la place de Charles MICHEL ! C'est inadmissible. Mais que diable le MR allait-il faire dans cette galère ? Il est pieds et mains liés à un parti d'ultra-droite réactionnaire. C'était prévisible mais les faits sont encore plus effrayants que ce que l'on craignait.

  • Posté par Allard Roger, lundi 8 janvier 2018, 15:44

    L’année 2018 s’appellera l’année qui a vu le journal Le Soir provoquer la chute du gouvernement et le début du détricotage de la Belgique. (Bloomberg ne croyait pas avoir raison si tôt). On peut lire dans votre édito : les frères Dardenne ont exigé la démission de Theo Francken !! Et alors ? Leurs commentaires ne valent ni plus ni moins (à part peut-être pour le milieu du cinéma) que les commentaires du boulanger du coin (bien dit par M. Peter De Roover). Et encore : on espère que l’électorat de la NVA ne la suivra pas jusqu’au bout. Qui est-ce, on ? Un nous majestatif, pour M.Demonty ou Mme Delvaux, également habituée à ce terme ? Un nous, pour l’ensemble de la rédaction du Soir ? Un nous, parce que vous croyez être la parole du peuple belge ou la parole de Dieu ? M. Demonty, une bonne partie du peuple belge ne pense pas comme vous, et se retrouve parfois dans certaines idées de la NVA. Respectez cette partie du peuple et ne vous croyez pas meilleur qu’elle.

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