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Emploi: sans passeport européen, enseigner est un combat

Le récit d’une enseignante camerounaise formée en Belgique témoigne d’un accès à la profession difficile

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

Sans nationalité belge ou européenne, un diplôme obtenu en Belgique et un profil compétent ne garantissent pas forcément un accès rapide à l’emploi. Documentaliste de formation, Adèle Ngo Booh, 38 ans et de nationalité camerounaise, est en train de l’apprendre à ses dépens. Arrivée en Belgique via un projet de numérisation des bibliothèques à l’ULB, elle a ensuite poursuivi sa formation à Bruxelles, en obtenant le diplôme de professeure de morale et de citoyenneté à la haute école Defré. « J’ai réussi le parcours en 3 ans, avec des bonnes notes. »

Diplôme en poche, Adèle Ngo Booh ne s’attendait pas à ce que le chemin vers l’embauche soit simple. Aussi fut-elle surprise cet été d’être rapidement convoquée par la cellule pédagogique de Molenbeek, visiblement très intéressée par son profil. Après avoir mentionné son statut, on la rassure rapidement.« Quand j’ai demandé mes chances, on m’a dit que tout allait bien et que je pouvais sortir le champagne ».

Plus dure sera la chute. Sa demande d’obtention de permis de travail se heurte à un blocage administratif et la proposition de la commune finit par tomber à l’eau. Après avoir été ensuite sollicitée par Saint-Gilles et Jette, l’enseignante raconte avoir été successivement confrontée à l’impatience des communes qui, à l’approche de la rentrée, ne pouvaient se permettre d’attendre de longues semaines pour être fixés sur sa situation légale.

Profil en pénurie

Finalement, c’est la commune d’Uccle qui franchira le pas d’une démarche plus proactive. Elle propose à Adèle d’avoir recours à une prof de remplacement en attendant qu’elle soit fixée sur sa situation, tout en lui réservant une place prioritaire en cas de régularisation. «  Effectivement, en matière de citoyenneté et de morale, nous sommes en situation de pénurie » explique Joëlle Maison (Défi), échevine de l’Enseignement.

Mais la demande de permis finit par échouer. En cause, notamment : la principale intéressée ne disposait pas de contrat de travail au moment de la demande. De fait, les enseignants sont généralement désignés par le Collège avant de signer leur contrat de travail, même si la possibilité inverse existe. Face à ce vice de procédure, l’échevine a décidé de soutenir Adèle dans son recours face à Bruxelles Économie et Emploi, instance délivrante. Un geste qui l’amène à joindre une procédure contre une structure sous la tutelle d’un certain Didier Gosuin (Défi), ce qui n’a pas manqué de faire sourire ses collègues de Collège, explique l’élue, qui passe outre : « Je trouve que c’est un bon signal d’encourager des gens qui sont en situation précaire ».

En attendant d’être fixée sur son avenir, Adèle Ngo Booh doit subsister sans revenus, mais a repris une formation.

 

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