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Les entreprises, engrais durable des projets citoyens?

Pour 2018, l’objectif de la fondation est de pousser plus loin l’échange de compétences entre entreprises et associations.

Temps de lecture: 4 min

D’un côté, il y aurait des poignées de citoyens, rivalisant de dévouement pour sauver l’environnement. Et de l’autre, des entreprises, consommatrices d’énergie et génératrices de profits. C’est pour combler le fossé obsolète entre ces deux mondes que Be Planet a vu le jour en juin 2015. Créée par Inter-Environnement Wallonie, la fondation belge a complètement incorporé la notion de développement durable, selon laquelle la croissance économique ne peut s’envisager qu’en tenant compte des enjeux environnementaux et sociaux de la planète. A la façon de ce qui se fait dans d’autres secteurs, comme celui des arts et de la culture, Be Planet souhaite donc « créer des ponts », à travers le mécénat, entre le milieu des entreprises et celui des initiatives environnementales.

Avec son portefeuille de quarante projets citoyens, sélectionnés par un jury indépendant, Michaël Ooms, administrateur-délégué de Be Planet, aime à présenter la fondation comme la « porte d’entrée unique » pour les entreprises qui s’engagent dans des stratégies de développement durable « mais manquent d’informations concrètes. »

Un peu à la façon d’une agence matrimoniale, la fondation s’efforce de réaliser la meilleure correspondance entre une entreprise et un projet citoyen, « pourvu que cela ait du sens pour les deux partenaires, qu’une thématique commune les relie. »

C’est ainsi, par exemple, qu’IBA, société de protonthérapie pour le traitement du cancer, a accepté de soutenir Adalia, une association qui s’engage contre l’usage de pesticides dans les jardins. « Etant conscients du potentiel impact des pesticides sur le cancer, il y avait un sens évident pour nous à soutenir ce projet », témoigne Hugues Ronsse, directeur du programme de développement durable chez IBA.

En 2017, Be Planet a récolté cent mille euros, qui ont été investis dans quinze projets d’« initiatives citoyennes, locaux et de petite taille », sur tout le territoire de la Belgique.

Une fondation style « start-up »

Be Planet n’a, en fait, de fondation que le nom. « Tout le monde a l’image de ces appels à projet : des dons d’argent sans réel engagement. Mais nous sommes dans une autre logique, nous voulons construire des partenariats actifs, sur le long terme », précise Michaël Ooms. Et d’ajouter que « l’aventure Be Planet a davantage été pensée comme une start-up »  : flexible, dynamique et tournée vers l’entreprenariat.

A l’anglo-saxonne, les mots « match-making », « core-business » ou encore « one-stop shopping » ponctuent régulièrement les phrases de celui qui souhaite jouer le rôle de « traducteur » entre les entreprises et les associations.

« C’est incroyable comme ces mondes ont parfois des difficultés à se comprendre et des différences de codes, même vestimentaires », assure-t-il. Michaël Ooms se souvient par exemple d’un événement auquel assistaient tous les partenaires de Be Planet, rassemblés dans une même salle : « Rien que dans la façon de s’habiller, de parler, on voyait directement qui était qui. Mais c’est tellement riche. »

Il en est persuadé : ces deux mondes ont des choses à s’apporter… au-delà de l’argent. Parmi les partenariats créés par Be Planet, une poignée est ainsi parvenue à nouer des liens plus que financiers. C’est le cas de Terre@Air, une association d’éducation à l’environnement pour les enfants et Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité à haute tension en Belgique. Outre un montant de cinq mille euros, l’ASBL, qui développait en 2017 un nouveau cycle de formation sur l’énergie, a pu bénéficier de l’expertise technique d’Elia sur le sujet. L’entreprise a, en retour, reçu les conseils de l’association pour améliorer l’aspect pédagogique de ses formations. « Les associations nous apportent une expertise essentielle sur la situation locale », assure Ilse Tant, directrice de la communication chez Elia.

Eviter le « green-washing »

Ces échanges d’expériences, ou mécénat de compétences, seront le nouveau grand chantier de Be Planet en 2018. Une façon pour la fondation de renforcer l’efficacité de ses partenariats et se prémunir d’avantage des risques de « green-washing » de la part des entreprises : « Notre plus grand enjeu, c’est d’éviter d’être utilisé par une entreprise pour s’acheter une virginité verte », reconnaît Michaël Ooms. Selon Katrien Desrumaux, responsable des relations avec les entreprises chez Be Planet, « certaines ne comprennent pas la façon dont on fonctionne et sont uniquement intéressées par la bonne image qu’on peut leur donner. Avec celles-là, on refuse de travailler. »

Les projets citoyens redoutent-ils, eux aussi, d’être instrumentalisés par des compagnies avides d’une bonne conscience écologique ? « Personnellement, je suis pour le green-washing, lance Hubert Gorgemans, coordinateur de l’ASBL Terre@Air, seulement à partir du moment où c’est la première étape, qui permet à une entreprise d’entrer en lien avec le milieu associatif. Pour ensuite créer un vrai partenariat. Le changement sera lent… Mais l’écologie sans l’économie, je n’y crois pas. »

Michaël Ooms insiste de son côté sur la responsabilité des associations : « Les entreprises ne sont pas le grand méchant diable, qui pollue et se fout de la planète. Les mentalités ont évolué. »

 

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